Un « Rêves » de cirque et d’humanité

Sur le vaste plateau de La Scala, rampe au sol un lent nuage de fumée blanc chantilly, blanc doux.

Y surgissent, murmurés, joués, des rêves d’enfants, d’ados, d’adultes, de gros chien affectueux, de feu dans la cheminée, de celle qui fera battre ton cœur, d’un métier, d’une maison, d’un amour, rêves de grands repas avec ses enfants et ses petits-enfants qui auront des rêves d’enfants…
En petit groupe serré la jeune troupe – tou.te.s de même vêtu.es de shorts noirs et débardeurs blancs, longues chaussettes blanches, nous entraîne avec le sourire dans une ronde joyeuse où les virtuosités glissent mine de rien. Les acrobaties sont très chorégraphiées, joueuses, gamines, légères, c’est très gai, très lumineux.

Le groupe se disjoindra pour laisser une échappée belle à l’un ou l’une d’entre eux, chacun son tour, chacun son temps, chacun sa confidence. C’est Roman Kahfizov, cofondateur de la troupe du cirque Inshi avec Volodymyr Koshovy et metteur en scène de ce spectacle, qui a écrit les textes qu’on entendra chuchoter par une voix off. Ils sont nés d’échanges qu’il a eu avec les sept interprètes, dont il voulait sonder rêves et peurs à la genèse de la création de ce spectacle. Les textes sont traduits en français, sauf un, qui gardera son mystère pour qui ne parle pas ukrainien. Chaque artiste accompagne le murmure de la voix off d’une interprétation corporelle, d’une langue de gestes, avant de se lancer dans son numéro solo.

Les sept artistes, deux femmes, cinq hommes, corps fins et flexibles, sont issus de l’école nationale de cirque de Kiev, ils ont une maîtrise technique irréprochable. Pour ce Rêves collectif, ils ont tous laissé de côté « leur » numéro personnel, celui qu’ils développent et enrichissent depuis leur sortie d’école, pour s’inventer une nouvelle partition.
Cordes, cerceaux, cerceau aérien, acrobatie ou clown, contorsion, jonglage, les matériaux classiques du cirque sont là, sublimés par de splendides lumières, qui isolent ou rassemblent, qui cisèlent l’espace, le dorent, le découpent, sur des noirs profonds. Les costumes changeant discrètement à chaque tableau sont simples et beaux, alternant noir et blanc.
On entendra Camille Saint-Saëns, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Vivaldi, Max Richter et Philip Glass, le Boléro de Ravel, tout un patrimoine musical européen hautement romantique et puissamment évocateur, et puis, pour un final touché par la grâce, des traditionnels ukrainiens : Roman Kahfizov, metteur en scène de ce magistral spectacle confesse que pour lui, « la musique classique est celle qui fait le plus vibrer les cœurs ». Pas de raison de s’en priver !

On apprécie que les numéros prennent particulièrement leur temps, laissant s’installer une personnalité, un univers. Des intermèdes font transition, permettant de retrouver le groupe, soudé, complice, dansant.
Difficile de citer tous les numéros, chacun est un petit bijou de précision et d’émotion.
On garde en mémoire une ébouriffante Shiva jongleuse à quatorze bras, qui laisse place à un exaltant solo de jonglage de balles de Vladyslav Holda : le public en rit d’émerveillement et de surprise.
Une lumière dorée de soleil qui coule le long d’une unique corde tombant des cintres, un jeune homme presque indolent : Maksym Vakhnytskyi, merveilleux cordiste, aérien, spectaculaire, fait des prouesses comme on fait la sieste, avec des lenteurs et des langueurs de fin d’après-midi au soleil. Mykhailo Makarov – cou-de-pied de danseur, grand écart de ballerine, musculature d’Atlas, souplesse de liane, corps gainé et sourire de môme – tel l’albatros est lourd et bien maladroit au sol et s’envole dès qu’il est perché sur ses cannes d’équilibre. Au cerceau aérien, Artem Kreksha se fait perruche contorsionniste, petit piaf sur son perchoir défiant les lois de la gravité et de la physiologie, pliant sa carcasse en des angles improbables, suspendu par le bout des pieds…

Les sept artistes sont de splendides technicien•ennes, mais gardent légèreté et modestie, se moquant gentiment d’eux-mêmes, tel l’équilibriste peinant à tenir debout quand il est au sol, ou se faisant assistants d’un camarade à qui il faut retirer ses chaussons ou qu’il faut traîner, faussement harassé, hors du plateau… Ils font naître admiration et sourire.

Puis la troupe amène un miroir de loge, et un numéro de clown en perruque orange, costume discrètement bleu et jaune pâles sur un air traditionnel lalalaloulaï bondissant, invite à la rigolade. Mais le voilà qui se démaquille, l’atmosphère s’assombrit, dans le brouillard qui s’avance on ne peut pas ne pas voir la guerre. Une femme un homme en brun, elle danseuse de ballet demi-pointe pirouette et grand jeté, lui treillis : dans leur pas de deux poignant, dans leurs portés spectaculaires, on imagine des combats des grenades de la boue de la fatigue de la peur.
Mais ces Rêves ne sont pas arrêtés par les épreuves, et dans la beauté d’une polyphonie ukrainienne, le groupe se retrouve, les poitrines et les regards s’emplissent de lumière et exhalent la vie.
Il a fallu beaucoup d’heureuses rencontres et d’opiniâtreté de la part de la compagnie Inshi pour que naissent ces Rêves.
Et ces rêves sont devenus un spectacle d’une grande beauté formelle, d’une poésie et d’une puissance d’émotion rares.
On en sort la joie au cœur d’avoir assister à un moment précieux, témoignage d’une si parfaite maîtrise de leur art, d’une si grande foi en la force de la création, et d’un si grand espoir en un avenir de paix.

À voir en famille, pas avant 5-6 ans (les parties parlées assez présentes peuvent être hermétiques pour des tout-petits).

Marie-Hélène Guérin

 

RÊVES
Une création du cirque Inshi
À voir à La Scala – Paris jusqu’au 4 janvier 2026
Sur une idée originale de Volodymyr Koshovyi
Mise en scène Roman Khafizov
Chorégraphie Mykhailo Makarov
Distribution Vladyslav Holda, Maksym Vakhnytskyi, Artem Kreksha, Sofiia Soloviova, Ruslan Kalachevsky, Bob Gvozdetskyi, Tetiana Petrushanko
Régie générale et lumières Claudia Hoarau | Régie son/plateau Axel Rescourio | Création sonore Anton Delacroix | Auteur Bohdan Pankrukhin | Costumes Galyna Kiktyeva, Viktoria Burdeina
Production en Ukraine Maryna Kostrovenko
Photos © TTS pictures, Peter Laing, Zoe Knowles photography, J.Y Huetac

 

Partenaires & accueils en résidence Théâtre de Cusset, scène conventionnée d’intérêt nationalart et création / La Coopérative De Rue et De Cirque, Paris • La Maison des Jonglages, scène conventionnée, La Courneuve / La Grainerie, Fabrique des arts du cirque et de l’itinérance,Pôle européen de production, Balma / Le Sirque, Pôle national cirque Nexon Nouvelle-Aquitaine / Le Théâtre de Rungis / Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique
Avec le soutien de La Drac Bretagne / Angers Nantes Opéra / La Ville de Paris / La Drac Île-de-France / Le ministère de la Culture Direction générale de la création artistique / Les Tréteaux de France, Centre dramatique national

Une Débandade enjouée !

Olivia Granville danse depuis longtemps, il y a quelques décennies, ses entrechats débutaient sur les planches de l’Opéra de Paris, puis la faisait s’envoler vers des écritures contemporaines. Elle danse, et chorégraphie, et inventorie, et invente. À son goût du mouvement se mêle son goût des mots de la littérature ou de la parole.
Dans cette Débandade, elle a invité huit artistes à dresser un instantané personnel de la masculinité, la leur, celle définie par la société, celle qui s’oppose ou ne s’oppose pas à la féminité. Leur masculinité, ils vont la danser, la dire, la questionner, la confronter, la fredonner.

Depuis la salle, longeant le public, ils s’avancent vers la scène en tenue légère et en rangs serrés, les huit gaillards, les sept danseurs et leur accompagnateur-DJ-ingé son.
Un peu hâbleurs, un peu frimeurs, un peu joueurs dans leurs p’tits slips, leurs caleçons bigarrés, avec leurs combos tennis chaussettes pour retenir au sol leurs silhouettes hétéroclites de râblés ou d’échalas, d’athlétiques ou de moelleux, ils se lancent dans un jovial rock vintage, c’est enjoué, ensoleillé, accueillant.
Olivia Granville et sa tonique troupe ont envie de prendre le public dans leurs bras, ou au moins par la main, pour les embarquer dans la traversée de leur men’s men’s world.

Sur le vaste plateau, en fond de scène, un praticable forme une petite estrade, bientôt catwalk, piédestal, chemin de ronde, cachette. Un massacre de cerf trône, métaphore hypothétique d’une virilité désarçonnée, son mufle béant, on ne sait si c’est pour le brame ou dans un râle d’agonie. Un micro sur pied, un micro à main : la parole circulera, se déplacera, se télescopera au mouvement ou l’interrompra. Avec l’intimité des confidences et la « pêche » du stand up, les danseurs livreront souvenirs d’enfance et interrogations d’adultes. Chacun son premier pas de danse, avec ou contre la famille, classique, contemporain, de salon, hiphop, à 6 ans, 8 ans, 11 ans, en Argentine, à Rome, à Paris, au Burkina Faso, avec un professeur admiré, avec sa mère, avec mille efforts, ou comme on respire ; et comment ça se passe avec les filles, les femmes, avec ce dont on a hérité des rapports hommes-femmes des générations antérieures, avec le poids du patriarcat, sur soi, sur les relations, sur les attentes, ce qu’on a en commun, ou pas, avec son père, sa mère, ce qu’on sait entendre et transmettre de la parole des femmes.

Leurs mots et leur danse s’entremêlent subtilement, se succèdent, se fondent, s’appuient. Ensemble, en solo, en duo, en trio, les sept interprètes danseront sur des airs populaires, traditionnels ou classiques, de la chanson française, de la techno. Leur technique est patente, leur complicité est palpable. On verra des gestes simples, du sport, du quotidien, devenir danse quand ils seront répétés, rythmés et partagés. On verra des hommes s’imprégner d’animalité, se faire oiseau, singe, félin, déambuler, se toiletter, se humer – et cela aussi est danse.

L’écriture fragmentaire semble laisser peu de temps à l’émotion, et pourtant ! l’émotion surgit, s’installe, au détour d’une ronde sur un air de Laurie Anderson repris a capella, d’une course effrénée, intense, sur une électro hardcore, d’un pas de deux sur fond de voix baroque et viole de gambe, très doux, fluide, qui touche par la perception de la connexion des danseurs, de la matérialisation d’un échange humain, d’un galop un peu cocasse qui se fait ample et sauvage au gré d’une musique de western, de l’énoncé pudique et poignant de souffrances de femmes… et l’on rit beaucoup aussi, de surprise, de plaisir !

C’est à un cheminement à travers la perception de la masculinité qu’invite Olivia Granville, et la balade est riche, polymorphe, généreuse. Il est réjouissant de voir cette troupe se jouer des préjugés du masculin, s’en amuser et s’en délivrer.
Mais c’est un autre voyage qui se dessine en arrière-plan, une déambulation dans la danse, avec une grande fantaisie, une belle liberté. Grands battements, twerk, voguing, kalela du Burkina Faso. Le catwalk où chacun vient faire le fier ou le malin rappelle The Romeo de Trajal Harrel, mais en plus drôle. Un groupe serré arpente avec intensité le plateau comme un écho du Tragédie de Dubois. Abstraction contemporaine, ronds-de-jambe, breakdance. Dancefloor, ballet, battle. Et Pina Bausch bien sûr. Toute une grammaire de la danse, toute une géographie, toute une histoire, à travers leurs histoires. Cette Débandade, humaniste, tendre et drôle, est des plus toniques et joyeuses ! Le public charmé, illuminé de sourires, applaudit à tout rompre.

A voir aussi en famille, à partir de 10-12 ans peut-être (les parties parlées sont sans doute moins accessibles aux plus jeunes).

Marie-Hélène Guérin

 

DÉBANDADE
Conception Olivia Grandville
Chorégraphie Olivia Grandville et les interprètes
Avec Habib Ben Tanfous, Jordan Deschamps, Martín Gil, Adriano Coletta, Matthieu Patarozzi, Matthieu Sinault, Eric Windmi Nebie, Antoine Bellanger
Création sonore Jonathan Kingsley Seilman | Création vidéo et regard extérieur César Vayssié | Création lumière Titouan Geoffroy et Yves Godin | Scénographie James Brandily | Costumes Marion Régnier
Collaboration Aurélien Desclozeaux et Rita Cioffi | Régie plateau et vidéo Titouan Geoffroy | Régie son Thibaut Pellegrini | Régie lumière Sébastien Vergnaud
Photos © Marc Domage

À voir ensuite 19 et 20 mars 2026 Théâtre du Bois de l’Aune / Aix-en-Provence (13)

Production
Production Mille Plateaux – CCN La Rochelle Partenaires Le Lieu Unique (Nantes), Chorège – CDCN (Falaise), Les Subs (Lyon), CCN de Rillieux-la-Pape – direction Yuval Pick (dans le cadre du dispositif accueil-studio), Charleroi danse – Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, La Place de la Danse – CDCN de Toulouse Occitanie, Les Quinconces et L’Espal – Scène nationale du Mans, TAP – Théâtre Auditorium de Poitiers, CNDC Angers, CCN Nantes, CCN2 Grenoble Soutiens CCN de Caen en Normandie – direction Alban Richard, SEPT CENT QUATRE VINGT TROIS (Nantes)
Avec l’aide du Conseil départemental de Loire-Atlantique et de la Région Pays de la Loire
Extrait du Sacre du printemps, chorégraphie de Pina Bausch, créée le 3 décembre 1975 à l’Opernhaus Wuppertal

La Petite Tuk : un lumineux conte social

Joachim Latarjet et Alexandra Fleischer, co-créateurs de la compagnie Oh ! Oui… et initiateurs de cette Petite Tuk, avaient envie d’un conte social à hauteur d’enfants, de ces enfants notamment qu’ils rencontrent lors des ateliers de pratique théâtrale qu’ils animent dans la ville où leur compagnie est accueillie en résidence, Les Ulis. Le petit Tuk du conte méconnu d’Andersen, à qui sa mère demande de rendre des services domestiques alors qu’il devrait étudier ses leçons, leur apparut une juste caisse de résonnance pour évoquer ces mômes poussés par la vie précaire à devenir trop grands trop vite, à porter de bien lourdes charges pour leurs épaules enfantines. Puisque bien souvent ce sont des jeunes filles qui secondent les parents, le Petit Tuk deviendra Petite Tuk, pour raconter cette histoire d’une demoiselle bien d’aujourd’hui, entre désirs d’enfance et responsabilités d’adulte.

Le papa de Tuk n’est pas là, un immense amour, mais disparu depuis si longtemps que Tuk n’en a pas souvenir. Le papa de la petite sœur était un vilain bonhomme, disparu aussi et c’est tant mieux. Alors la maman de Tuk travaille de nuit, laissant à sa grande le soin de s’occuper de sa petite (quelques mois, faim de loup et nuits morcelées), du linge, des repas, des paperasses…, alors Tuk vaillamment rentre de l’école, va chercher sa sœur à la crèche, fait les courses, les biberons, tourner la machine, et s’endort en classe, sur les bancs du square, debout dans la cuisine. Dort, et rêve… Et, comme au petit Tuk du conte originel, les rêves vont lui parler, et lui glisser au creux de l’oreille des histoires, autant d’occasions d’apprendre à lire le monde et son propre cœur.

Dans ce conte très musical, Léa Sery, visage rond, sourire solaire, chante d’une voix charnue, ample, et a un jeu spontané qui nous fait croire sans retenue à la jeunesse de son personnage, c’est une Tuk pleine d’aplomb, de colère aussi, de fatigue, de rêves et de joie de vivre. Alexandra Fleischer, longue brune au timbre voilé, interprète une mère de Tuk tout en nuances, qui accompagne sa vie de chansons, fredonnante, sautillante : elle fait front face à la dureté de son quotidien de mère-de-deux-enfants-qui-travaille-de-nuit avec une fantaisie qui parfois frôle l’inconséquence mais lui permet de garder sa légèreté, tout à la fois oubliant et admirant les efforts que fait sa fille pour « assurer ». Et la comédienne s’amuse aussi dans des rôles annexes traités dans un esprit plus « cartoon » qui désamorce la morosité des inquiétudes pécuniaires qu’ils représentent : une banquière radicale – des nombres plein les phrases, une acariâtre envoyée par le proprio pour recouvrer les loyers impayés… Joachim Latarjet, à la fois auteur, compositeur et metteur en scène, silhouette d’échalas en costume étriqué, également musicien sur scène, voix bashunguienne, incroyable siffleur de conjugaison, joue l’attentif professeur de français de Tuk, mais aussi un fantasmé musicien-papa qui lui offre un jouissif duo trombone-voix – des personnages d’hommes présents et prévenants, pour faire contrepoids aux pères absents ou mauvais.

Sur un délicieux décor de toiles peintes déroulées manuellement par les interprètes, qui font défiler murs de maison, d’école ou de rue, soutenues par une création sonore riche et subtile, de belles projections – nuages, gouttes de musique/d’eau, mots à la craie… – éclairent le propos et enveloppent le spectacle d’onirisme, de douceur et de délicatesse. D’obstacles en moments partagés, d’incompréhensions en complicités, mère et fille vont cheminer l’une vers l’autre, et l’adulte vers son épanouissement, et l’enfant vers son enfance.

En chansons, sur des airs slam, jazz, pop, rock, La Petite Tuk est un lumineux récit initiatique, qui met d’une manière remarquable les questions sociales à portée de regard d’enfants, avec fraîcheur et simplicité, sans fausse pudeur, et ouvre la fenêtre à un grand souffle d’air, à la possibilité d’une liberté à construire.
À voir en famille dès 8 ans.

Marie-Hélène Guérin

 

LA PETITE TUK
À La Grande Halle de la Villette les 13 et 14 décembre 2025
Un spectacle de la Compagnie Oh ! Oui…
Texte, musique et mise en scène Joachim Latarjet
d’après Le Petit Tuk de Hans Christian Andersen
Avec Alexandra Fleischer, Léa Sery, Joachim Latarjet
Collaboration artistique Yann Richard | son et régie générale Tom Menigault | lumière Léandre Garcia Lamolla vidéo Julien Téphany | costumes Nathalie Saulnier
Photographies © Olivier Ouadah

À voir en tournée ensuite :
Oullins – Théâtre de la Renaissance : du 20 au 23 janvier 2026
Noisy-le-Sec – Théâtre des Bergeries : du 12 au 14 mars 2026
Les Ulis – Espace culturel Boris Vian : 17 mars 2026
Pays Basque – Kultura : du 26 mai au 1 juin 2026

À noter : la Cie Oh ! Oui… présente aussi en décembre Bricolo, ciné-concert pour les tout-petits dès 3 ans au Théâtre Paris-Villette du 15 décembre 2025 au 4 janvier 2026.

Production Compagnie Oh ! Oui… / coproduction Le Grand Bleu – Lille, Scène conventionnée d’intérêt national – arts, enfance, jeunesse – KULTURA, communauté d’agglomération Pays basque, La Ville des Ulis, Culture Commune – Scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, La Villette – Paris, Théâtre des Bergeries – Noisy le Sec, Les Tréteaux de France – Centre dramatique national Depuis 2022, La Compagnie est en résidence d’implantation territoriale sur la commune des Ulis (91). Depuis septembre 24, elle est compagnie associée au Grand Bleu – Lille, Scène conventionnée d’intérêt national – arts, enfance, jeunesse pour trois saisons. Elle est artiste associée au Théâtre des Bergeries -Noisy-le-Sec pour la saison 2025/2026 La Compagnie Oh ! Oui est conventionnée par le ministère de la Culture – DRAC Ile de France.

Boule de neige : une fable d’aujourd’hui

Sur le vaste plateau, des hauts murs blancs et un joli chaperon rouge guettent, une ligne de lumière sépare un monde de l’autre. Une neige cristalline, une musique douce de violoncelle et de piano enveloppent le public d’une poésie très délicate.

Il était une fois un flocon qui poussé par le vent se colla à d’autres flocons, se fit petite boule puis chût sur une pente où il entraîna dans sa course tant et tant d’autres flocons qu’ils devinrent ensemble une énorme boule de neige qui ensevelit tout sur son passage. La faute à qui ? au flocon, au vent, à la pente, aux autres flocons ?

D’Odile Grasset-Grange, on avait aimé (beaucoup) Cartoon (ne faites pas ça chez vous) mais aussi le plus modeste (mais pas moins malin !) Chat sur la photo . La toute récemment nommée directrice du Théâtre Nouvelle Génération – CDN de Lyon avait eu envie d’une réflexion sur le rapport contemporain à la vérité, qui lui semble se faire floue, relative – on peut même la dire « alternative », être diffractée, distordue aux filtres des réseaux sociaux et des fake news. Elle a livré ses interrogations à son complice Baptiste Amann, qui, pour non pas forcément y répondre mais y réfléchir, en à tirer une pièce pleine de rebondissements, où mensonges et bruits de couloirs sont autant de miroirs déformants du réel.

C’est l’histoire d’un petit geste dans un réfectoire de collège qui fit boule de neige et ensevelit tout sur son passage, remuant enfants, parents, professeurs, et tout le personnel du collège, et les journalistes locaux, et même, et même, le ministre !

Qu’est-ce qui agite tous ces profs en salle des profs, pourquoi donc la police est venue, et qu’est-ce que c’est que cette histoire de ministre ? On démarre en pleine tourmente, le flocon est déjà devenu énorme boule de neige et a causé bien du remue-ménage.
On va remonter le temps, dénouer l’écheveau, pour aller à la rencontre du fragile flocon qui a fait la boule de neige, petit flocon qui devait être tout discret, petit mensonge qui voulait timidement cacher un grand secret et s’est retrouvé éléphant au milieu du magasin de porcelaine.

Salle des profs, 3 jours après l’incident, Salon des parents d’Elis, 2 jours après l’incident, Salle de cantine, jour de l’incident… Trois séquences, en trois lieux, trois groupes (profs, parents et enfants) et trois temps, donnent un prisme de l’affaire, trois angles, trois possibles d’interpréter ou décrypter le réel, en remontant progressivement à la source des faits.
Dans un décor très réussi, la mise en scène est d’une grande fluidité, tout en mouvements, les murs glissent et pivotent pour faire apparaître et disparaître les lieux, un accessoire, une perruque, une casquette font passer les interprètes d’un rôle à l’autre. Le texte s’empare d’enjeux importants, les violences intra-familiales ou sociales, la désinformation, en les incarnant dans un quotidien très préhensible. L’écriture est assez complexe, parfois elliptique, avec ses allers-venues entre action et représentation, et sa mécanique qui remonte le temps, mais veille à ne jamais perdre ses jeunes spectateurs, en les aiguillant habilement par des indices visuels ou textuels. Les interprètes portent une langue vive et actuelle, ils sont alertes, concrets, également sensibles et joueurs dans tous leurs personnages, enfants ou adultes, masculins ou féminins.

Boule de neige, par le détail, partant d’un micro-évènement, pose un regard aigu et tendre pour notre société contemporaine et ses outils de communication, scrute les relations entre enfants et entre générations, où incompréhensions et a priori pèsent sur les échanges mais où l’écoute ouvre la porte à la générosité et au dialogue.
Un spectacle très vivant, qui mise sur l’intelligence et l’attention de ses spectateurs jeunes et grands, en leur offrant, avec humour et finesse, un bel espace de théâtralité, mais aussi de réflexion. Le jeune public est manifestement très réceptif et enthousiaste ! Un spectacle à voir en famille avec des enfants dès 10 ans, qui y reconnaîtront leurs préoccupations et en apprécieront le suspense haletant, la fantaisie et la justesse.

Marie-Hélène Guérin

 

BOULE DE NEIGE
Un spectacle de la Compagnie de Louise
À partir de 10 ans (durée 1 heure)
Texte Baptiste Amann
Mise en scène Odile Grosset-Grange
Avec François Chary, Lucile Dirand, Théodora Marcadé

Assistant à la mise en scène : Carles Romero-Vidal | Régie Générale : Farid Laroussi | Scénographie : Cerise Guyon | Lumière : Erwan Tassel | Musique / sons : Vincent Hulot | Costumes : Séverine Thiebault
Photos © Christophe Raynaud de Lage

Un spectacle créé à la MC2 de Grenoble (38), puis accueilli du 27 nov. au 1er décembre au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines (78)
À voir en tournée : Théâtre d’Angoulême – Scène Nationale Angoulême (16) – 9 et 10 décembre | L’Archipel – Fouesnant (29) Festival Théâtre À Tout Âge – 15 et 16 décembre | La Maison du Théâtre – Brest (29) – 18 et 19 décembre | Comédie de Bethune – CDN Hauts-de-France (62) en décentralisation | Salle des Fêtes Jean-Marie Leclercq – Beuvry – 21 janvier | Salle des Tilleuls – Norrent-Fontes – 22 janvier | Le Cuivre Pôle Culturel – Labourse – 23 janvier | Salle communale – Neuve-Chapelle – 24 janvier | Isbergues – 26 janvier | Salle Pignon – Marles-les-Mines – 27 janvier | Salle J-C Lutrat – Annequin – 28 janvier | Le Palace – Lilliers – 29 janvier | Espace culturel AREA – Aire-sur-la-Lys – 30 janvier | La Coursive – SN de La Rochelle (17) – 12 et 13 mars | L’Agora – Billère (64) – 31 mars | Théâtre Ducourneau – Agen (47) 2 et 3 avril

Direction de production : Caroline Sazerat-Richard | Chargée de production : Mathilde Göhler | Chargée des actions de territoires : Emilienne Guiffan | Presse : Elektron Libre – Olivier Saksik

Production : La Compagnie de Louise
Partenaires (coproductions et/ou résidences) : Théâtre de Sartrouville – CDN des Yvelines ; La MC2 : Grenoble ; La Coursive – SN de La Rochelle ; Le Théâtre d’Angoulême – SN ; Les Tréteaux de France – CDN ; en cours…

La Compagnie de Louise est soutenue pour son projet par la ville de La Rochelle, le département de la Charente-Maritime, la région Nouvelle-Aquitaine et le Ministère de la Culture – DRAC Nouvelle- Aquitaine site de Poitiers.

Un « Roi Lear » aux atours baroques et punk au Théâtre du Soleil

De la compagnie Théâtre Amer, on avait beaucoup aimé le Peter Pan découvert l’an dernier au Théâtre Paris Villette.
On se retrouve cette fois dans ce lieu magique de la Cartoucherie pour leur nouvelle création.

Des effluves d’encens et de musique baroque accueillent les spectateurs. C’est sur une scène dépouillée que se déroulera la tragédie shakespearienne – un sol terreux, cerné de deux hautes marches courant le long du plateau, qui hiérarchisent verticalement l’espace. En fond de scène se révèlera un cadre de loupiotes, petit théâtre dans le théâtre, castelet de cabaret rougeoyant qui offrira une judicieuse accentuation des comédies de faux-semblants qui se jouent entre les protagonistes.
 

 
Un noir profond, un tambourin grave, une rythmique de halètements, un chant de gorge diphonique : l’ouverture a quelque chose de cérémoniel et crée tout de suite une attention particulière.

Le Roi Lear est une tragédie, on s’y marre peu et on y meurt beaucoup. La nouvelle traduction d’Emmanuel Suarez et l’adaptation de Mathieu Coblentz, finement actualisées, l’aèrent toutefois un peu, les allusions à la société contemporaine font réagir les spectateurs mais restent toujours dans le juste mouvement du texte. Quelques intrigues et personnages en moins (notamment les époux des sœurs Goneril et Regane disparaissent, elles portent seules leur statut et leur stature – on pourra peut-être regretter alors qu’elles soient si uniment mauvaises, plus archétypales qu’humaines) en simplifient l’appréhension, on ne se perdra point dans le labyrinthe des trahisons en cascade de ce Roi Lear.

Le roi Lear, c’est ce roi qui va répartir son héritage entre ses trois filles à l’aune de l’expression de leur dévotion filiale. Ce roi fou qui attend de sa fille préférée qu’elle maquille ses mots, ce roi bébé qui veut être cajoler plutôt qu’aimer. Ce roi qui spolie la benjamine et son cœur franc mais sans artifice au profit des deux aînées, grandes gagnantes au concours de la lèche-botterie et de l’hypocrisie.

En miroir des vilénies sororales, Edmond le fils bâtard du comte de Gloucester déchire lui aussi le tissu familial en intrigant contre son frère Edgar, le fils légitime.

On se détruit en famille dans Le Roi Lear, les frères et les sœurs s’entretuent et le cœur des pères lâchent devant le désastre. C’est un temps bien sombre et sans espoir.
 

 
Mathieu Coblentz a le sens du spectaculaire, et compose une fresque ambitieuse aux enjeux limpides et à l’humeur obscure.
Sous des lumières soignées, les atours sont baroques et punk, cheap et majestueux – bijoux fantaisie, fourrures, satin, kilts, cuirs rock et maquillages gothiques. Ceux du roi Lear aux allures de roi Soleil tomberont au fur et à mesure de son dénuement social et mental.
Les sept interprètes ont de l’allant, certains passent d’un personnage à l’autre avec beaucoup de souplesse, et il est assez jouissif de les voir déployer d’autres facettes de leur talent dans des rôles très différents les uns des autres, ainsi du fou, d’Edgar et Gloucester incarnés avec brio par les trois sœurs. L’énergie de la troupe laisse peu de place à l’émotion, qui naîtra pourtant – de la puissance des images, de la beauté d’un chant ancien de plusieurs siècles, de la profondeur d’une ombre, de la rage d’un riff de guitare, de la voix de roches éboulées de Jo Zeugma (qui orchestre aussi la superbe création musicale).

On aurait aimé plus de souffle, et sans doute aussi plus de nuances à ce Roi Lear, mais quelques scènes fortes, splendides et puissantes, resteront en mémoire, le geste théâtral est beau et les jeunes spectateurs sont à juste raison enchantés : Mathieu Coblentz ouvre là une magnifique porte d’entrée vers l’univers foisonnant de Shakespeare, avec ce Roi Lear désespéré et fastueux.

Marie-Hélène Guérin

 

LE ROI LEAR
Un spectacle de la Compagnie Théâtre Amer
À voir à partir de 13 ans
Au Théâtre du Soleil du 22 octobre au 15 novembre 2025
De William Shakespeare
Mise en scène et adaptation Mathieu Coblentz
Traduction Emmanuel Suarez
Jeu et musique Florent Chapellière, Maud Gentien, Julien Large, Laure Pagès, Camille Voitellier, Florian Westerhoff, Jo Zeugma
Scénographie Vincent Lefèvre | Création des costumes Patrick Cavalié | Régie sonore Simon Denis | Régie polyvalente Julien Crépin

J’ai trop peur : « être ou ne pas être » en 6e, telle est la question !

On avait vu l’an dernier Je suis trop vert dont on avait beaucoup aimé la belle énergie, fraîche, enjouée et communicative.
On découvre avec appétit la reprise de « J’ai trop peur », le premier volet de cette trilogie de David Lescot sur la prime adolescence, centrée autour du moment du passage en 6e.

« Je sais, enfin, j’ai entendu, enfin, il paraît, enfin, j’imagine, enfin, tout le monde sait que la 6e, c’est l’horreur ! »
« moi », J’ai trop peur

Dans Je suis trop vert, « moi », le petit héros de la trilogie, était déjà en 6e, et partait en classe verte. On flashbackque de quelques mois, et on retrouve « moi » au dernier jour de CM2, déconfit, non, miné de trouille à l’idée de ce qui l’attend en 6e ; trouille qu’il va emmener avec lui en grandes vacances… Sa mère lui propose de rencontrer Francis, le rejeton ado d’une de ses copines, histoire de dédramatiser (et accessoirement de penser à autre chose pour le reste des vacances). Francis : jean grunge (bref, déchiré), casquette vissée au crâne, regard disparu derrière le cheveu gras, et malencontreusement pas décidé à mettre des jolies couleurs dans le tableau des années collège. De la cantine (dégueu), de la cour (une jungle sans pitié), des couloirs (où l’on se paume), des profs (à mauvaise haleine), des « grands » (qui soit te rackettent, soit te snobent), ou des bagues dentaires, on ne sait ce qui est le plus flippant. La 6e, c’est the struggle for life puissance 10, le premier cercle de l’enfer, le début de la fin…
Avec cette description apocalyptique de l’entrée en 6e, David Lescot ne ménage pas ses jeunes spectateurs (et leurs parents) dans ce premier opus où son jeune héros va faire ses premiers pas tremblants hors du cocon de l’école élémentaire. Mais comme le titre l’indique, ce n’est pas le collège le sujet, mais bien la peur que l’idée qu’on en a fait naître.

C’est avec l’acuité et la malice qu’on lui connaît que David Lescot donne vie à ce « passage initiatique », et interroge le mécanisme de la peur face à l’inconnu : comment cette appréhension fait son nid dans la p’tite tête du jeune héros, comment elle va se distiller dans son été et distordre le déroulement du temps, qui s’en trouve étrangement ralenti et accéléré…

Conseil, si c’est possible : binger la série ! Pour multiplier par trois le plaisir, et aussi… se rassurer sur l’avenir de « moi » : la 6e, ça fait plus peur quand on n’y est pas que quand on y est ! On se régale de l’écriture très orale, très actuelle, du décor-accessoire d’où émergent bureau d’écolier ou petite sœur, des bruitages qui donnent du volume à l’espace, on savoure le jeu plein de fantaisie des trois comédiennes qui incarnent aussi bien le jeune futur collégien, le grand dadais de Francis, la mini-mimi petite sœur – 3 ans, futée mais pas au point question langage « même pour son âge », que le dernier jour de CM2, le feu d’artifice du 14 juillet (si poétique dans sa simplicité !), ou même Quiberon (vagues, vent et mouettes)…
Un spectacle sans fausse pudeur, jamais mièvre, malin et tendre, à voir dès 8-9 ans.

Marie-Hélène Guérin

 

J’AI TROP PEUR
À voir au Théâtre de la Ville / Abbesses
Texte et mise en scène David Lescot
Avec Sarah Brannens, Élise Marie, Camille Bernon, Lyn Thibault, Lia Khizioua-Ibanez
Scénographie François Gauthier-Lafaye | Lumières Juliette Besançon | Costumes Mariane Delayre | Assistante à la mise en scène Mona Taïbi | Accessoires Élisa Couvert

Production
Compagnie du Kaïros. Coproduction Théâtre de la Ville-Paris. La Compagnie du Kaïros est soutenue par le ministère de la Culture – DRAC Île-de-France.

Histoires invisibles : de magnifiques marionnettes nous emmènent dans un intrigant et poétique voyage au cœur de la mangrove

Au Grand Parquet, un spectacle intrigant et poétique nous fait voyager au cœur des Sundarbans – la plus grande mangrove du monde – et de ses créatures magiques.

On nous promet une conférence sur l’impact des « évènements invisibles mouvants » (traduire : les fantômes) sur les modalités de circulation automobile (traduire : les embouteillages) à Dhaka, bouillonnante capitale du Bangladesh. Les deux intervenants scientifiques (Laurie Cannac et Md Farhat Ahmed) sont parés des atours officiels de leur fonction, costumes noirs, blouses blanches, mines sérieuses. Sages spectateurs, nous écoutons l’exposé des deux doctes acolytes sur la faune magique bengali – avant qu’un tour de passe-passe nous entraîne au Bangladesh, à la suite du quantique Professeur Ahmed – qui plie l’espace-temps quand il est trop pressé de retrouver Dakha, embarquant avec lui son entourage immédiat.

Nous voilà plongés par un univers littéralement fantasmagorique. En compagnie des deux scientifiques égarés en pleine jungle, raptés et déboussolés par leur propre sujet, nous serons confrontés aux forces de la nature, orages, inondations, tigres – ou même esprits. Ces êtres magiques plongent leurs racines dans une très ancienne proximité avec la nature, pour raconter les peurs et désarrois contemporains face aux dangers liés aux changements climatiques. L’ancestral esprit de l’eau, « source des mers du Bangladesh et de la vie », prend corps, pour réclamer vengeance de la pollution dont on l’empoisonne, tandis que Bonbibi, la jeune fille esprit de la forêt, si l’on va vers elle en paix et sans avidité, « les mains vides et le coeur pur », protège aujourd’hui comme elle protégeait autrefois.
 

 
Laurie Cannac, comédienne, metteuse en scène et marionnettiste, nourrie de ses échanges avec Ilka Schönbein, a conçu ce spectacle avec une envie, une nécessité, d’amener sur le plateau le monde naturel, « silencieux et invisible », que l’on efface de nos outils perpétuellement allumés, de notre mépris et de notre ignorance. Swatee Bhadra, qui l’assiste à la création des marionnettes et à la mise en scène, fait aussi le cadeau de sa délicate voix pour un chant bangladais solaire et joyeux. Md Farhat Ahmed apporte sa langue chantante, sa présence de clown blanc et une danse entre contemporain et tradition très évocatrice. Pas de décor sur ce plateau nu où l’on va nous parler du vide et de l’invisible, mais de jolies lumières et une création sonore très réussie.

Le récit, touffu, métissé de légendes anciennes et de préoccupations actuelles, vagabonde au milieu d’animaux et d’êtres invisibles qui prennent vie par la magie des magnifiques « marionnettes de corps », animées par les interprètes. L’esprit de l’eau, immense, mouvant, vert chatoyant, s’étale, se redresse, geint et menace. Un bras-serpent ondule, un crocodile traîne son ventre paléolithique et sa gueule de souche d’arbre, des bras se font jambes pour à un enfant, deux humains emplissent un tigre majestueux. C’est merveilleux à tous les sens du terme, écologique, effrayant, enchanteur.

Des marionnettes spectaculaires, des comédien.nes malicieux, un univers complexe et dense, à découvrir avec des enfants à partir de 9-10 ans, qui, comme les adultes, s’amuseront des péripéties, seront impressionnés par le splendide travail corporel et visuel, et sans doute sauront entendre la leçon d’espoir et de vie que nous donne ce monde invisible si on veut bien l’écouter.

Marie-Hélène Guérin

 

HISTOIRES INVISIBLES
Au Grand Parquet les jeudi 2 et vendredi 3 octobre 2025
mise en scène, marionnettes Laurie Cannac / jeu Laurie Cannac, Farhad Ahmed / assistanat à la mise en scène, marionnettes Swatee Bhadra / assistanat à la chorégraphie Farhad Ahmed / création lumière Sébastien Choriol, Mukhlesur Rahman / création son Chirls Chowdury / fixing Tanim Sadman / musique originale Srichty Sancharee, Aronno Anupom / voix enregistrées Swatee Bhadra, Farhad Ahmed, Urmila Ashrafee
photos : le tigre © Laurie Cannac – autres photos © Shadab Shahrokh
production Compagnie Graine de Vie, Alliance Française de Dhaka / coproduction FMTM Charleville-Mézières, Alliance Française de Dhaka / soutiens DRAC Bourgogne-Franche-Comté, Institut Français, Ambassade de France au Bangladesh, Région Bourgogne-Franche-Comté, Ville de Besançon / résidences AF Dhaka, AF Chittagong, Théâtre Edwige Feuillère – Vesoul, Mi-Scène – Poligny, Le Strapontin – Pont-Scorff

Merlin, ou La Terre dévastée : une fantasmagorique et flamboyante épopée

Les toujours passionnants Plateaux sauvages portent particulièrement bien leur nom en ce moment, ensauvagés qu’ils sont par la fougueuse troupe d’élèves de l’Ecole supérieure de théâtre de l’Union, qui y offre avec générosité et aplomb un très ambitieux spectacle de sortie.
Merlin ou la terre dévastée, de Tankred Dorst, écrit dans les années 70’ avec la collaboration d’Ursula Ehler, compagne de vie et de création, est un texte monstrueux, pléthorique, métaphysique, épique, farcesque : Ambre Kahan et ces jeunes gens ci-devant élèves comédien.nes se jettent à corps perdus et éperdus dans une folle, majestueuse, baroque et barrée adaptation, pour en faire naître un spectacle des plus actuels.
Ce Merlin ou la terre dévastée nous entraîne comme un torrent tumultueux dans la légende arthurienne, celle qui se niche dans nos imaginaires d’enfance, en lui bouturant du passé et du futur, du politique et du charnel. Il y a de l’obscur, de la désespérance, dans ce théâtre qui nous mène en ces terres dévastées, ces terres où il n’y a plus de Graal à chercher. Mais il y a aussi un espoir punk – version hardcore de l’écobuage, terre brûlée-anéantie pour permettre de faire renaître de la vie, une pugnace vitalité, un humour fou.

Ambre Kahan a travaillé avec la troupe en leur donnant beaucoup de liberté, d’improvisation, d’autonomie : ils en ont fait un tout étonnamment cohérent dans sa multiplicité. Comme le récit lui-même, le spectacle est très protéiforme. Récit d’une tentative utopique de bâtir un monde nouveau, récit de guerres et d’amours, d’échecs, de prédation et d’amitiés, de quête et d’oubli, récit de conquêtes et d’errances, Merlin ou la terre dévastée n’est pas un spectacle-monde, mais un spectacle-corps, avec organes, chair, fonction cérébrale, parole, regard, muscles, nerfs, sang.

Télescopages de scènes, rock, transe électro, manifeste politique, gags visuels, grands élans romantiques, pudique et silencieuse scène d’amour, tonitruantes tueries, travestissements, chant baroque : le tragique alterne ou même se superpose à la gaudriole, le burlesque n’est pas loin du majestueux ; tout est bon et beau ici pour faire sens et faire théâtre.
Si les interprètes sont parfois encore un peu frais, iels insufflent une remarquable sincérité, une pertinence et une énergie plus que prometteuses à leurs personnages. Iels sont turbulents et sensibles, chantent, dansent, clament, s’enflamment de rage ou de passion. Tou.te.s savent faire chœur autant qu’affirmer leur personnalité. Une Monique Wittig tout de blanc vêtue se fait inlassable et cocasse commentatrice du mythe selon sa grille de lecture personnelle tandis qu’une grande ange d’une voix bluesy (magistrale Anna Budde, comédienne plus expérimentée) chante des hauts faits chevaleresque en anglais, Dieu répond au téléphone quand il n’est pas occupé ailleurs, pères et fils ne s’entendent guère (le Diable aux longs cils verts fluo ne comprend pas son trop moral rejeton Merlin, et Arthur aura bien du souci avec Mordret – interprété par le charismatique Baptiste Thomas), les femmes ont de beaux rôles, Guenièvre aux deux amours, Ellaine – qui a conçu Galaad (onirique apparition de Sidi Camara) avec Lancelot, Morgane – la nihiliste sœur d’Arthur, femmes puissantes remises au cœur de cette mâle épopée, tandis qu’Arthur est interprété avec beaucoup de justesse et de présence par une comédienne, Inès Musial.

Ambre Kahan, magnifiquement accompagnée par les belles créations lumière de Zélie Champeau, les costumes ultracontemporains et intemporels des Ateliers du Théâtre de l’Union et le riche univers sonore de Mathieu Plantevin, a su créer des images très fortes, des moments intenses qui font vibrer et restent en mémoire. Une épopée arthurienne pour notre siècle. Plus qu’un « spectacle de sortie » pour ces élèves « sortants », un vrai et formidable spectacle d’entrée dans la vie d’artistes.

Marie-Hélène Guérin

 

MERLIN OU LA TERRE DÉVASTÉE
Aux Plateaux sauvages du 22 au 26 septembre 2025
Spectacle de sortie des élèves de l’École Supérieure de Théâtre de l’Union, Séquence 11 (2022-2025)
Texte de Tankred Dorst avec la collaboration d’Ursula Ehler | Traduction René Zahnd et Hélène Mauleur
Mise en scène Ambre Kahan
Dramaturgie Louison Rieger | Création lumière Zélie Champeau | Création sonore Mathieu Plantevin
Décors et costumes Ateliers du CDN – Théâtre de l’Union
Remerciements aux Célestins – Théâtre de Lyon, au Théâtre national de Strasbourg et Almé Paris pour le prêt de costumes

Photos ©Thierry Laporte

À voir à partir de 15 ans

Avec les élèves de la Séquence 11 de l’École Supérieure de Théâtre de l’Union Ayat Ben Yacoub, Lilou Benegui, Sidi Mamadou Camara, Justine Canetti, Samy Cantou, Hector Chambionnat, Marcel Farge, Nils Farré, Anna Mazzia, Juliette Menoreau, Inès Musial, Barthélémy Pollien et Baptiste Thomas ainsi que les comédiennes Anna Budde et Cyrielle Rayet en remplacement de Chahna Grévoz et Lila Pelissier

Production École Supérieure de Théâtre de l’Union | Coproduction Théâtre de l’Union – Centre Dramatique National du Limousin et la Compagnie Get Out | Coréalisation Les Plateaux Sauvages | Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages | Le texte est paru chez L’Arche Éditeur en 2005.

Je suis trop vert : la classe !

Avec un gros parallélépipède plein de trappes et de caches, trois fantastiques comédiennes, une justesse d’observation ravageuse et une vivacité d’écriture de chaque instant, David Lescot, dont on avait beaucoup aimé la Revue rouge en 2017, concocte un régal de spectacle « jeunesse ».

Je suis trop vert fait suite à J’ai trop peur et J’ai trop d’amis, que le Théâtre de la Ville a la bonne idée de reprendre pour ceux qui veulent faire plus ample connaissance avec le jeune héros, « moi », 10 ans et des poussières. Dans J’ai trop peur, il affrontait le grand passage de l’école élémentaire au collège (et « la première année au collège, c’est tout simplement horrible ! Tout le monde le sait ! »), puis découvrait dans J’ai trop d’amis la complexité des relations sociales.
On est en novembre, « moi », le jeune héros de la trilogie, se sent bien dans sa classe. Grande nouvelle pour lui et ses camarades : la 6e D va partir en classe verte, après les vacances de Noël, au cœur de la Bretagne. Des semaines à ne penser plus qu’à ça !
 

Des cailloux se mettent dans le soulier du projet, qui démarre un peu boiteux : sur les vingt-neuf familles de la 6e D, trois ne souscrivent pas, et, déception-frustration-j’suis trop vert ! il ne faut pas plus de deux désaffections sinon, annulation ! Merci l’amitié et la solidarité, obstacles pécuniaires ou hypocondriaques sont balayés et les mômes se retrouvent enfin dans le car scolaire pour LA CLASSE VERTE !

Le jeu des chaises musicales pour les places dans le car, la sensation du réveil un peu vaseux après une nuit de route, la symphonie des bruits de la ferme – tracteur, broyeur à grain, chiens, coups de marteau, vaches, poules… – bruités en direct, pour le plus grand plaisir de l’auditoire -, les cours en pyjama, les matériaux réels manipulés par les comédiennes – feuilles mortes, terre, grains de maïs… : on s’y voit, on y est !
Dans le texte comme dans la mise en scène, le spectacle fourmille de ces mille détails « bien vus » qui titillent l’imagination des petits ou les souvenirs des grands.
 

La classe est accueillie par les deux ados de la ferme, Cameron et Valérie. L’occasion pour les élèves et les petits spectateurs citadins de découvrir à quoi ressemble une journée de travail à la ferme, aérer la terre, préparer l’engrais, nourrir les animaux, finir la journée bien crotté et bien crevé !, manger les légumes qu’on récolte, – voir d’un peu plus près le lien entre la nature et les humain.e.s qui l’utilisent et en dépendent.

Avec Valérie, 13 ans, qui prône d’un air bourru une agroécologie douce et respectueuse, « moi » met les mains dans la terre, et la tête dans un autre monde, fait d’autres rythmes, d’autres façons de vivre, d’autres légendes.
 

« Les parents t’ont appris plein de trucs, mais ça, ça va être toi qui va leur apprendre »
dit « moi », à sa petite sœur, militante écolo de 3 ans

David Lescot a eu l’idée très futée de faire porter le message de l’éco-responsabilité contemporaine à la petite sœur du narrateur. Mini-activiste radicale de 3 ans, restée à la maison avec papa-maman, elle jette ses jouets en plastique, éteint les lumières et, toute zozotante et zézayante, elle somme la famille de remplacer le chauffage par des paires de chaussettes et des pulls pour sauver les pitits pinguins et les zou’s blancs. Manière de faire un peu de pédagogie avec beaucoup d’humour !

La petite sœur ce jour-là était interprétée par Lyn Thibault, qui jouait aussi d’autres personnages. Sur scène avec elle Camille Bernon portait aussi plusieurs rôles, tandis que Sarah Brannens restait « moi ». Mais ça aurait pu être l’une ou l’autre ou leurs acolytes Elise Marie, Lia Khizioua-Ibanez et Marion Verstraeten : comme dans les volets précédents, elles échangent leurs rôles au gré des représentations. Il y a fort à parier que toutes les combinaisons soient également réjouissantes ! Elles ont toutes beaucoup de précision dans le dessin des différents protagonistes qu’elles interprètent, et une belle énergie, fraîche, enjouée et communicative.

« Nous on sent qu’on a changé, mais les autres ont pas bougé,
alors y a un décalage »
« moi »

À voir avec des enfants dès 7-8 ans : la mise en scène astucieuse, le décor à malice, les dialogues vifs et imagés, le jeu punchy des interprètes les embarqueront allègrement dans ce voyage initiatique. Un spectacle tonifiant, plein de vie et de gourmandise, qui aborde joyeusement et sans naïveté aussi bien l’esprit de groupe que les moments qui font grandir ou les questions liées à l’environnement, pour des gamins des villes et des champs d’aujourd’hui.
 

Marie-Hélène Guérin

 


 
JE SUIS TROP VERT
À La Manufacture (Avignon) du 5 au 22 juillet à 9h50
Texte et mise en scène David Lescot
Scénographie François Gauthier-Lafaye | Lumières Juliette Besançon | Costumes Mariane Delayre
Assistante à la mise en scène Mona Taïbi
Avec en alternance Lyn Thibault, Élise Marie, Sarah Brannens, Lia Khizioua-Ibanez, Marion Verstraeten, Camille Bernon
Photos © Christophe Raynaud de Lage

À VOIR EN TOURNÉE
 du 2 au 17 novembre au Théâtre de la Ville – Paris / les 9-10 et 16 novembre : L’Intégrale
 19 et 20 novembre au Théâtre+Cinéma – Scène nationale de Narbonne
 21 novembre à Narbonne / programmation du Crédit Agricole
 22 novembre à Lattes / programmation du Crédit Agricole
 26 novembre à Nîmes / programmation du Crédit Agricole
 28 novembre à Mende / programmation du Crédit Agricole
 du 9 au 18 décembre au TNG – Centre Dramatique de Lyon
 du 13 au 15 janvier au Théâtre de l’Olivier – Istres / Scènes et cinés
 du 30 janvier au 1er février au Théâtre des Sablons – Neuilly
 les 27 et 28 février à la MCL – Gauchy
 les 12 et 13 mars au Théâtre André Malraux – Reuil-Malmaison
 du 13 au 16 avril à Les Petits devant, les grands derrière – Poitiers
 les 28 et 29 avril au Théâtre du Champ du Roy – Guingamp

Production Compagnie du Kaïros. Coproduction Théâtre de la Ville-Paris.
La Compagnie du Kaïros est soutenue par le ministèrede la Culture – DRAC Île-de-France.
Le texte de la pièce est édité aux Solitaires Intempestifs, collection jeunesse,
avec les illustrations d’Anne Simon. Parution : octobre 2024

© Anne Simon

Un somptueux Peter Pan, par la compagnie Théâtre Amer

Peter Pan, Peter comme tous les petits garçons de sa génération, Pan comme le dieu Pan, paradoxal dieu de la fertilité qui donne son nom à l’enfant éternel, à celui qui ne féconde que des rêves et qui empêche de grandir ; Peter Pan, pas adulte, pas enfant non plus, figé entre les deux – figé, ce qui est l’inverse de l’état d’enfance. Peter Pan, né des jeux des enfants Llewelyn Davies sous l’œil attentif et attendri de James Matthew Barrie (il deviendra leur tuteur à la mort de leurs parents), support infini d’imaginaire, petit diablotin si familier qu’il a donné son nom à un trouble psychologique…

La compagnie Théâtre Amer en offre un tableau somptueux, d’une esthétique gothique sophistiquée, tout en soignant des dialogues dont l’humour et la vivacité ravissent petits et grands.

Ça gronde et ça fumerolle sur le plateau du Théâtre Paris-Villette, du rouge tranche sur le noir de la scène. C’est Sir James Matthew Barrie en personne, maquillage expressionniste et robe de chambre soyeuse, qui ouvre la porte du Never land.

Il y a de la magie, de l’enfance, et de la sauvagerie dans ce Peter Pan.

Car Peter Pan n’est pas une histoire gentillette : le dieu Pan est un sacré sacripant, Peter a l’égoïsme d’un chiot mal sevré, Clochette a le cœur à double tranchant. Le Capitaine Crochet est un être cultivé, poétique et plein de fureur. Les Enfants perdus sont sans pitié. L’amour d’une mère est infini, Wendy et ses frères savent que leur mère laissera toujours la fenêtre ouverte pour qu’ils puissent rentrer. Mais Peter Pan sait que non, lui était revenu, il n’avait pas voulu rentrer, c’était trop tôt. Et quand il est revenu à nouveau, la fenêtre était fermée, sa mère était penchée vers un autre berceau. Alors maintenant, c’est trop tard. « Rentrer ? Pour quoi faire ? devenir un adulte ? non merci ! »
Car oui, qu’est-ce que ne pas être Peter Pan, qu’est-ce que quitter le pays des Enfants perdus ? Quitter le rêve ? Apprendre que l’amour d’une mère se partage, ne pas pouvoir assouvir sa voracité absolue, perdre sa place de tyran bien-aimé ? Sortir de la roue éternelle de la répétition, retrouver le cours du temps qui s’écoule…
Peter Pan, c’est la matrice des jeux éternels, le foyer vivifiant de l’imagination, c’est « la jeunesse et la joie », mais c’est aussi l’avidité, la tyrannie, un dévoreur d’âme, celui qui évince sans hésiter de son royaume les enfants qui grandissent. Absolu de l’enfance et interdiction d’en sortir. Liberté et prison.

Mathieu Coblentz fait de Peter Pan un conte féroce et fiévreux, dont un humour gamin désamorce la cruauté, secouant par surprise enfants et adultes de grands éclats de rire. De la dualité de Peter Pan, il fait logique et matière de jeu, où obscurité et fantaisie se télescopent sans cesse.

La scénographie très stylisée joue des arts de la scène, des artifices assumés. On y trouve des élégances et des exacerbations de théâtre nô, du faste baroque, une utilisation de la mécanique du théâtre et un dépouillement très contemporains. La robe de velours carmin de Wendy semble un rideau de scène, des guindes tombées des cintres seront les barreaux de la cage où le capitaine enfermera les enfants sur son navire. Les cordages dessinent aussi bien des haubans de vaisseau qu’un chapiteau de cirque, dont le capitaine Crochet en frac, canne et chapeau serait un Maître Loyal gothique.
Les interprètes sont fantastiques. Mi-timburtoniens mi-clowns, ils jouent la comédie, chantent, dansent, se métamorphosent avec un sens du théâtral et du rythme impeccables.

Du théâtre d’ombre, quelques pas de danse, du sérieux et du potache, du clavecin et des guitares électriques, des madrigaux et du rock. Des fumigènes et une balançoire. Des pluies de bulles ou d’étoiles, des figurines volantes se découpant en ombres chinoises, une fée Clochette qui virevolte au-dessus du public dans un crépitement d’ailes, tout fait sens et poésie dans ce spectacle flamboyant, admirablement maîtrisé, baroque et punk, ténébreux, merveilleux et émerveillant.

Le Capitaine Crochet quittera son manteau de pirate pour redevenir Sir James Matthew Barrie et conclura, en un retour à la douceur tout en délicatesse, par un bel hommage à la fois au Capitaine Crochet, du Neverland l’adulte, le mal-aimé, et à l’enfant, celui qui invente et imagine, celui qui peut être la fée, le crocodile, Peter Pan et même le Capitaine Crochet.

À voir à partir de 8 ans (validé par mon accompagnant-référent, 8 ans)

Marie-Hélène Guérin

 

PETER PAN
au Théâtre Paris Villette jusqu’au 28 avril
Un spectacle de la compagnie Théâtre Amer
D’après l’œuvre de Sir James Matthew Barrie
Traduction d’Yvette Métral, Flammarion, 1981
Mise en scène, adaptation et scénographie Mathieu Coblentz
Avec Judith Périllat, Florian Westerhoff et Jo Zeugma (création avec Philippe Gouin)
Collaboration artistique, lumière et scénographie Vincent Lefèvre | Dramaturgie Marion Canelas | Création sonore Simon Denis et Nicolas Roy | Régie son Clément Combacal | Création musicale Jo Zeugma | Costumes Sophie Bouilleaux-Rynne | Décor et accessoires Jérôme Nicol | Construction Philippe Gauliard
Remerciements Philippe Gouin pour les masques, le regard chorégraphique et la participation à la création musicale (Brief Candle)
Photos © Bouky

Durée : 1h
Tout public à partir de 8 ans

Production : Théâtre Amer
Coproduction : Théâtre National Populaire, Villeurbanne ; L’Archipel, Pôle d’action culturelle de la ville de Fouesnant/Scène de territoire pour le Théâtre de Fouesnant-les Glénan ; Centre culturel Athéna, Auray ; Maison du Théâtre, Brest ; Centre culturel de Fougères agglomération ; Théâtre du Champ au Roy, Guingamp ; Théâtre du Pays de Morlaix-Scène de territoire pour le théâtre ; Les Bords de Scènes-Grand-Orly Seine Bièvre ; Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper ; Très tôt Théâtre, scène conventionnée jeunes publics, Quimper ; Le Canal, scène conventionnée d’intérêt national art et création pour le théâtre, Redon ; La Paillette-Rennes.
Aides et soutiens : DRAC Bretagne, Région Bretagne, Conseil départemental du Finistère et Théâtre Paris-Villette.

Le texte intégral de Peter and Wendy, traduit de l’anglais par Yvette Métral, est disponible en Librio.iant