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Sans tambour : Être drôle n’empêche pas d’être triste. Et réciproquement. Un réjouissant désastre !

Samuel Achache poursuit avec Florent Hubert, déjà complice sur Le Crocodile trompeur – libre adaptation de Didon et Enée d’Henry Purcell, salué d’un Molière du Spectacle musical en 2014, son exploration des liens entre théâtre et musique.
Un piano resté suspendu au-dessus d’un plancher absent, des chaises de velours rouge, une bâche de chantier, une maison dont on ne sait encore si elle est en construction ou en destruction : le beau décor fracassé de Lisa Navarro invente d’emblée un espace de jeu poétique et chaotique.
Dans cette apocalypse encore tranquille, Léo-Antonin Lutinier, en chef d’orchestre échevelé, dégingandé et lunaire, lance avec emphase un 45-tours, qui sera interprété, grésillements, rayures et ralentis inclus, par un petit ensemble instrumental hétéroclite aux couleurs chaudes (flûte traversière alto, clarinette basse, violoncelle, saxophone, accordéon) : le prologue, bref et rieur, sème les premiers grains de folie.

© Jean-Louis Fernandez

Des coups de marteau, comme les trois coups du lever de rideau au théâtre : les cloisons de placo de la cuisine s’effondrent, dévoilant tuyauteries, gravats, mises au point, corps à corps et ruptures. La femme qui fut amoureuse passionnée dit : « partir à l’aventure », il répond : « payer le Renault Scénic », elle aurait aimé entendre : « partir à l’aventure en Renault Scénic », car elle aurait aimé encore l’aimer. Mais, malgré le combat acharné que mène l’homme, gants de vaisselle et arguments aux poings, les verres sales et les reproches s’entassent dans l’évier, et l’heure n’est plus au rafistolage : Sans tambour procède avec jubilation à la démolition de la maison et du couple.
Eve Risser traduit au piano préparé les angoisses de l’homme, Léo-Antonin Lutinier, comédien au chant encore plus émouvant de sa fragilité, se fait clown blanc mélancolique et farfelu : la musique et le théâtre sans cesse s’entremêlent, finissent par ne faire plus qu’un – diction rythmique ou chant déclamé, parole redoublée ou poursuivie par le chant clair de la soprano Agathe Peyrat, lieder en parenthèses gracieuses ou créations contemporaines en contrepoint de l’action. Les interprètes – au jeu, au chant, aux instruments – sont tous également fins, justes, précis.

© Christophe Raynaud de Lage

Les lieder de Schumann fendent l’âme et Tristan et Yseult nous rappellent que les philtres d’amour sont des poisons. Mais ici, on fait du laid le beau, on déguise le pathétique en burlesque et « si le monde ne tourne pas rond, on va en changer le sens ». Dans un étrange institut, on combat la maladie du désir – en comblant le manque par des éboulis – de murs, de chansons d’amour… L’homme quitté, Lionel Dray, « raté magnifique », massue à l’épaule, finit par se tenir en équilibre précaire sur les montants du guéridon qu’il a méticuleusement détruit ; un autre romantique désolé plonge dans un piano empli de ses propres larmes pour y noyer son chagrin et le forcer à remonter vers le lobe frontal (où on devrait mieux savoir quoi en faire qu’en le laissant se prélasser dans les méandres du cœur)…
Être drôle n’empêche pas d’être triste. Être triste n’empêche pas d’être drôle. Et être drôle et triste n’empêche pas d’être beau.
C’est la magie de ce délicieux spectacle inattendu, incroyablement maîtrisé et parfaitement déglingué, poignant et joyeux, où des ruines finit par naître l’apaisement, où entre les gravats il y a place pour la rêverie, où sur la maison désossée peut enfin se lever une lumière pleine de douceur et riche d’attente. On en sort étonnamment réjouis et ensoleillés.

Marie-Hélène Guérin

 

SANS TAMBOUR
Au Théâtre des Bouffes du Nord du 25 février au 9 mars 2025
Mise en scène Samuel Achache
Direction musicale Florent Hubert
Arrangements collectifs à partir de lieder de Schumann tirés de : Liederkreis op.39, Frauenliebe und Leben op.42, Myrthen op. 25, Dichterliebe op.48, Liederkreis op.24
Compositions d’Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert et Eve Risser
De et avec Gulrim Choï, Lionel Dray, Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert, Sébastien Innocenti, Sarah Le Picard, Léo-Antonin Lutinier, Agathe Peyrat, Eve Risser
Scénographie Lisa Navarro | Costumes Pauline Kieffer | Lumières César Godefroy | Collaboration à la dramaturgie Sarah Le Picard, Lucile Rose | Assistante costumes et accessoires Eloïse Simonis

Revue de presse du 13 janvier 2016 : Victor F, la Fugue, les Femmes Savantes et les Molière de Vitez

 

1. Laurent Gutmann présente au Théâtre de l’Aquarium Victor F. tiré du «Frankenstein» de Mary Shelley :

– « Des acteurs savoureux, une scénographie surprenante, un curieux spectacle qui ouvre un large spectre de réflexions sur les avancées de notre civilisation et son ensauvagement, sur les bienfaits des progrès de la science et la défiance à l’égard du projet transhumaniste. » – Un Fauteuil pour l’orchestre

– « L’excès de second degré tue à la longue l’intérêt du propos. » – Les Echos

– « La mise en scène et la scénographie sont au rendez-vous du propos. La pièce est belle. Le spectacle est un ravissement. » – Toute la Culture

– « Alliant grotesque et profondeur, il nous gagne immédiatement à la cause de son univers. » – La Terrasse

– « Laurent Gutmann créé une version moderne du mythe de Frankenstein dans laquelle on retrouve la question du transhumanisme mais aussi celle de la responsabilité du créateur. » – Theatral Magazine

 

2. La reprise aux Bouffes du Nord de Fugue de Samuel Achache, l’une des bonnes surprises du in avignonnais 2015 :

– « Sous forme d’une orchestration à plusieurs voix successives, les comédiens, qui sont également musiciens, accompagnent le texte d’airs joués au violoncelle, piano ou clarinette. » – Libération

– « Un spectacle où s’entremêlent la musique et le texte… à l’autre bout du monde : en Antarctique, sur une drôle de base scientifique internationale. » – Arte

– « Les six interprètes ont composé chacun leur partition dans ce travail très collectif, et qui sonne juste, en dépit de longueurs dans la narration par moments. » – Le Parisien

– Interview de Samuel Achache pour La Terrasse

 

3. Après Les Femmes savantes vues par Macha Makaïef, voici celles vues par Elisabeth Chailloux au Théâtre des Quartiers d’Ivry :

– « Elisabeth Chailloux indique procéder à une mise en résonance avec le féminisme des années 1960, parallèle non pertinent dès lors que ses revendications concernent la remise en cause des rôles familiaux traditionnels et la liberté sexuelle. » – Froggy’s Delight

– « Hélas, il y a beaucoup de contresens dans cette transposition interprétée sans homogénéité. » – Le Figaro

– « Elisabeth Chailloux revisite ici la pièce de Molière en l’inscrivant dans une ambiance de fin des années 1960. »–  Le Parisien

– Interview d’Elisabeth Chailloux pour La Terrasse

 

4. Pour rester chez Molière, le pari fou de Gwenaël Morin de remonter ceux deVitez aux Amandiers :

– « Pour jouer L’École des femmes, Tartuffe, Dom Juan et Le Misanthrope, Morin a travaillé avec des élèves acteurs du Conservatoire de Lyon. » – Le Figaro

– « C’est Molière en lâcher prise que nous offrent le directeur du Point du Jour et sa jeune troupe – du théâtre vibrant, fiévreux, intemporel, qui semble inventé à même le grand plateau. » – Les Echos

– « La distribution s’est faite au hasard, par tirage au sort, sans tenir compte des rôles d’hommes ou de femmes, des personnages principaux ou secondaires. » – France Inter

– « Le texte, rien que le texte, mais tout le texte joué hors de toute tentation psychologique, sous le regard du metteur en scène Gwénaël Morin. » – Le Progrès

 

 

Revue de presse Avignon 2015 – 2

Revue de presse Avignon 2015 du 20 juillet 2015

 

 

1. Angelin Preljocaj dans la Cour d’Honneur divise :

– « Le chorégraphe célèbre ses trois décennies de créations et présente à Avignon  sa nouvelle œuvre, « Retour à Berratham ». » – Paris Match

– « Retour à Berratham n’a rien du conte de fées. La danse, ici, dit un monde troublé. » – Les Inrocks

– « Prejlocaj invente ici une comédie-ballet des temps contemporains où la danse prolonge le sens, provoque ou pousse plus loin encore l’émotion et la prise de conscience du spectateur. » – Telerama

– « Dommage que la danse ne vienne qu’en appui du texte et n’envahisse pas continûment la cour d’Honneur. » – Le Figaro

 

2. « Dinamo » du metteur en scène argentin Claudio Tolcachir déçoit :

– « Dinamo tire malheureusement trop vers le comique boulevardier. » – Telerama

– « L’action progresse à un faux-rythme et les gags font le plus souvent un flop (Marisa revenant avec son armure de plâtre après s’être cogné les épaules). » – Les Echos

– « Claudio Tolcachir et ses deux acolytes, Melisa Hermida et Lautaro Perotti qui cosignent la pièce, ont voulu « raconter une histoire sans presque recourir à la parole. » – L’Express

– « Il manque un peu de profondeur à cette Dinamo pour qu’elle se mette vraiment à turbiner. » – Toute la Culture

 

3. « Fugue » de Samuel Achache séduit :

– « Dans la très sérieuse programmation du festival d’Avignon, la « Fugue », concoctée par le jeune comédien et musicien Samuel Achache, 33 ans, jette jusqu’au 22 juillet une note loufoque et joliment musicale. » – Le Parisien

– « Le propos est loufoque, décousu, décalé, pertinent, touchant, et finalement plus profond qu’il n’y parait. » – Toute la Culture

– « Fugue, c’est « Singing in the Snow » : un voyage dans le Grand Nord, où des âmes perdues, censées percer les secrets d’un lac ancien enfoui sous les glaces, donnent libre cours à leurs délires existentiels. » – Les Echos

– « Cette bande de jeunes acteurs-musiciens fait un bien fou à la scène française, c’est très sérieusement qu’ils ne se prennent pas au sérieux! » – France Info

 

4. « Réparer les vivants », le spectacle « In » du Off :

– « Ce marathon romanesque de vingt-quatre heures ramassées ici en une, bat au rythme imprimé par Emmanuel Noblet, jeune comédien prodigieux. » – Libération

– « Emmanuel Noblet est seul sur la scène du théâtre de la condition des soies, préparez vos mouchoirs, c’est un petit bijou. » – France Info

– « C’est absolument remarquable. Un grand comédien qui illumine l’écriture même de Maylis de Kerangal. » – Le Figaro

– « Sur la scène du petit théâtre de la Condition des Soies, le comédien tient tous les rôles ou presque dans la course contre la montre engagée pour prélever le coeur de Simon. » – Le Parisien