Avant de s’envoler, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer…

Florian Zeller nous invite à passer un week-end dans la maison familiale d’André (Robert Hirsch) et de Madeleine (Isabelle Sadoyan) rejoints, -comme cela est répété à plusieurs reprises : « du fait de la situation »- par leurs deux filles Anne (Anne Loiret) et Elise (Léna Bréban).

Ce qui se joue dans cette histoire d’amour de 50 ans entre deux êtres et leur environnement immédiat ne peut se résumer de façon factuelle et limitante. L’auteur invente de nouveaux repères dans le temps et l’espace, de telle façon que le spectateur, face au miroir de sa vie, s’interroge en permanence sur les relations à ses parents, la perte inéluctable de l’être aimé et sa propre fin. Au-delà d’une écriture concrète, ancrée dans l’actualité (évocation du couple d’amants qui a choisi de partir ensemble vers l’au-delà, au Lutetia en novembre 2013), la subtilité géniale de Florian Zeller provient d’un monde parallèle nourri de non-dits, de silences et de regards.

Avant de s'envoler
@Photo Lot

L’interprétation des comédiens est simplement magistrale : Robert Hirsch, dans une dernière danse, nous saisit par le flot continu d’émotions qu’il transmet : amour pour son épouse, colère vis-à-vis de l’agent immobilier voulant vendre sa maison, gène par rapport à une ancienne relation amoureuse qui apparait …
Isabelle Sadoyan campe une épouse et une mère bienveillante et les deux sœurs nous renvoient avec une grande sincérité, la boule au ventre et les yeux rougis, aux scènes familiales de fin de vie que nous avons tous connues.

Enfin, la vérité et l’authenticité de cet objet théâtral hors normes (car on y rit aussi, souvent) sont liées au travail de mise en scène réalisé par Ladislas Chollat et son équipe. Les grimaces et postures d’André donnent vie au fauteuil où il trône, le décor nous renvoie à notre vie d’enfant, les rituels familiaux de préparation des repas sont d’un réalisme vertigineux.

Sans hésiter, allez-vous envoler au Théâtre de l’Œuvre, et comme le suggère André, citant René Char : « Au plus fort de l’ orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. »

Avant de s’envoler, une pièce de Florian Zeller
Mise en scène : Ladislas Chollat
Avec : Robert Hirsch, Isabelle Saroyan, Claire Nadeau, Anne Loiret, François Feroleto, Léna Bréban
Théâtre de l’Oeuvre – spectacle vu le 12 octobre 2016
A l’affiche jusqu’au 15 janvier 2017

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