Amphitryon, Molière, compagnie Oghma, Theo Théâtre, Pianopanier

Amphitryon, ou l’espièglerie baroque

« Le baroque, c’est d’abord le théâtre, ou si l’on préfère c’est, par nature, par essence, la chose du baroque, son mode d’expression cardinale ». Eugène Green

Vous n’aurez jamais entendu Amphitryon de la sorte – en déclamation baroque. Vous avez dit … « déclamation baroque » ? C’est une prononciation d’époque : on roule les r, on prononce « oué » plutôt que « oi », les « en » se transforment en « a-an ». L’oreille doit s’y habituer mais c’est pour mieux renouveler l’écoute des mots et prêter une meilleure attention aux sens. Tenez-vous bien, la compagnie Oghma redonne au vers et à la parole toute sa sacralité. On redécouvre la puissance des mots et leur musicalité.

Amphitryon, Molière, compagnie Oghma, Theo Théâtre, Pianopanier@ Côme Di Meglio

Le geste baroque qui accompagne la parole, la rend d’autant plus vibrante. Il la souligne, l’explicite, et décuple son sens avec verve et mordant. Le geste y est précis, vif, implacable. C’est tout un texte gestuel, comme un langage dans le langage. Les corps présentent un gracieux maintien, les positions des pieds rappellent celles de la danse classique, les visages peints en blancs et soulignés de noir y sont très expressifs. Un sourcil relevé, un petit doigt replié, une inclinaison de tête prennent soudain toute une ampleur et une signification – grave, drôle, inquiète ou espiègle. Force du détail, beauté de la précision. Voilà une fascinante partition que nous donnent à voir les acteurs d’Oghma.

Amphitryon, Molière, compagnie Oghma, Theo Théâtre, Pianopanier

« J’aime mieux un vice commode qu’une vertu fatigante » Amphitryon

La pièce s’inspire de personnages de la mythologie antique. Amphitryon joue de manière habile sur le motif du double, du miroir et du quiproquo. Sosie, serviteur d’Amphitryon se retrouve magiquement pris au piège face à son double qui apparait devant lui comme par enchantement. Amphitryon subit le même sort et se retrouve lui aussi face à son propre miroir. Le spectateur s’y méprend presque, emporté par la magie du baroque et la malice de Molière. Ce farcesque subterfuge du double souligne finalement à quel point il peut être effrayant de se retrouver face à soi-même… Nous voilà face à la question de l’autre et de son double, le tout dans un contexte « méta-théâtral ».

On rit d’un Sosie drôle et grimaçant roué de coups de bâton – Charles Di Meglio y est malicieux et extrêmement habile – on s’émerveille de la langue de Molière, on admire les costumes faits main, brillants à la lueur des bougies, bref, on se laisse emporter et surprendre, on aime ! Vous pouvez vous plonger dans cet incroyable univers baroque tous les vendredis à 21h et les samedis à 17h15 au Théo Théâtre jusqu’au 29 avril. Viiiite, on vous le rrrrrr-e-comm-a-annnn-de !

Amphitryon, Molière, compagnie Oghma, Theo Théâtre, Pianopanier

AMPHITRYON
Á l’affiche du Theo Théâtre – du 24 février au 29 avril 2017 (vendredi 21h, samedi 17h15)
Une comédie de Molière
Mise en scène : Charles Di Meglio
Avec : Valentin Besson, Joseph de Bony, Ulysse Robin, Pauline Briand, Romaric Olarte, Manuel Weber, Charles Di Meglio

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