Katte : du talent et des alexandrins pour les tragiques amours du Prince de Prusse
Katte ou La Tragédie de l’amant du Prince de Prusse, relate en 1730 et en alexandrins, l’histoire d’amour tragique entre le prince Frédéric II de Prusse et le jeune officier Hans-Hermann Von Katte. Frédéric, futur roi, âgé de dix-sept ans, est un être plein de vie, érudit et sensible. Il partage avec sa sœur et sa mère sa passion pour les arts et la littérature. Il danse, chante et cite Voltaire. Frédéric est de son siècle, celui des lumières ! Celui des philosophes Français et d’un universalisme en construction. Il est également de son âge ! Celui de l’adolescence, celui de tous les possibles, de toutes les audaces. Celui des choix et des découvertes. Frédéric préfigure les grands héros romantiques qui peupleront un autre siècle, le prochain. Son père, le roi Frédéric-Guillaume appartient à une autre époque. Celle d’avant. Frédéric-Guillaume est un monarque brutal, militaire, absolu. Il tyrannise sa famille autant que ses sujets et reste pétrifié d’incompréhension devant la liberté d’esprit de ses enfants et de son épouse. Lorsque ce roi despotique, surnommé le « roi sergent », découvre la passion amoureuse qu’entretient le prince son fils avec l’officier Katte, sa colère se transforme en rage et sa brutalité en cruauté. Dès lors, le père tout puissant usera, malgré les suppliques de sa femme, malgré les larmes de sa fille, malgré l’avis de ses conseillers et les requêtes de ses soldats, de la plus cruelle barbarie pour disloquer les passions réprouvées du fils. Dès lors, deux rapports au monde, deux visions de la vie, deux conceptions du sensible, se font face et se percutent.

Ecrire une tragédie en vers en 2026 exige de l’audace et du talent. Jean-Marie Besset ne manque ni de l’une ni de l’autre. Son texte est d’une ampleur qui tient du miracle à l’heure où les productions théâtrales se tournent plus immédiatement vers des récits ciselés, rapides, « efficaces »… Avec Katte ou La Tragédie de l’amant du Prince de Prusse, l’ambition littéraire forme la base même de la création théâtrale, le souffle nécessaire au développement du récit. Une langue essentielle, terreau de l’éclosion des sentiments et des sensations.
De l’audace et du talent, il en faut également pour mettre en scène cette œuvre. Frédérique Lazarini nous révèle dans un geste théâtral puissant et poétique qu’elle en est pétrie. Tout dans sa mise en scène est au service et à la hauteur du texte. Sa scénographie est de toute beauté. Une immense toile peinte abstraite tendue en fond de scène devant le magnifique mur de pierres du théâtre de l’épée de Bois, nous évoque tour à tour les paysages prussiens, l’incertitude d’un soir qui tombe, les feux d’un jour nouveau, les tapisseries chatoyantes d’une chambre, l’austérité d’une geôle… Un long et magnifique paravent se divise en deux éléments de décors qui figurent les lieux successifs du récit. Tout est beau, minutieux, précis, mis en valeur par une création lumière à la hauteur de l’exigence esthétique de l’ensemble.
Le texte et la mise en scène impressionnent tant ils révèlent profondément ce « foudroyant manifeste de la liberté d’aimer ». Les acteurs, tous les acteurs, impressionnent également. Odile Cohen passe de la mère aimante et joyeuse à la reine soumise et stratège avec maestria. Marion Lahmer enchante en sœur espiègle et émeut en fille déchirée. Thomas Paulos, impeccable, apporte sa pierre à l’édifice inébranlable de l’autorité royale. Stéphane Valensi excelle en ministre rusé. Philippe Girard, campe un roi cruel et dépassé, tour à tour minable et féroce, grand chef et petit homme. Monumental ! Tom Mercier enveloppe l’irrésistible Katte de sa sensibilité d’homme et de sa puissance de soldat. Nemo Schiffman enchanteur et bouleversant, ange aux ailes coupées, enfant au cœur brisé, offre sa virtuosité lumineuse au jeune Frédéric II.
Audace et talent, oui c’est bien de cela dont il s’agit.

KATTE, ou La Tragédie de l’amant du Prince de Prusse
au Théâtre de l’Epée de bois jusqu’au 8 mars 2026
Une tragédie en vers de Jean-Marie Besset
Mise en scène de Frédérique Lazarini
Avec Tom Mercier (l’officier von Katte), Philippe Girard (le Roi), Nemo Schiffman (le Prince Frédéric), Odile Cohen (la Reine), Marion Lahmer (la Princesse Mine), Stéphane Valensi (le ministre Seckendorff, un garde), Thomas Paulos (le Pasteur Mühler, un garde)
Scénographie Régis de Martrin Donos | Lumière Didier Brun | Costumes supervisés par Jean-Marie Besset | Création des robes des femmes Emmanuel Courau | Réalisation des costumes Laurence Cucchiarini | Son François Peyrony
Photos © Marc Ginot




Répondre
Se joindre à la discussion ?Vous êtes libre de contribuer !