La Nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès, Jean-Pierre Garnier, Eugène Marcuse, Théâtre de Poche Montparnasse

La violente fragilité de « la nuit juste avant les forêts »

J’avoue que je ne connaissais pas Bernard-Marie Koltès, ou très peu. Son nom bien-sûr, je le connaissais. Je connaissais aussi les sujets de prédilection de cet auteur mort jeune à la fin des années 80 et régulièrement mis en scène par Chéreau. Alors je suis descendu au sous-sol du Théâtre de Poche-Montparnasse avec l’excitation d’enfin découvrir sur scène ce dramaturge emblématique, et avec aussi la peur d’être déçu par un texte que j’avais envie d’admirer a priori.

Je n’ai pas été déçu. « La Nuit juste avant les forêts » est un choc, et cela commence dès l’entrée dans la salle. On ne peut pas tout dire ici, mais avant de rejoindre sa place, chaque spectateur doit traverser une partie du plateau où le comédien est déjà installé. On frôle cet être fragile, contorsionné de douleur.

La Nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès, Jean-Pierre Garnier, Eugène Marcuse, Théâtre de Poche Montparnasse@DR-JPG

C’est un tas, accroupi par terre, qui tord son corps élastique. Le noir se fait dans le public, et le jeune homme prend la parole. C’est un appel sans réponse, une main puissamment tendue, une révolte continue et circulaire, répétitive comme une chanson. Il nous jette à la figure la solitude, l’exclusion, la fuite, l’inadaptabilité. Il nous envoûte par ses gestes, sa sensibilité, sa voix, son charme rugueux. Il est à la fois d’une grande violence et d’une fragilité extrême.

Le comédien, c’est Eugène Marcuse. Il est encore élève au Conservatoire et il nous prouve que le talent n’a pas d’âge, puisqu’il est magnifique d’humanité dans ce rôle très difficile. Il n’en fait jamais trop, il joue sa partition en respectant le ton d’un soliloque qui a souvent des accents céliniens. On assiste à ce cri sourd pendant un peu plus d’une heure et on en sort un peu vidé, mais grandi. On a envie de dire merci à Koltès et merci à Eugène Marcuse de nous montrer ce qu’est l’art de servir un grand texte.

La nuit juste avant les forêts, Jean-Pierre Garnier, Bernard-Marie Koltès, Théâtre de Poche-Montparnasse, Eugène Marcuse

LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS 
Un texte de Bernard-Marie Koltès
Mise en scène : Jean-Pierre Garnier
Avec : Eugène Marcuse
Du 8 novembre 2016 au 7 janvier 2017 à 19h au Théâtre de Poche-Montparnasse

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