On a fort mal dormi… Et dormir, c’est mourir…
« Vous les appelez comment, vous, les gens qui vivent dans la rue ? »
La lumière est encore vive dans la salle Topor du Rond-Point. Au premier rang, un bonhomme à l’air jovial prend à partie ses voisins. Les réponses fusent : « les sans-abris » , « les SDF », « les gens de la rue »… Lui les appelle tout simplement les clochards. Le type en question, un grand gaillard à la barbe de père Noël, c’est Jean-Christophe Quenon. Face à nous, parmi nous, il sera tour à tour lui-même – « comédien, marié, trois enfants, habitant à Paris du côté de Stalingrad » – et Patrick Declerck – « psychanalyste, anthropologue, philosophe, écrivain – liste non exhaustive ». Ensemble, ces deux-là nous conduisent à la rencontre des clochards, un rendez-vous surprise dont nul ne sortira indemne…
© Cie Coup de Poker
« Jésus, c’était quoi ? Un clodo ! »
Jean-Christophe Quenon alias Patrick Declerck nous fait monter dans le bus de ramassage des SDF, direction le centre d’accueil de Nanterre. On y croise des toxicos, des alcoolos, des caïds, des simples d’esprit, des hommes, des femmes… Ils ont en commun leur puanteur, leur « bronzage crado / bronzage clodo », leurs puces, leurs poux, leurs corps blessés, abîmés, mutilés, mortifiés. Ils forment ce pan d’humanité oubliée, ces spectres qu’on croise sans jamais s’attarder, qu’on ose à peine regarder. Ce peuple négligé, ignoré, abandonné, délaissé, effacé, perdu à jamais, sans que l’on sache trop dire comment ni pourquoi…
« Le clochard, c’est toujours l’autre. »
Guillaume Barbot a construit ce spectacle à partir de deux écrits de Patrick Declerck – Les Naufragés et Le Sang nouveau est arrivé – deux textes dont on imagine qu’il l’ont choqué, captivé, troublé, subjugué. Sentiments que nous éprouvons à notre tour, grâce à la force d’interprétation de Jean-Christophe Quenon. On a fort mal dormi, c’est un peu, aussi, l’histoire d’un metteur en scène fasciné par deux artistes – un auteur et un comédien. Assister à la rencontre Barbot/Declerck/Quenon, c’est assister à cette sorte de petit miracle qui se produit parfois sur les planches de théâtre.
Sans chercher à nous faire culpabiliser, le trio nous amène à réfléchir sur cette question à laquelle Patrick Declerck, au bout de 15 années – soit environ 5000 consultations – n’a pas réellement trouvé de réponse : comment offrir asile à « nos clochards » ?
ON A FORT MAL DORMI
D’après Les Naufragés et Le Sang nouveau est arrivé de Patrick Declerck
Adaptation et mise en scène : Guillaume Barbot
Avec : Jean-Christophe Quenon
Après le Théâtre du Rond-Point, à retrouver en tournée (dates ici), et surtout en ce moment à Avignon au Théâtre des 2 Galeries du 7 au 30 juillet à 12h15
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