Abigail’s Party : fête des voisins version Mike Leigh

Dans Abigail’s party, vous ne croiserez ni Abigail ni aucun de ses invités. De la soirée d’Abigail, vous n’entendrez qu’un vague fond sonore. Car l’action se passe à côté, chez Beverly et Peter. Ces deux-là ne semblent pas s’entendre à merveille, leur couple bat de l’aile. Est-ce sa faute à lui, qui travaille trop ? Ou bien la sienne, à elle, qui semble ne pas faire grand chose de ses journées, à part pourrir celles de son mari ? L’ambiance n’est clairement pas au beau fixe. Mais ce soir, c’est la fête : Beverly a tenu à organiser une “contre-party”, histoire de lier connaissance avec ses nouveaux voisins, Angela et Antony. Susan, la mère d’Abigail, expulsée pour l’occasion de son propre foyer, sera également de la fiesta.

Très vite, un malaise s’installe. Beverly est nerveuse, un brin hystérique, agressive avec son mari. Perfection est le mot d’ordre de sa soirée. Ses invités doivent être bien installés ; il faut qu’ils aient de quoi boire, fumer, grignoter. Il faut qu’ils puissent s’amuser, danser, flirter. Elle fait attention à chacun de leurs gestes, mettant un point d’honneur à s’imposer comme l’hôtesse modèle.

Abigail's party, Mike Leigh, Thierry Harcourt, Poche-Montparnasse, Thierry Harcourt, Lara Suyeux, Dimitri Pataud, Alexie Ribes@Victor Tonnelli

“Oh c’est drôle, on s’est tous mariés au moment où vous divorciez !” 

Et pourtant peu à peu, l’alcool aidant, tout va déraper. Entre Susan qui vomit ses tripes aux toilettes, Antony qui disparait mystérieusement à la soirée d’Abigail, Angela qui picole bien trop pour s’apercevoir que Beverly drague ouvertement son mari, Peter qui menace son épouse avec un couteau à beurre… la soirée exemplaire tourne au fiasco.

Thierry Harcourt, l’un des metteurs en scène les plus anglophiles du moment, qui nous avait régalés avec The Servant, nous offre un spectacle pétillant, rock-and-roll, drôle et plein de noirceur à la fois. Les décors et costumes nous plongent directement dans un monde qui nous rend un peu nostalgiques, non pas des pantalons pattes d’eph, mais de l’insouciance qui régnait à l’époque des seventies.

Abigail's Party, Poche Montparnasse, Thierry Harcourt, Lara Suyeux, Mike Leigh, interview Pianopanier@Fabien Dumas

“- Ah bon, je suis inculte maintenant ?
– Non, pas maintenant, tu l’as toujours été !” 

Face au jeune couple formé par Alexie Ribes – parfaite en jeune écervelée – et Cédric Carlier – désopilant, entre flegme britannique et côté nigaud – face à une Séverine Vincent totalement désabusée, face à un Dimitri Rataud qui tarde à se rebeller, on tombe sous le charme d’une Lara Suyeux qui tient de bout en bout le rôle un peu monstrueux de Beverly. Elle éructe, minaude, se trémousse, se déhanche, elle va même jusqu’à aboyer ; cette fille-là est capable de tout. Mais qu’est ce qui fait courir Beverly ? Les toutes dernières secondes du spectacle donnent un éclairage bien différent à la soirée et au comportement de sa “gentille organisatrice”. Alors, rendez-vous sur le dance-floor du Théâtre de Poche-Montparnasse pour une soirée détonnante !

ABIGAIL’S PARTY
Á l’affiche du Théâtre de Poche-Montparnasse – du 17 janvier au 28 février 2017 (mardi au samedi 21h, dimanche 15h)
Une pièce de Mike Leigh
Adaptation : Gérard Sibleyras
Mise en scène : Thierry Harcourt
Avec : Cédric Carlier, Dimitri Rataud, Alexie Ribes, Lara Suyeux et Séverine Vincent

1 réponse
  1. Dedicated servers
    Dedicated servers dit :

    Ce qui pourrait passer pour un brulot cynique prend, grace a Mike Leigh, une tournure compassionnelle. Il aime ses personnages ; tout comme Cedric Carlier, Dimitri Rataud, Lara Suyeux, Alexie Ribes et Severine Vincent, qui les defendent a merveille.

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *