Sleeping : un hypnotique voyage outre-monde

« Tout va bien, soyez tranquille.
Il ne faut plus avoir peur.
Laissez-vous dormir tranquillement ».

Arrivé dans une clinique suisse pour s’y éteindre dans une mort douce et préparée, un vieil homme, Eguchi, sombre dans un état de demi-conscience pendant lequel des souvenirs et des silhouettes de son passé vont resurgir. Sur un écran, des images défilent dans un ballet hypnotique : de l’univers froid de la clinique à celui des rues de Tokyo, en passant par ce qui semble être des réminiscences de sa vie, tout s’entremêle dans la tête d’Eguchi.
Le spectateur l’accompagne tout au long de cette lente plongée, dans une interrogation constante sur le sens à donner à toutes ces strates dans lesquelles travaillent également les fantasmes et l’interprétation d’Eguchi.
 
© Maria Vittoria Bellingeri

Le jeu sur les masques – emprunté à la tradition du théâtre Nô –, ainsi que le jeu sur les voix – remixées jusqu’à des tonalités irréelles – apportent un magnifique onirisme à l’ensemble. On retiendra, parmi les tableaux, l’incroyable danse de cette infirmière dénudée à tête de lapin, sur fond de musique techno et d’images explosives, devant un double d’Eguchi à tête de cochon.
Et on emportera avec soi, longtemps après le spectacle, la voix envoûtante de la doctoresse suisse, assimilée par Eguchi dans ses divagations à la tenancière d’une maison close, qui lui aurait proposé plusieurs de ses « belles endormies » par le passé.
Si le spectacle brille par sa force visuelle et sonore, on peut cependant regretter qu’elle éclipse quelquefois l’émotion attendue pour l’histoire de cet homme se retournant sur sa vie et les femmes qu’il a aimées. Quoi qu’il en soit, on ressort de Sleeping troublé, avec l’impression, comme après un songe, d’avoir eu accès, l’espace d’un instant, à un autre monde et à une autre temporalité.

 

© Maria Vittoria Bellingeri

SLEEPING
Vu au Monfort (dernière le 6 novembre)
Librement inspiré du roman Les Belles Endormies
de Yasunari Kawabata
Mise en scène Serge Nicolaï
Jeu Yoshi Oida, Yumi Fujimori, Jennifer Skolovski, Carina Pousaz et Matthieu Rauchvarger
Assistante à la mise en scène Maria Vittoria Bellingeri
Adaptation et traduction Serge Nicolaï, Yumi Fujimori et Masato Matsuura
Musique live écrite et interprétée par Matthieu Rauchvarger

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