Ici-bas- Les Mélodies de Gabriel Fauré par BAUM : promenade au jardin des gracieuses délices

Un quatuor : piano, violoncelle, violon à jardin, une guitare électrique en fond de scène à cour, à distance. C’est BAUM (Simon Dalmais, Anne Gouverneur, Maëva Le Berre, Olivier Mellano), qui, main dans la main avec Sonia Bester (alias Madamelune) a imaginé cette promenade bucolique, rêveuse et poétique dans l’univers de Gabriel Fauré. Une envie de rendre Fauré à notre temps, en glissant ses notes dans les voix de la scène pop d’aujourd’hui.

@ Christophe Raynaud De Lage

Puisqu’en salle, on n’a plus le cadre somptueux de la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon (ce spectacle clôturait l’édition 2018 du Festival), une belle toile est tendue en fond, une tenture aux couleurs de forêt, des bruns, des ors, des verts, comme des ailes de papillon, des fleurs aux replis sensuels. Quatre hauts rideaux de fils aux teintes de rosés des prés tombent des cintres et découpent l’espace.

C’est Judith Chemla qui ouvre le bal, voix aérienne et précise, un timbre printanier pour faire quelques pas au Paradis (La Chanson d’Eve, poème de Charles Van Lerberghe). Les airs s’enchaînent avec fluidité. Les artistes arrivent, repartent, s’installent un instant, se croisent en chorégraphies discrètes, presque fantomatiques. Les voix sont amples ou retenues, feutrées ou nettes : chaque chanteur apporte sa couleur, son grain, sa sensibilité, et tous se fondent dans la douce ombre du maître des lieux, chacun y est un miroitement, un reflet mouvant, comme un trait de pinceau impressionniste qui a besoin des autres pour entrer en résonance et prendre forme.

Joies délicates, mélancolies tendres et frondaisons obscures

Violon et violoncelle s’enlacent pour inventer un instrument à la palette ample; le piano égrène les mélodies en gouttes de pluie; les arrangements de BAUM enrichissent sans heurts les moirures des mélodies de Fauré de frissonnantes dissonances, de cordes philipglassiennes…
« Il pleut dans mon coeur »… on grappille ici ou là quelques bribes de poèmes familiers. Étangs, étoiles et fleurs, amours et astres peuplent les textes de Verlaine, de Sully Prudhomme, de Villiers de L’Isle Adam, de Théophile Gauthier…
Dans des lumières de sous-bois chaudes et ombreuses, quelques discrets et baroques accessoires ajoutent à la magie, lanternes sourdes, étrange insecte scintillant, baroques masques dorés.

@ Christophe Raynaud De Lage

Pourtant, cycliquement, les nuages s’amoncellent et l’orage éclate : la guitare d’Olivier Mellano sur des compositions personnelles se fait solo hypnotique, emplit l’espace de saturations post-rock, spiralées, telluriques. Elle apporte des obscurités plus sauvages, des cavernes profondes qui bousculent la porcelaine fine des mélodies de Fauré, qui font s’engouffrer des pulsations plus urbaines et plus sombres dans ces paysages mordorés. Nos oreilles, alors lavées de trop de douceurs par ces grondements de séismes, peuvent retrouver avec plus de plaisir l’eau claire des mélodies diaprées de Fauré.

La promenade se termine à l’orée de la nuit, par un magnifique chorus crépusculaire. Le jour s’éteint, il est temps de quitter le jardin des délices pour s’enfoncer dans d’autres rêves.

Marie-Hélène Guérin

 

ICI-BAS
Les Mélodies de Gabriel Fauré
par BAUM
(Simon Dalmais, Anne Gouverneur, Maëva Le Berre, Olivier Mellano)
avec (au 104, 6 février 2019) : Camille, Elise Caron, Judith Chemla, Etienne Daho, Piers Faccini, John Greaves, Philippe Katerine, Kyrie Kristmanson, Sandra Nkaké, Himiko Paganotti, Rosemary Standley
– configuration mouvante au gré des représentations…

A retrouver en tournée et en album : en savoir plus d’un clic ici

 

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