Le beau revers de la médaille

Aristote disait que « la vertu est le juste milieu entre deux vices ». Tout serait donc une question d’équilibre. Facile. Or, en matière de vie de couple, et de vie tout court, allez chasser le vice pour la vertu, le vice revient au galop. C’est presque trop facile en fait, mais voilà donc le coeur du problème.

Ils ont tout pour être heureux : un appartement, un travail (lui est chasseur de tête chez Publicis, elle s’occupe de leur fille en attendant de reprendre sa carrière), un enfant, ils s’aiment parfaitement à coup de chabada-bada et d’amour chamalow. En plus de cela, ils sont blonds, ils sont beaux, et ils se le disent. Bien évidemment, filer le grand amour n’existe pas, et il va vite y avoir de l’eau dans le gaz.

Jusque là, le sujet est bien connu : une histoire de couple avec ses travers et ses disputes. Sujet bien d’actualité, car qui ne se sent pas concerné par le manque de temps, la peur de mal gérer le fait d’être parent, l’absence de sens dans son travail, le bruit constant de la ville, la charge mentale des tâches du quotidien… Tout cela est à la fois très vrai, très pertinent et aussi un tantinet cliché. Sauf que Elodie Navarre et Emmanuel Noblet interprètent ce couple explosif avec une énergie débordante dans une mise en scène de Côme de Bellescize qui évite justement de tomber dans le cliché. Il y a du rythme, il y a du mordant, et c’est impertinent. C’est drôle aussi. Oui, vous allez rire !

La question qui se pose : jusqu’où va-t-on dans cette spirale infernale ? Lui, prend de la coke pour tenir le rythme. Elle, pète littéralement un câble quand lui finit sa tranche de jambon préférée à elle, cachée derrière les yaourts. Triste drame inévitable du couple ? Et comme pour échapper à cette guerre conjugale permanente, leur petite fille autiste s’emmure dans le silence de sa chambre, jusqu’au jour où quittant le foyer familial, elle se remet à parler. Là, prise de conscience des parents, réajustement du couple, rééquilibre de vie nécessaire et vital. Tout est bien qui finit bien. Ce n’est pas pour autant un conte de fée, mais bien une peinture réelle des pantins que nous devenons si l’on ne se pose pas la question du sens, de l’effort, du silence et de l’amour véritable et durable. Car non, l’amour durable n’est pas démodé ou impossible, il demande de passer par d’innombrables batailles… qui en valent la peine. Allez voir Les Beaux, vous comprendrez.

Anne-Céline Trambouze

LES BEAUX
Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 9 novembre 2019 (mardi au samedi 21h)
De : Léonore Confino
Mise en scène : Côme de Bellescize
Avec Elodie Navarre et Emmanuel Noblet

crédits photo : Emilie Brouchon
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