Boys don’t cry, histoires d’amours

La compagnie Avant l’aube présente un triptyque Masculin-Féminin, à la recherche d’une génération née aux alentours des années ’90 ; tous, à la mise en scène, l’écriture, l’interprétation, ont l’âge de leurs protagonistes, et s’ils ne partagent pas leurs vies, sans doutes partagent-ils les mêmes inquiétudes et les mêmes espoirs. Dans ce volet, Maya Ernest met en scène le texte de Jean-Gabriel Vidal-Vandroy.
Boys don’t cry est le portrait sans fards mais sans cruauté de quatre jeunes hommes pour qui l’amour, ah, l’amour !, ça ne ressemble pas à ce dont on rêve…

Le premier à prendre la parole (Aurélien Pawloff, qui nous avait impressionné précédemment dans J’appelle mes frères), bourgeoisie de province, banquier d’affaires, costard chic et cher, petite gueule classieuse, vend son corps à de riches clientes, c’est la loi de l’offre et la demande, il est bien placé pour connaître, ce serait dommage de ne pas faire fructifier ce joli patrimoine… Cet autre (Raphaël Goument), grand corps athlétique, chevelure bouclée, un air pasolinien, « Prométhée enchaîné au sommet d’un Caucase virtuel », comme il se résume lui-même, passe ses nuits à épuiser sa vie sur des sites porno. Simon (Léonard Bourgeois-Tacquet), menu, traits fins et regard alerte, a rencontré Caroline il y a 5 ans sur un forum spécialisé, elle avait besoin de compagnie, il avait besoin d’argent. Un jeune lycéen (Vincent Calas), visage angélique, d’une douceur presque triste, joue les escort pour une très élégante, très cultivée, très influente femme qui a l’âge d’être sa mère, ce qui n’empêche pas les sentiments, peut-être, mais qui empêche l’histoire d’amour, sans doute.

« Regardez ces hommes tomber :
ils portent en eux la joie désespérée de ceux qui n’ont plus rien à perdre. »

Un air poignant accueille les spectateurs, un enregistrement au son usé, Le Pêcheur de perles de Bizet sous la direction de Michel Plasson ; la belle voix du ténor jaillit d’un petit poste de radio, tenu à la main par un comédien, pieds nus, debout dans la pénombre, au lointain. La musique, l’obscurité, cette silhouette immobile, tout s’agence pour faire naître une attention particulière, qui ne faiblira plus.

Une table, des chaises, des verres, une carafe, les murs noirs du théâtre pour décor : un espace scénique très simple, net, sans lyrisme. Les quatre comédiens s’attablent, réunis par ce lieu du témoignage. Tous sont marqués d’une trace scintillante, discrète noyée dans une chevelure ou flamboyante zébrant un profil : une façon sans doute de projeter les personnages du côté du nocturne, des paillettes de fêtes débridées, des lueurs opalescentes de lune.
Léonard Bourgeois-Tacquet et Vincent Calas campent aussi les femmes de ces hommes, Caroline et les autres. Rôles d’hommes ou de femmes, tous les quatre sont également fins, justes, précis. Ils transforment ces archétypes en une humanité sans manichéisme, complexe, touchante. La mise en scène, sobre – à l’exception d’une sur-signifiante scène christique -, tient à distance le sordide. L’un ou l’autre des personnages chante quelque air populaire, naissent alors de ces moments dont la familiarité et la tendresse abolissent les barrières, et permettent aux battements de cœur des spectateurs de se synchroniser avec ceux des comédiens.

Ça ressemble à des histoires de prostitution, de sexe, d’argent. Et ça l’est : l’argent circule et rythme les relations ; on attend les coups de fil, on évalue, on monnaye. Mais il s’agit encore plus d’histoires de construction de soi, et sans doute aussi, beaucoup, d’amour. Et de ce spectacle fiévreux, sombre, cru, ce qui restera, c’est le besoin de l’autre, et, oui, la tendresse des hommes.

 


BOYS DON’T CRY
, au Théâtre des Barriques jusqu’au 30 juillet
Un texte de Jean-Gabriel Vidal Vandroy
Sur une idée de Maya Ernest et Jean-Gabriel Vidal Vandroy
Mise en scène : Maya Ernest
Avec : Léonard Bourgeois-Tacquet, Vincent Calas, Raphaël Goument et Aurélien Pawloff

Tu seras un homme Papa, Gaël Leiblang, Thibault Amorfini, Festival Avignon, Ninon Théâtre, Pianopanier

La résilience, un sport de combat

Comment dire la perte d’un enfant? Comment la déposer sur une scène? Comment raconter une vie de treize jours? Comment témoigner de treize nuits d’un père et d’une mère dévastés, hantés par l’angoisse et la terreur? Comment dire le dernier souffle d’un nouveau-né qu’on n’a pas même eu le temps de ramener chez soi, chez lui? Comment annoncer à deux petites filles qu’à peine arrivé leur frère a déjà disparu? Comment dire les malformations congénitales, les sondes, les couveuses, les tuyaux, les opérations? Comment décrire les médecins, les infirmières, les professeurs – toutes ces blouses blanches annonciatrices du deuil?

Tu seras un homme Papa, Gaël Leiblang, Thibault Amorfini, Festival Avignon, Ninon Théâtre, Pianopanier@Véronique Fel 

« Ce sont les alarmes, qui rappellent que dans telle chambre, la vie est souvent plus fragile qu’il n’y parait« .

Sans doute faut-il avoir vécu un tel drame, une telle blessure pour connaître la réponse à toutes ces questions. Pour avoir le courage de mettre en scène cette terrible tragédie de vie. Acte de résilience s’il en est, Gaël Leiblang porte en scène son histoire, sa perte, sa déchirure. Et à la question : « comment ? » il répond : « par le prisme du sport« . Car le sport, il connait. Le sport, pour cet auteur-réalisateur, ancien journaliste sportif, c’est une marotte, une passion, un métier. Au quotidien, en mode passion, gêne familial, histoire générationnelle, Gaël Leiblang décline le sport à tous les temps et toutes les personnes.

Tu seras un homme Papa, Gaël Leiblang, Thibault Amorfini, Festival Avignon, Ninon Théâtre, Pianopanier

« Il n’y a qu’une seule décision à prendre, c’est de poursuivre ou non les soins thérapeutiques« .

Course effrénée contre la montre, contre la mort. Combat de boxe contre une armada de pédiatres. Escalade périlleuse vers une issue fatale. Duo de canoë-kayak avec une épouse (et mère) embarquée dans la même galère… Derrière chaque discipline olympique émerge un instant, une heure, une journée de la trop courte vie de Roman. Et chacun de ces coups de poing, coups de pied, coups de tête, chacun de ces sprints, tours de stade, échappées athlétiques nous offre une respiration salutaire, à nous, spectateurs hagards aux yeux forcément humides. Grâce à son père, Roman nage tous les jours sur la scène du Ninon Théâtre : c’est tellement beau à voir…

TU SERAS UN HOMME PAPA
À l’affiche du Ninon Théâtre du 7 au 30 juillet 2017 – 11h15
Texte et interprétation : Gaël Leiblang
Mise en scène : Thibaut Amorfini

On ne voyait que le bonheur, Grégori Baquet, Grégoire Delacourt, Murielle Huet des Aunay, Théâtre Actuel, Festival off Avignon 2017, Pianopanier

Vous n’y trouverez que du bonheur

Antoine est un homme sans histoire. Expert en assurances, la quarantaine, marié et père de deux enfants, s’efforçant tant bien que mal de surmonter une enfance malheureuse… Mais un jour, Antoine est à bout. Sa femme le trompe, il divorce. Ses enfants l’ignorent et le méprisent, il les supporte. Son patron le licencie pour compassion envers un client, il abandonne. C’en est trop. Il prend alors une décision inouïe : se suicider après avoir assassiné ses enfants. Mais face au visage de sa fille défiguré par la balle, Antoine n’ose pas aller plus loin. Stoppé net. Sa fille Joséphine, quant à elle, est sauvée. Comment survivre ? Comment renaitre ?
Grégoire Delacourt a signé un texte profond et touchant que sublime l’adaptation tellement réussie de Grégori Baquet. Abordant des thèmes tels que la résilience, le pardon et la rédemption, mais aussi l’enfance et l’adolescence, il nous émeut, et s’adresse à nous tous. Comment une jeune fille mutilée par son propre père peut-elle se relever ? Comment l’assassin peut-il dépasser sa folie et rebâtir une autre vie ? Peut-on pardonner un tel acte ?

On ne voyait que le bonheur, Grégori Baquet, Edouard Delcourt, Murielle Huet des Aunay, Théâtre Actuel, Festival off Avignon 2017, Pianopanier

Une scénographie sobre -deux draps blancs tendus comme des voiles et trois bancs- sert une mise en scène simple et émouvante. Des tableaux dansés marquent les étapes de l’émancipation de Joséphine, et sa progression dans la résilience qui aboutiront au pardon de son meurtrier, le « chien ».
Murielle Huet des Aunay incarne avec candeur une adolescente hantée par les souvenirs et par une QH (Question Horrible) qui refusent de la laisser en paix.
Mais surtout, il y a Grégori Baquet. Il est juste, il est parfait, il est exceptionnel. Il campe un personnage profond avec une beauté et une émotion infinies.
Suivons donc le parcours de ce père et de sa fille, écoutons leurs témoignages qui, inévitablement, s’adressent à toute l’humanité.

On ne voyait que le bonheur, Grégori Baquet, Edouard Delcourt, Murielle Huet des Aunay, Théâtre Actuel, Festival off Avignon 2017, Pianopanier

 ON NE VOYAIT QUE LE BONHEUR
À l’affiche du Théâtre Actuel du 7 au 30 juillet 2017 – 10h15
Un roman de : Grégoire Delacourt
Adaptation et mise en scène : Grégori Baquet
Avec : Murielle Huet des Aunay et Grégori Baquet
F(L)AMMES, théâtre des Halles, Ahmed Madani, Pianopanier

F(L)AMMES, la jeunesse incandescente

Une immense image mouvante d’écume de mer se fait mur de fond murmurant et remuant, tandis qu’en voix off des femmes partagent la confidence de « l’endroit où elles se sentent le mieux ». Voix gaies, rieuses ou plus graves, elles nous emmènent dans leur voiture – « ma bulle » – , à la médiathèque, dans des bras rassurants, dans le paysage lointain et magnifique d’un souvenir de voyage…
« Ce spectacle n’est pas un documentaire, ni une pièce cherchant à représenter la vie réelle, c’est un poème-lettre d’amour fait de chair et de mots où la singularité de chacune s’ouvre sur l’universelle condition humaine » : Ahmed Madani continue avec F(l)ammes son exploration de la jeunesse d’aujourd’hui, celle née de parents immigrés, la première génération de la lignée à être née française. En 2012, il nous embarquait dans la saga familiale de neuf jeunes hommes d’un quartier populaire, mêlant passé et présent sur trois générations en un vivifiant récit choral. Ici, il a constitué un groupe de dix jeunes femmes pour explorer leurs identités multiples, leur intimité, écouter leurs doutes, donner la parole à leurs peurs et leurs envies.
Neuf chaises sont alignées en fond de scène, un micro attend à l’avant-scène son oratrice… Tour à tour elles viendront, porteuses de lourds ou légers secrets.
Ludivine Bah, longiligne, le visage aux pommettes hautes, l’articulation nette, convoque Claude Levi-Strauss pour ramener aux mémoires les qualificatifs de « barbares », de « sauvages » que les civilisations ont depuis bien longtemps accolés aux civilisations qui leur étaient étrangères, et pour en réveiller le sens originel. Le barbare, le sauvage, c’est l’homme de la nature, littéralement de la forêt – « le béton, le goudron ne peuvent rien contre la forêt qui est en nous »…
L’écume de mer sera bientôt remplacée par un sous-bois, où une jeune femme voilée s’avance, où une autre invente une danse, une forêt sans menace, claire et ouverte.

F(L)AMMES, théâtre des Halles, Ahmed Madani, Pianopanier

Les jeunes femmes se font les interprètes de leur génération ; elles ont à peine 20 ans ou presque 30, leurs parents viennent de Guadeloupe, Haïti, Algérie, Côte d’Ivoire ; elles vivent à Montreuil, Boulogne-Billancourt, Garges-lès-Gonesse… Elles revendiquent leurs différences ou leur normalité… L’une ou l’autre témoignent de la sensation d’être « transfuge », Anyssa par exemple se dit « caméléon », d’une éducation à l’autre, d’une langue à l’autre ; Laurène, elle, assume d’avoir « choisi d’être différente de (sa) différence » – Laurène Dulymbois, de parents guadeloupéens, sweet lolita en froufrous noirs, se reliant au sous-groupe de kawaï melani, fille kaléidoscope aux cheveux roses et bleus… Elles ont le crâne rasé, les cheveux couverts d’un voile, la tête crépue, bouclée, frisée, la chevelure longue, lisse, courte, emperruquée – et c’est loin d’être anodin, tignasse revendicative ou domptée, cheveu-symbole : autant de filles, autant d’histoires, de personnalités, de parcours, de constructions. Avec générosité, sincérité, sensibilité, elles offrent, guidées par l’écriture et la mise en scène sobre et directe d’Ahmed Madani, des bribes de leurs vies, de leurs interrogations et de leurs espoirs. On parle peu de racisme, d’exclusion, sans taire les difficultés que cela peut apporter dans la société, dans le monde du travail, de s’appeler Yasmina plutôt que Prune, mais plutôt de leurs parcours, de leur construction, de l’élaboration de leur identité – être la jeunesse dans un pays et une culture qui ne sont pas ceux de leurs parents.

F(L)AMMES, théâtre des Halles, Ahmed Madani, Pianopanier

Transmission, héritage, rupture, affrontements, identités… Ça passe par les mots, le récit ; par les images vidéo parfois qui apportent un autre angle, ou une échappée ; mais aussi, avec une grande intelligence, par de beaux moments collectifs. En contrepoint aux témoignages individuels, énoncés en grande partie au micro à l’avant-scène, la danse va les réunir. Une belle chorégraphie fait renaître les gestes d’une grand-mère aimée préparant la marjouba, « la dernière façon de préparer la pâte, la dernière façon de couper les poivrons », une chorégraphie empreinte de la mélancolie des souvenir de ces moments de tendresse familiale où l’on cuisinait ensemble, autant que de la joie de les ranimer. Mais aussi un échauffement de karaté musclé, une fête libératoire sur des rythmes électroniques – autant d’exultations partagées !
Ces jeunes femmes sont reliées par leur âge, par des interrogations ou des difficultés communes, certaines reconnaissent dans les autres leurs rêves ou leurs préoccupations ; mais aussi ce sont dix personnalités irréductibles, elles ont de la fougue et de la force, chacune à leur façon. Elles sont ensemble, chacune, des pièces sensibles, disparates et cohérentes de ce portrait d’une génération d’aujourd’hui. Beau cadeau que cette parole tonique, vivante qu’Ahmed Madani et ces dix actrices nous offrent !

F(L)AMMES
À l’affiche du Théâtre des Halles du 7 au 29 juillet 2017 – 11h
Texte et mise en scène : Ahmed Madani
Avec : Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye et Inès Zahoré

La vie trépidante de Laura Wilson, Jean-Marie Piemme, Jean Boillot, Festival Avignon, Théâtre 11 Gilgamesh-Belleville, coup de coeur Pianopanier

Very good trip

Tout commence comme un rêve improbable. 4 micros nous font face.

À gauche, un coin très rock : Hervé Rigaud et sa guitare électrique, un arsenal de pédales à effets sonores à ses pieds. Au centre et à droite, Philippe Lardaud et Régis Laroche encadrent Isabelle Ronayette. Laura Wilson, c’est elle.

Au son des riffs inspirés d’Hervé Rigaud, les trois comédiens nous proposent tout de go plusieurs versions de « Laura trucidant son patron », en mode cinémascope.

Godzilla, Kill Bill, et d’autres blockbusters y passent et sont autant de sources d’inspiration pour réinterpréter ce rêve éveillé que Laura nous balance en pleine figure dès le début de la pièce.
Le ton est tout de suite donné : nous allons partir pour un bien curieux voyage. Car Laura va très mal. Les ennuis volant toujours en escadrille, en quelques jours, sa vie bascule. Elle perd son travail, la garde de son enfant, son appartement. Parviendra-t-elle à remettre sa vie en marche ? À rencontrer l’amour ? À retrouver l’espoir ?

La vie trépidante de Laura Wilson, Jean-Marie Piemme, Jean Boillot, Festival Avignon, Théâtre 11 Gilgamesh-Belleville, coup de coeur Pianopanier

Le sujet du chômage, du déclassement, de la garde partagée d’un enfant, de la “reconstruction sociale”, pourtant ancrés dans une actualité quotidienne, ne sont pas si souvent proposés comme thèmes de théâtre. Peu d’auteurs, d’ailleurs, s’y frottent sans nous noyer, au mieux, dans un océan d’ennui, au pire dans une mare mielleuse de pathos.
Rien de tout cela ici : le dramaturge belge Jean-Marie Piemme a écrit un texte étonnamment tonique, furieusement moderne et malicieusement original.

Nous suivons Laura dans sa quête d’un nouvel amour, dans les questions existentielles liées à sa nouvelle inactivité, dans sa lente descente d’un ascenseur social décidément bien grippé.
Ce n’est jamais sombre, mais toujours, paradoxalement, empli de vie, d’énergie, et d’un furieux espoir.

La vie trépidante de Laura Wilson, Jean-Marie Piemme, Jean Boillot, Festival Avignon, Théâtre 11 Gilgamesh-Belleville, coup de coeur Pianopanier

« We Can Be Heroes »

La mise en scène de Jean Boillot, alliée à la scénographie innovante de Laurence Villerot y est pour beaucoup et participe grandement au plaisir qui nous prend à suivre cette vie si trépidante.
On n’énumérera pas toutes les très belles trouvailles de ce duo, pour ne pas déflorer le plaisir du lecteur de ces lignes.
On notera seulement combien l’emploi d’un simple smartphone peut faire passer l’émotion du point de vue d’un enfant, jouer les confesseurs psychologues, ou, étonnamment, déployer les grandes qualités d’une comédienne en cadrant son œil très serré.

Les trois comédiens qui entourent l’énergique Hervé Rigaud, auteur des compositions musicales inspirées qui ponctuent la pièce, sont absolument parfaits : Philippe Lardaud et Hervé Laroche passent sans coup férir de l’ami gay au play-boy aventurier de pacotille, en passant par l’ex-collègue transi et le patron goujat. Ce n’est jamais forcé, toujours juste et délicat.

Isabelle Ronayette est tout simplement exceptionnelle en Laura Wilson qui prend des coups mais qui se bat, qui se bat, qui se bat… comme une vraie héroïne de la vie quotidienne.

Cette rafraîchissante création est une magnifique surprise, et cette vie trépidante est à embrasser sans hésiter quand elle frappera à votre porte, au cours de la longue tournée qui l’attend – et qu’elle mérite amplement.

La vie trépidante de Laura Wilson, Jean-Marie Piemme, Jean Boillot, Festival Avignon, Théâtre 11 Gilgamesh-Belleville, coup de coeur Pianopanier

LA VIE TREPIDANTE DE LAURA WILSON
À l’affiche du 11 Avignon du 7 au 30 juillet 2017 – 15h40
Un texte de : Jean-Marie Piemme
Mise en scène : Jean Boillot
Avec : Philippe Lardaud, Régis Laroche, Hervé Rigaud et Isabelle Ronayette

Guigue et Plo, ici et là une pièce de la Compagnie Le Saut du Tremplin, au festival Off d'Avignon 2017, théâtre des Barriques, avec Alexis Chevalier, Grégoire Roqueplo, mise en scène François Jenny, coup de coeur Pianopanier

Guigue et Plo : absurdément vôtre !

Il y a Tintin et Milou, Dupont et Dupond, Bonnie and Clyde, Laurel et Hardy, Rox et Roucky, Astérix et Obélix… Et puis, il y a Guigue et Plo, deux personnages complètement décalés et loufoques.

Le premier mène la danse à la baguette, il ordonne et décide sans scrupule, le second essaie de tanguer, clopin-clopant et perturbe avec malice la danse du maitre. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre, cela va sans dire. Ils tissent à eux deux un nouvel espace de l’absurde et du rire, en créant un décalage entre leurs propres attentes et les expériences incongrues qu’ils font du monde. Ils s’interrogent mais pas que, ils chantent, courent, dansent… on ne peut pas les arrêter. On dirait qu’ils sortent tout droit d’une bande-dessinée, avec une petite pointe rétro qui les rend inattendus et si attachants.

Guigue et Plo, ici et là une pièce de la Compagnie Le Saut du Tremplin, au festival Off d'Avignon 2017, théâtre des Barriques, avec Alexis Chevalier, Grégoire Roqueplo, mise en scène François Jenny, coup de coeur Pianopanier

« Guigue: De toute façon, tu as toujours été là !
Plo: Pardon, faux procès. J’ai toujours été par ci, par là….
Guigue: On ne peut pas être ici et là à la fois
Plo: Echangeons nos places, on verra bien si je suis ici à ce moment là
Guigue: Si tu veux.
Alors ?
Plo: C’est vrai que vous y êtes
Guigue: Où ça ?
Plo: Ici… et moi là. »

Les mots sont drôles, la répartie fine, l’esprit enjoué, et la performance belle. Tout pour nous plaire.

Guigue et Plo, ici et là une pièce de la Compagnie Le Saut du Tremplin, au festival Off d'Avignon 2017, théâtre des Barriques, avec Alexis Chevalier, Grégoire Roqueplo, mise en scène François Jenny, coup de coeur Pianopanier

5 raisons d’aller voir Guigue et Plo au théâtre des Barriques, si vous êtes de passage à Avignon cet été :

1) parce qu’ils sont fous et qu’on aime les gens fous
2) parce qu’ils sont (vraiment) drôles et qu’on aime (vraiment) rire
3) parce qu’on a tous besoin d’une bonne dose d’absurde
4) parce qu’ils seraient trop tristes de ne pas vous voir
5) parce qu’autant d’humour et de joie à 12h45, ça ouvre forcément l’appétit !

GUIGUE ET PLO : ICI ET LA
À l’affiche du Théâtre des Barriques du 7 au 30 juillet 2017 – 12h45
Un texte de : Alexis Chevalier, Grégoire Roqueplo
Mise en scène : François Jenny
Avec : Alexis Chevalier, Grégoire Roqueplo

Intra Muros, une pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik, au Festival d'Avignon, Théâtre de Béliers

Intra Muros : trois murs et la liberté

Pour étrenner les planches de la salle flambant neuve du Théâtre 13 / Jardin, Colette Nucci, directrice du lieu, attachée à promouvoir la création actuelle et le travail des compagnies indépendantes, a choisi de confier le spectacle d’ouverture à Alexis Michalik, familier de cette salle qui l’a accueilli avec plusieurs de ses créations au fil des années. Le théâtre a enfin (belle) façade et (spacieux) hall d’entrée, salle et scène ont été rénovées avec soin, gardant l’agréable et peu commune disposition en amphithéâtre qui le caractérisait, perdant en pittoresque se plaint un mauvais coucheur nostalgique, mais surtout gagnant en qualité d’accueil, en performance phonique, en confort côté spectateur mais aussi côté artistes et techniciens… deux ans de travaux, le plancher de la scène devait frémir d’impatience de retrouver la pulsation des pas des artistes !

Intra Muros © Alejandro Guerrero

« Le théâtre,
c’est un endroit où il se passe tout le temps des choses »

Michalik aime le théâtre et son écriture, il le démontrait avec malice et d’inventivité dès ses premières mises en scène R&J et La Mégère à peu près apprivoisée, adaptations pleines de fantaisie(s). Depuis, il s’est emparé de la scène dans tout son relief, passant à l’écriture avec un brio salué par la presse et le public : Le Porteur d’histoire et Le Cercle des illusionnistes ont soufflé un vent de fraicheur et de créativité, et furent salués de nombreux Molières. Quelques perruques, des costumes, parfois de bric et de broc, là un astucieux pan de mur sur roulettes, ici des accessoires judicieux : une économie légère mais qui a toujours su ne pas faire « maigre ». On appréciera peut-être que ce n’est pas avec le plus de moyens qu’on fait le plus de théâtre. Après la machine à spectacle tapageuse d’Edmond, succès populaire autant que critique, gratifiée d’ailleurs de nombreuses nominations aux Molières cette année, on retrouve ici Alexis Michalik avec une équipe resserrée, et son talent condensé.

Intra Muros © Alejandro Guerrero

« C’est ça la vie,
être traversé par des émotions »

Alexis Michalik s’est nourri de sa propre expérience d’un échange avec des détenus, en Centrale (une « maison centrale » est un type de prison qui prend en charge les détenus condamnés à de longues peines. Elle accueille également les détenus les plus difficiles, ou ceux dont on estime qu’ils ont peu de chances de réinsertion sociale.) pour poser les bases de cet Intra Muros, où, à sa manière, il poursuit le dialogue entamé alors.

Nous allons donc passer 1h30 entre les murs d’une prison, réunis par la volonté de Richard, le metteur en scène, et d’Alice, assistante sociale, les instigateurs de cet « atelier-théâtre » en compagnie de Jeanne, aux multiples rôles, et de deux détenus, Ange et Kevin, les deux seuls volontaires – et de bien mauvaise volonté ! Entre les murs d’une prison, mais, puisque la parole crée – et cette belle fonction performative de la parole est particulièrement sollicitée dans le travail de Michalik, nous serons bien sûr aussi dans d’autres temps et d’autres lieux, les temps et les lieux des récits emboîtés des protagonistes. On glisse sans à-coups de la situation à la narration, des souvenirs racontés à leur restitution ; la mise en scène fluide, mouvante, nous embarque de l’espace de l’atelier à toutes les vies. Les acteurs se changent à vue, utilisant des portants à la frontière des coulisses. Hors jeu, ils restent la plupart du temps sur le plateau, simplement assis en fond de scène, spectateurs en miroir des spectateurs. Ils naviguent de leur présent à leurs passés, et même à leurs futurs. Peut-être l’intrigue s’entortille-t-elle en circonvolutions qui peuvent sembler artificielles. Mais par le talent de l’auteur-metteur en scène et la grâce de ses interprètes, tous ces ressorts s’allègent.

Dans un angle du plateau, au ras des spectateurs, Raphaël Charpentier, musicien poly-instrumentiste, manie thérémine, percu, clavier, samples… Le simple bruitage des ouvertures de portes scandant les déplacements suffira à inventer les murs de la prison, quelques notes de piano adouciront le dur récit de l’enfance de Kevin, le jeune détenu, des sons urbains, bips de caisses enregistreuses, brouhahas de bavardages, sonneries de téléphone tisseront la trame d’une vie laborieuse… : une matière sonore ainsi créée qui sait trouver la bonne proportion, amenant nuances et reliefs sans envahir l’espace.

Intra Muros © Alejandro Guerrero

« L’acteur ne fait pas qu’endosser une autre vie,
il en endosse deux, la sienne et celle du personnage »

Des 5 comédiens, certains sont de ses fidèles : Jeanne Arenes, à la présence vive et sincère, a été saluée du Molière de la révélation féminine en 2014 pour son rôle dans Le Cercle des illusionnistes; d’autres, des nouveaux venus dans sa tribu, plus familiers des cinéphiles : Bernard Blancan, visage à la serpe, regard aigu, campe un Ange, taiseux et blessé, à la tendresse touchante ; Fayçal Safi donne le ton juste, fait de fougue, de jeunesse, de rage, à son voyou, Kevin, gamin poussé tant bien que mal dans de la mauvaise terre (« c’est qui la société, moi je la connais pas mais si un jour je la croise je lui mets mon poing dans la gueule ») ; Alice de Lencquesaing, belle voix feutrée, fait ses premiers pas au théâtre avec la sensibilité et la justesse qu’on lui connait au cinéma…. On a aimé dernièrement Paul Jeanson dans J’ai couru comme dans un rêve, il est ici parfait dans le rôle du metteur en scène-accoucheur.

Intra Muros © Alejandro Guerrero

« Dans cette page blanche, il voit un espace infini,
il y voit tout le temps qui lui reste »

Michalik croit dans la vertu créatrice de la parole, et dans le pouvoir libérateur du théâtre. Avec un plateau sans esbroufe mais plein d’intelligence, des acteurs vifs et talentueux, beaucoup d’idées, un sens du ludique, le goût des histoires, beaucoup d’humanité… et par dessus tout, un grand amour de l’art dramatique, il fait s’effacer les murs, personnages et spectateurs d’un même élan s’évadent, et tous auront au cœur une lumière plus chaude, qu’elle soit d’un rayon de soleil, ou d’un projecteur de théâtre…

INTRA MUROS
Après la création au Théâtre 13, à retrouver actuellement à Avignon au Théâtre des Béliers du 7 au 30 juillet 2017 à 10h30
Texte et mise en scène Alexis Michalik
Avec Jeanne Arenes, Bernard Blancan, Alice de Lencquesaing, Paul Jeanson, Faycal Safi
et le musicien Raphaël Charpentier

photos : © Alejandro Guerrero

Réalisation Quentin Defalt

Fille du paradis, d'après Putain de Nelly Arcan, mise en scène de Ahmed Madani, avec Véronique Sacri

Fille du paradis, la beauté déchirée

Un espace qui semble au premier regard abstrait, de grandes glaces, des tentures noires pour clore la scène, et puis dans un coin un empilement de chaises qui donne un sens au lieu, une salle de bar après la fermeture, ou avant l’ouverture, une salle qui accueillera des clients mais pour l’heure déserte.
C’est l’histoire de Cynthia, jeune étudiante en littérature qui décide un jour de composer le numéro de la plus grande agence d’escorte de Montréal.
Cette Fille du paradis, la Putain du roman autobiographique de Nelly Arcan adapté ici par Ahmed Madani, c’est Véronique Sacri qui lui prête – ou plutôt qui lui offre en pâture – sa voix, son joli visage au regard franc, page vierge pour les pensées brûlantes, les émotions dures à venir.
Ahmed Madani est de ces metteurs en scène ardents et courageux, qui s’emparent du monde, de leur société, pour en faire œuvre de théâtre. Récemment F(l)ammes, sa dernière création, était à l’affiche de la Maison des Métallos. Saisi par l’humanité meurtrie de la romancière, Ahmed Madani a voulu « mettre en jambes, en chair, en sang, une langue qui se prête magnifiquement à la profération à haute voix » pour plonger « dans cette écriture, happés par la puissance d’un récit qui n’épargne ni les hommes ni les femmes. » Il donne à ce texte un écrin sombre, précis, sans fioritures, qui intensifie la présence de la comédienne.

Véronique Sacri / Fille du paradis

Le ton semble d’abord à la confidence, simple et léger : plus qu’une confession, c’est la conversation conviviale d’une jeune femme d’aujourd’hui, presque anodine, même si le propos est d’emblée sans voile. La salle reste éclairée, une même lumière partagée par la comédienne et les spectateurs, sans crudité mais sans ombres où se dissimuler.

Se faire putain « pour renier tout ce que j’étais. »

La mère, un « débris de mère », une femme épuisée, une forme sous un drap, des cheveux épars sur l’oreiller, si peu une mère ; le père, lui, « il ne faisait que ça, croire en dieu, prier dieu, prévoir le pire pour tous » , alors faute de parents pour l’aimer, ce sera une enfance chez « des sœurs que je devais appeler mère, et qui portaient un faux nom, qu’elles s’étaient choisies elles-mêmes, des sœurs-mère qui m’ont enseigné l’impuissance des parents à nommer leurs enfants ». Puis les fenêtres de l’université qui donnent sur la rue des bars, il n’y a plus qu’un pas à faire, un coup de fil… « l’occasion se présentait de me dévêtir de ma campagne »
La sœur, elle est « morte depuis toujours, mais elle flotte encore au-dessus de la table des repas. Je lui ai pris son nom comme nom de putain, c’est pas pour rien, quand les clients m’appellent ils la rappellent d’entre les morts »

Nelly/Cynthia, elle a toujours su qu’elle appartenait aux autres, une de celles à qui l’on donnait un nom, des ordres : le pensionnat des religieuses, les clients, même négation de quelque chose de soi, ce quelque chose après lequel la narratrice court désespérée, qui la rend muette, heures perdues muette sur le divan du psychanalyste. Pour se délivrer de son mutisme : l’écriture, sujet à peine mentionner mais pilier du texte, écrire pour enfin dire.

Véronique Sacri / Fille du paradis

Cris et murmures d’une femme sans nom, sans mots

Rupture, la lumière s’éteint sur la salle, se resserre sur la comédienne, la musique surgit brutale, pieds nus, cri, une danse frénétique, puis le silence, le corps immobilisé, statue de sel perchée sur une étroite estrade.
Dans une obscurité prenante, une plongée dans la vie de putain, les rythmes des jours, la succession des hommes.
« Je n’ai pas rêvé ces hommes, ce n’est pas de moi qu’ils bandaient, c’est de ma putasserie, parce que j’étais là pour ça »
Petit à petit le visage renaît du noir. La voix plus rauque, le débit plus rapide.
« L’argent sert à ça, se détacher de sa mère, de la laideur de sa mère » – le silicone, la chirurgie, pour se faire croire qu’on ne vieillit pas, pour être sûre qu’on ne vieillit pas comme sa mère, chair flasque, bouche fatiguée, seins qui ne vont plus conquérir le monde. « Les femmes ont toujours trop de ce qu’elles ont, trop de ce qui les fait femme »

Le visage lisse, rond, frais, le pétale de rose de la peau, l’ovale délicat du menton, ont disparu sous la rage, sous la peur, Véronique Sacri a anéanti la fraîche étudiante pour donner corps à l’usure, la laideur… la putain furie déborde, larmes, sueur, ruisselle de la comédienne. Confiance en son metteur en scène, sans doute, qui a su l’accompagner loin sur les chemins de l’incarnation ; densité des mots qu’elle profère – solidité de la langue et richesse du sujet ; talent et générosité de son jeu : tout cela lui donne la force nécessaire pour se mettre en danger.

« il faut être deux pour jouer à ce jeu,
un pour frapper à la porte, un pour l’ouvrir »

Sans réconciliation, peut-être même sans espoir, mais sans amertume, un apaisement, une respiration peuvent renaître : « j’aimerais vous dire la splendeur des paysages, la beauté du monde si je savais la voir, mais je suis trop occupée à mourir.»

Depuis longtemps Véronique Sacri-Cynthia n’a pas quittée la petite estrade, espace restreint, sa cellule de couvent, sa chambre de pute, sa famille-prison, espace clos et impersonnel où pourtant, sœurs siamoises, verbes et corps tendus, auteur et interprète déploient leur liberté sans bornes. Les notes de PJ Harvey, autre femme forte, les auront accompagnées sans redondance, contrepoint rageur, ample souffle vibrant de guitares saturées.
La mort ne rôde pas, elle dévore. Elle a dévoré Nelly Arcan. Elle jette des lueurs incandescentes sur cette Fille du paradis. Une heure brève et intense, un coup au cœur, un noyau dur d’humanité, flamboyante et poignante.

FILLE DE PARADIS
En tournée et à voir actuellement à Avignon du 7 au 28 juillet 2017 à L’Artéphile à 18h10
D’après le roman Putain de Nelly Arcan
publié par les Editions du Seuil et les Editions Points
Adaptation et mise en scène Ahmed Madani
Avec Véronique Sacri

Nous qui sommes cent débarque à Avignon

Elles sont cent. Peut-être bien plus que cela. Et cependant elle est désespérément seule, cette femme qui nous parle d’elle. Qui nous parle de nous. Au travers d’une multitude de voix qui résonnent ici et maintenant. Des voix qui nous touchent, nous embarquent, nous renvoient à nos propres démons.

Physiquement, réellement, au plateau, elles ne sont que trois. Trois comédiennes pour incarner ces cent et quelques voix. Trois intrépides encore peu connues qui portent bien leur nom. Intrépides lorsqu’elles décident, en direct de l’Ecole Blanche Salant, de monter ce projet un peu fou. Intrépides dans le choix d’un texte contemporain qui en déroutera sans doute certains. Un texte ultra féministe né de la plume d’un poète dont les origines suédoises et tunisiennes l’ont très tôt exposé à la question du langage. Un texte multi-culturel écrit par un « barjo des mots », comme il se désigne lui-même.

Intrépides, les trois comédiennes le sont tout spécialement dans leur jeu. Elles n’hésitent pas à prendre des risques, sans que cela n’altère jamais la justesse de leur interprétation. Caroline Monnier, tellement naturelle dans le rôle de la jeune rebelle – pour un peu, on prendrait les armes à ses côtés. Isabelle Seleskovitch, si émouvante dans la femme qui doute, tour à tour fragile et exaltée. Laura Perrotte a relevé la gageure de se mettre elle-même en scène à leurs côtés. Elle endosse le rôle de la « femme mûre ». Celle qui, arrivée au bout du chemin, se retourne et interroge ses « différents mois ». Celle qui nous fait réaliser, au final, que nous aussi, nous sommes décidément cent…

Au Nouveau Ring, un collectif qui porte bien son nom :

1 – Les Intrépides nous font découvrir Jonas Hassen Khemiri, cet auteur multiculturel encore trop peu connu en France.
2 – Les trois comédiennes relèvent un défi de taille : sur scène elles ne sont pas une, ni trois, elles sont multiples et toujours parfaitement justes.
3 – Chacun, chacune de nous se projettera nécessairement dans l’une ou plusieurs de ces différentes facettes qu’elles incarnent, et pour ce voyage au travers de nous-mêmes nous ne pouvons que leur dire merci!

NOUS QUI SOMMES CENT
À l’affiche du Nouveau Ring du 7 au 30 juillet 2017 – 18h
Un texte de : Jonas Hassen Khemiri
Mise en scène : Laura Perrotte
Avec : Caroline Monnier, Laura Perrotte, Isabelle Seleskovitch

 

Méliès Cabaret magique, Avignon festival off, critique coup de coeur Pianopanier

Pour (re)découvrir les 1001 facettes de Méliès

Voici plusieurs années que le talentueux et prolifique Alexis Michalik a créé son Cercle des Illusionnistes, un spectacle sur le thème de la magie à travers l’histoire de Jean-Eugène Robert-Houdin, magicien novateur du XIXe siècle, et Georges Méliès, le grand inventeur du trucage au cinéma. Plus confidentiel, mais tout aussi délicieux, un spectacle intitulé Méliès, Cabaret magique sera présenté cet été au Festival Off d’Avignon par la Compagnie du Théâtre à Bretelles.

Ils sont cinq sur scène : deux conteurs, deux musiciens, un magicien pour nous chanter les mille et un visages de Georges Méliès. L’exercice était compliqué, voire périlleux, tant la vie et l’oeuvre de ce génie prolifique offre de pistes et de sources d’inspiration.

Méliès Cabaret magique, Avignon festival off, critique coup de coeur Pianopanier@Samuel Zucca 

Le spectacle est rythmé par des séquences de projection de films de Méliès  : une vingtaine de films pour la plupart méconnus, principalement en relation avec l’illusionnisme. Car c’est Méliès le cinémagicien qui est au coeur de la pièce. Entre escamotage de dames, danseuse microscopique et Eclipse de soleil en pleine lune, le choix des séquences nous révèle les multiples facettes de cet artiste hors norme.

Méliès Cabaret magique, Avignon festival off, critique coup de coeur Pianopanier

“Avec sa soudure, il vient tout juste d’inventer le montage.”

Mais les projections ne sont pas les seules jolies surprises que nous réserve Anne Quesemand. Elle s’est entourée de Laurent Grynszpan qui a composé spécialement pour le spectacle. Il interprète lui-même ses morceaux au piano, seul ou à quatre mains avec Betsy Schlesinger lorsque celle-ci ne joue pas d’autres rôles. Saluons ici le talent de ces deux « musicomédiens ».

Et puis, magie pour magie, la compagnie a eu la bonne idée de faire monter sur scène, sortir de l’écran, apparaître subrepticement Sylvain Solustri, figure emblématique, co-fondateur du Musée de la magie et comédien. Chacune de ses interventions sera l’occasion de faire participer le public, mais n’en dévoilons pas trop… laissons la magie opérer.

Ce charmant spectacle pluridisciplinaire ne sera présenté qu’en seconde partie de Festival, à partir du 20 juillet, mais les parisiens pourront se rattraper à la rentrée où il sera repris au Théâtre de la Vieille Grille.

Méliès Cabaret magique, Avignon festival off, critique coup de coeur Pianopanier

MELIES, CABARET MAGIQUE
À l’affiche de L’Espace Alya du 20 au 30 juillet 2017 – 19h
Texte, jeu, accordéon, bugle, bruitages : Laurent Berman et Anne Quesemand
Musiques originales : Laurent Grynszpan
Magie en alternance :  Sylvain Solustri
Piano : Laurent Grynszpan et Betsy Schlesinger