Flon Flon, ou La Véritable Histoire de l’humanité

« Les Epis Noirs ont l’expressivité des acteurs du muet, le muet en moins. Et de les entendre s’époumoner, déclamer, chanter, roucouler, ça réveille et ça réchauffe, ça revigore et ça réconforte. Un spectacle absurde et béat, sordide et idyllique, drôle et torturé. » Mona Chollet, Charlie Hebdo.

Perché sur une malle de voyage, Pierre Lericq commence par le commencement.
Au début, il n’y avait que Dieu, et du vent qui soufflait au milieu de rien. Dieu, qui trouve que son existence tout seul au milieu du vent qui souffle au milieu de rien est un peu monotone, crée Boucieu-le-Roi, Ardèche. Ça semble une bonne idée mais comme rien ne s’y passe, ça ne désennuie pas tellement plus. Dieu va se lancer dans l’expérience de sa vie (et de la vie en règle générale, à bien y penser) : il crée l’homme (à son image) et la femme (dont il est assez content).
Evidemment, « ils se sont vus, ils se sont plus, ils se sont vaincus et c’est là que les ennuis ont commencé vraiment. » Alexandre et Manon, son Ève-anescente, son Ève-anouie, sont heureux, et Dieu continue de s’enquiquiner, il vire jaloux, ni une ni deux, il crée le Mal, ce sera Pierre, le frère d’Alexandre.

Flon Flon

« Pierre, proxénète à Paris, vient visiter son frère Alexandre
dans son village d’Ardèche. Il séduit sa femme, Manon, enceinte.
Il l’enlève. Il la met sur le trottoir, il la tabasse. Elle l’aime.
Elle aime aussi son mari, qu’on enferme à l’hôpital psychiatrique.
On rit énormément.
 » résume avec pertinence Bertrand Dicale, journaliste qui connaît la chanson.

On a donc : Dieu, Boucieu-le-Roi en Ardèche, Paris, Alexandre, Manon et Pierre : la vie avec toutes ses complexités va pouvoir se déployer, s’embrouiller, s’inventer, ils vont s’aimer, se tromper, se quitter, se maltraiter, s’aimer encore l’un l’autre, ou l’un l’autre autre, ou l’autre l’autre, à deux, à trois.
A « jardin », trois musiciens épatants, entre folk des Balkans, bal musette et mélodies lancinantes : Marwen Kammarti au violon, Svante Jaccobson à la contrebasse, Fabien Magni à la guitare et l’accordéon. Pour tout décor : deux malles de voyage qui deviendront estrades ou percussions ; un lustre baroque ; deux guirlandes d’ampoules nues ; des éclairages précis, sobres, élégants, beaux noirs profonds ou lumières rasantes et chaudes de fin d’après-midi.

Les cascades de jeux de mots font surgir une enfantine poésie qui d’un regard, d’un rythme, va se muer en folie douce, en folie furieuse, en gravité poignante ; Les Epis Noirs savent laisser naître un bref jaillissement de trivialité ou d’ironie au détour d’un moment tendre, et du mot suivant l’effacer.
Chansons émouvantes ou cocasses (ou les deux) se mêlent étroitement au récit. Lionel Sautet (accordéon, malle et voix), vif-argent, fin et tendre, Manon Andersen (mise en scène, pipeau, malle et voix), intense et généreuse, Pierre Lericq (textes, musiques, mise en scène, guitare et voix), farfelu autant qu’enflammé, chantent, jouent, dansent, musiquent eux aussi.
Avec une humanité débordante et fougueuse, tous trois, avec la complicité joyeuse de l’orchestre de poche, nous embarquent dans leur cabaret fantasque un peu barje, cette « folle histoire de la création du monde », qui est avant tout la folle histoire de la naissance de l’amour et de l’invention de tous ses possibles.
On en ressort ragaillardi, avec une furieuse envie d’aimer.

Flon Flon, ou La Véritable Histoire de l’humanité
A voir actuellement à Avignon au Pandora du 7 au 30 juillet 2017 à 13h20
Un spectacle de Pierre Lericq

Mise en scène
 Manon Andersen
Avec Pierre Lericq, Manon Andersen, Lionel Sautet
et les musiciens Marwen Kammarti, Svante Jaccobson, Fabien Magni

 

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