Face à la mère, la douceur du déferlement poétique

Une histoire singulière, un piano, un deuil, celui de la mère, morte subitement.

Ce récit autobiographique de Jean-René Lemoine se conte à trois voix, une comédienne et deux comédiens. Ensemble et à tour de rôle, ils déroulent le parchemin du passé pour s’emparer du cheminement de cet homme, qui a perdu sa mère à l’autre bout du monde et qu’il voyait rarement.

Etre face à la mère, c’est se retrouver confronté au vaste horizon de ses origines, au ressac de ses douleurs, au déferlement des pages tournées depuis longtemps qui reviennent en pleine figure. C’est ce doux bruit de vagues aux embruns tantôt vivifiant, tantôt mélancolique.

A partir de là, se déroule le fil de son enfance, comme une longue lettre qu’il écrit à sa mère, renouant avec le souvenir et osant les mots qui n’avaient jamais été prononcé.

C’est un chant, une élégie, un cri d’amour a posteriori. Comme s’il fallait attendre la mort d’un être si cher pour laisser parler son cœur, comme si finalement la mort délivrait la langue et provoquait le jaillissement des mots. Jean-René Lemoine trouve ici comme beaucoup d’autres, le remède à sa douleur, ou si ce n’est le remède, une forme de salut par mots. Soigner la douleur par les mots, soigner la douleur par l’amour.

«Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé,
que pour sortir en fait de l’enfer » Artaud.

Dans cette mise en scène toute en délicatesse et simplicité, Jean-Philippe Renaud nous livre ce voyage avec justesse.

Anne-Céline Trambouze

 

D’après Face à la mère de Jean-René Lemoine
Mise en scène Jean-Philippe Renaud
Interprétation Jean-Philippe Renaud, Sarah Duret-Bernard, et Christian Schweda
Théâtre de la Croisée des Chemins (prochaines dates à venir)

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