Interview de Daniel San Pedro et Guillaume Ravoire

Ces deux-là se connaissent bien. A force de travailler ensemble, ils sont devenus amis. À moins qu’ils ne travaillent ensemble depuis qu’ils sont amis… Cette relation privilégiée est palpable sur un plateau de théâtre. Ces jours-ci, il est possible de la percevoir en assistant au Lucernaire à une représentation de leur spectacle intitulé Le Voyage en Uruguay.
Daniel San Pedro y met en scène Guillaume Ravoire, à partir d’une nouvelle de Clément Hervieu-Léger.

“Pour jouer un jeune fermier de 22 ans, et dégager de la sympathie de façon naturelle, j’ai immédiatement pensé à Guillaume (…) Quand on est amis, on se connait et l’envie de travailler avec quelqu’un est évidente” – Daniel San Pedro

L’objectif était de créer un spectacle “petite forme” qui pourrait tourner dans les villages et les campagnes – “dans les endroits où il n’y a pas de théâtre”. Ils ont beaucoup joué. Paris arrive après une cinquantaine de dates dans des lieux extrêmement variés. “Rien n’a été fait de façon conventionnelle dans ce spectacle, c’est cela qui est très drôle : on l’a vraiment créé pour aller dans les campagnes, mais la première a eu lieu au Festival de l’Université de Princeton, juste à côté de New-York !”

L’actualité de Guillaume et Daniel, c’est aussi la tournée de Monsieur de Pourceaugnac, la comédie-ballet mise en scène par Clément Hervieu-Léger dans laquelle ils interprètent respectivement Eraste et Sbrigani. Et puis, en septembre 2017, il y aura la nouvelle création de la Compagnie des Petits Champs co-dirigée par Daniel San Pedro et Clément Hervieu-Léger : Le Pays lointain, de Jean-Luc Lagarce. La pièce sera mise en scène par Clément Hervieu-Léger ; Daniel et Guillaume feront évidemment partie de la distribution… “on ne change pas une équipe qui gagne” !

 

Interview du 3 septembre 2016
Au sujet du spectacle de Clément Hervieu-Léger Le Voyage en Uruguay dans lequel Daniel San Pedro met en scène Guillaume Ravoire

 

 

Interview de Chloé Lambert et Julien Boisselier

Interview de Chloé Lambert, auteure et comédienne et de Julien Boisselier, metteur en scène et comédien – 8 juin 2016

Leur spectacle La Médiation est à l’affiche du Théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 17 juillet 2016

 

“C’est ma première pièce, surtout la première qui se joue vraiment et c’est fondamental parce que vous pouvez écrire tant que vous voulez, si ce n’est pas joué, cela n’existe pas.” – Chloé Lambert

Lorsque Chloé Lambert a fait lire le texte de sa pièce La Médiation à Julien Boisselier, elle ne pensait pas qu’il lui proposerait de la mettre en scène. Et lorsque Julien a fait cette offre à Chloé, il n’était pas certain que la jeune auteure accepterait. Tout est donc parti d’une sorte de coup de tête. Premier d’une série de coups de tête qui ont jalonné leur aventure commune.

Au-delà de son expérience d’auteure, Chloé Lambert a la chance d’incarner l’un des rôles de sa “pièce quatuor” : celui d’Anna, cette mère exclusive, souvent hystérique et dont les excès nous font hurler de rire. Jouer son propre texte représente une expérience certes étrange et déroutante, mais sans doute inoubliable. Elle appréhendait d’ailleurs ce moment où elle allait incarner ses mots à elle, ce texte sorti de son imaginaire. Il aura fallu l’entière confiance et la détermination de Julien Boisselier pour la rassurer et la convaincre.

De son côté, Julien déclare avoir eu la chance, le luxe, de mettre en scène des auteurs toujours vivants, et même présents à ses côtés. Faire travailler “Chloé actrice” pour l’amener à se détacher de “Chloé auteure”. Trouver cette zone où l’auteure n’est plus auteure mais juste actrice, cette zone où d’un coup tout se rassemble : un challenge qu’il a relevé avec brio.

“Si je continue à mettre en scène, et j’en ai très envie, j’aimerais pouvoir continuer à travailler en collaboration étroite avec les auteurs”, assure-t-il.

Sa plus grande récompense : que la presse ait parlé majoritairement de la pièce, preuve qu’il avait su mettre en avant le texte de l’auteure sans la trahir.

“Nous sommes un peu le papa et la maman de la pièce”, plaisante Chloé Lambert.

De papa et de maman, de la place de l’enfant : c’est avant tout de cela que parle La Médiation. Chloé Lambert évoque un cadre où l’on régresse, un cadre qui ramène le spectateur à l’enfant qu’il est toujours, l’enfant qu’il a été. “Et s’il y a au moins une place où l’on peut se retrouver, c’est la place de l’enfant”. Souhaitons donc longue vie à ce premier enfant, et guettons les prochains qui ne manqueront pas de nous charmer tout autant…

 

Interview de Thomas Le Douarec

Interview de Thomas Le Douarec, metteur en scène et comédien – 25 mai 2016
Actuellement à l’affiche de la Comédie des Champs-Elysées avec son adaptation du Portrait de Dorian Gray
Reprise du spectacle à Avignon du 7 au 30 juillet 2016 au Théâtre La Condition des Soies, tous les jours à 18h30

 

“C’est la quatrième adaptation que je fais du roman d’Oscar Wilde (…) Je pense que toute œuvre d’art est le fruit d’une obsession…” – Thomas Le Douarec

Thomas Le Douarec a toujours eu l’intime conviction que Le Portrait de Dorian Gray est la meilleure pièce de théâtre qu’Oscar Wilde ait écrite. “Je suis persuadé qu’il aurait aimé en faire une pièce de théâtre, et qu’il n’aurait pas pu le faire à l’époque” déclare-t-il.

Adolescent déjà, le roman l’interpelle, les dialogues brillants et si plein d’esprit le fascinent. Ce qui le touche le plus dans ce récit ? La quête de la beauté, omniprésente dans la vie et l’œuvre de ce formidable dandy qu’était Oscar Wilde.
En 1996, il propose une première adaptation assez classique au Festival d’Avignon. Très vite derrière, il monte au Théâtre Rive Gauche une version très contemporaine qui sera une belle réussite. En 2011, il en fait une comédie musicale. Succès à Avignon, mais semi-échec lors de la reprise parisienne au Vingtième Théâtre. Déçu, vexé, têtu, rageur, orgueilleux, déterminé, frustré, Thomas Le Douarec remet l’ouvrage sur le métier.
Bien lui en a pris ! La version actuelle qui a été créée au Lucernaire en janvier 2016 et que l’on peut (re)-découvrir ces jours-ci à la Comédie des Champs-Elysées conquiert public et critique.

“Je ne m’attendais vraiment pas à un tel succès, je l’ai fait pour prendre une revanche personnelle par rapport à la comédie musicale”.

Thomas Le Douarec interprète dans sa pièce le rôle de Lord Henry – l’observateur, le marionnettiste, celui qui tire les ficelles. Une manière de conserver la place du metteur en scène qui lui est plutôt agréable et naturelle. Dans un grand éclat de rire, il déclare qu’il va s’arrêter là, même s’il rêverait de faire une adaptation cinématographique de son “œuvre fétiche”.

Il n’est cependant pas à cours de projets, puisqu’il est déjà en train de répéter son prochain spectacle sur l’hypnose. Une pièce – Duel sous hypnose – qu’il a co-écrite avec les deux protagonistes Kevin Finel et Théo Duverger et qui sera créée cet été à Avignon au Cabaret Le Rouge-Gorge.

“Une expérience unique à vivre, interactive, dans laquelle le spectateur devient acteur”.

Souhaitons à Thomas le même succès que celui qu’il a connu avec Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Et surtout, surtout, prenons exemple sur lui : gardons toujours à l’esprit que “le succès, c’est l’échec de l’échec”...

EmilieIncertiFormentini

Interview d’Emilie Incerti Formentini et Guillaume Vincent

Interview d’Emilie Incerti Formentini, comédienne et de Guillaume Vincent, auteur metteur en scène et comédien – 29 avril 2016

Leur spectacle Rendez-vous gare de l’Est est à l’affiche du Théâtre du Rond-Point jusqu’au 26 juin 2016 puis en tournée (dates ici)

“Nous n’aurions pas pu faire ce spectacle il y a dix ans… Ce spectacle est possible parce que je connais Emilie et parce qu’elle me connait.” – Guillaume Vincent

Huit ans déjà que le projet “Rendez-vous gare de l’Est” a débuté. Point de départ : une série d’interviews réalisées par Guillaume Vincent auprès d’une malade atteinte de schizophrénie. D’une matière de près de 200 pages, il a eu envie de créer un spectacle.
Et plutôt que de parler de la maladie, il a décidé de tracer le portrait de cette femme. De raconter son histoire. De nous installer dans son quotidien. De raconter les à-côtés, les petits riens de son existence.

D’une collaboration artistique très étroite entre l’auteur et la comédienne Emilie Incerti Formentini est né un texte fort, percutant, saisissant, inoubliable. Le fruit inconscient de leur propre rencontre et de nombreuses années de travail en commun.

“Rendez-vous gare de l’Est, je n’aurais pas pu le faire avec quelqu’un d’autre que Guillaume. C’est quelque chose de très fort entre Guillaume et moi” déclare Emilie.

170 dates de tournée à ce jour pour un spectacle débuté “en catimini” avec une lecture aux Bouffes du Nord – histoire de “valider cette envie de projet”. Après la création à la Comédie de Reims, le Festival d’Avignon fut sans doute le déclencheur d’un formidable bouche à oreille qui les fit voyager du TNS à la Criée, de Montréal au Théâtre du Nord de Lille, en passant par des lieux plus intimistes comme la Maison d’arrêt de Fresnes ou la cafétéria de l’hôpital psychiatrique de Sainte-Geneviève des Bois.

Lors de la présentation de saison 2016-2017 du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes prévenait que la saison actuelle n’était pas terminée et que la rencontre avec Emilie Incerti Formentini était “un moment exceptionnel à ne pas rater”. Car cette comédienne incroyable de sensibilité nous trouble, nous émeut, nous fait peur, rire, douter, espérer. Elle nous embarque en se livrant totalement et superbement. Qui ne l’a pas vue sur scène ne sait pas encore tout à fait ce qu’est une grande comédienne…

On la retrouvera bientôt dans Songes et Métamorphoses, un spectacle qui sera créé à la Comédie de Reims avant de s’installer à l’Odéon Théâtre de l’Europe. Spectacle qui n’est autre que la dernière création d’un certain… Guillaume Vincent !

Joséphine Serre portrait

Amer M : le “coup du destin” de Joséphine Serre

Interview de Joséphine Serre, auteure, metteure en scène et comédienne – 22 avril 2016
Au sujet de son spectacle Amer M créé à La Loge le 11 avril 2016

“Une suite de formidables hasards, depuis le jour où j’ai retrouvé dans ma boite aux lettres le portefeuille d’un certain Amer M, Algérien Kabyle arrivé en France en 1954…”

Ce projet lui aura pris trois ans, entre le moment où elle trouve les papiers d’un certain Amer M et la création à La Loge de ce spectacle “coup de cœur”. Comme c’est écrit, comme c’est raconté dans la pièce : le point de départ, c’est ce portefeuille que Joséphine Serre découvre dans sa boite aux lettres. A partir de là, elle prend des notes, écrit un journal, observe les vieux chibanis de son quartier.

En mai 2014, elle décide de faire un voyage en Algérie. Pour s’inscrire dans les espaces et se mettre dans la temporalité de cet homme dont elle a décidé de raconter l’histoire. Là-bas, elle rencontre des gens qui pourraient ressembler à ce fameux Amer M. Des gens aux parcours de vie chaotiques. Suspendus entre deux rives, entre deux terres, entre deux familles. “C’était très chaleureux, ça me faisait plaisir de pouvoir parler avec des Algériens”.

Peu à peu, la nécessité de parler de cette histoire entre la France et l’Algérie domine. Raconter la colonisation, la guerre d’indépendance, l’évolution des mentalités, l’impact sur notre actualité. “Cette histoire de membre amputé, comme dit Benjamin Stora, qu’on se trimballe tout simplement en tant que Français”. Cette histoire qui s’enracine très loin dans notre passé collectif. A travers le biais du sensible et de l’intime, Joséphine Serre nous fait prendre la mesure de ce qu’on ne connait pas forcément. Ou alors pas aussi bien qu’on pourrait, pas aussi bien qu’on voudrait…

“Ce spectacle est important pour moi car c’est un regard intime, humain sur les questions universelles et atemporelles liées aux frontières, ces questions qui sont traversées par l’actualité. C’est un phénomène inéluctable. Les frontières sont imaginaires, elles sont dans nos têtes. Les gens bougent, le monde est bouleversé.”

En germe dans ses précédents textes, la question des réfugiés, des immigrés, des frontières traverse de bout en bout Amer M. Une question qui se pose de plus en plus fortement au XXIème siècle. Une question sur laquelle on n’a pas fini de buter, réfléchir, méditer, chercher, approfondir, débattre, argumenter, batailler, analyser… À tous les niveaux, tout le temps, partout… Jusque sur les scènes de théâtre.

Lors de son périple initiatique, Joséphine Serre avait rencontré des Algérois et les avait invités à venir voir son spectacle. Ils ont fait le voyage en sens inverse, direction La Loge – ce lieu parisien qui favorise la jeune création et permet de découvrir de véritables pépites comme celle-ci. La Loge qui n’était pas, dans l’esprit de Joséphine et de sa compagnie l’Instant Propice, une fin en soi mais un point de départ. Le point de départ d’une tournée qu’on espère la plus longue possible. Une tournée qui passera sans doute… par l’Algérie !

À suivre donc, et de très très près…

 

Salome_Villiers_portrait

Interview de Salomé Villiers

Interview de Salomé Villiers, metteur en scène et comédienne – 9 avril 2016
Au sujet de son spectacle Le Jeu de l’amour et du hasard à l’affiche du Lucernaire jusqu’au 4 juin 2016, puis au Festival d’Avignon

 

“Je suis curieuse et avide de propositions. J’aime surprendre. Je suis très friande des coups de tête, en tant que metteur en scène et en tant que comédienne”.

Actuellement à l’affiche du Lucernaire dans une version acidulée du Jeu de l’amour et du hasard qu’elle met en scène, Salomé Villiers y interprète une brillante et pétillante Silvia.

Elle a commencé à travailler sur ce projet il y a trois ans, dans une distribution et un format différent. “A la base, c’est une histoire de potes” ! Des anciens du Conservatoire qui créent leur compagnie (La Boite aux Lettres). Très vite, Salomé propose de monter cette pièce de Marivaux que, paradoxalement, elle n’aimait pas lorsqu’elle l’étudiait.

Les choses ont bien changé… Quand on la lance sur le sujet, elle ne s’arrête plus ! Elle en parle avec enthousiasme et l’on sent à quel point elle a travaillé et réfléchi sur ce texte. Elle a grandi avec cette équipe et avec cette pièce, sous le regard de Philippe Perrussel, leur professeur de Conservatoire qui joue… son père Orgon ! Résultat : une mise en scène efficace, rythmée, légère, fraîche, sensuelle, rock, exquise, qui rend le spectateur complice de l’intrigue, notamment grâce aux vidéos qui ponctuent les actes.

De l’énergie à revendre, un rire franc et communicatif, un regard ultra enthousiaste sur le monde, de vraies bonnes idées, des rencontres qui ont fait de cette années 2016 une année “bénie des dieux”, Salomé  Villiers entre sur la pointe des pieds dans la cour des grands. On a ainsi pu la voir dans “La légèreté française“, le spectacle de Françoise Petit-Balmer dans lequel elle interprétait Elisabeth Vigée-Lebrun, la portraitiste de Marie-Antoinette.

2016 sera également l’année de son premier Avignon : son Jeu de l’amour et du hasard sera à l’affiche du Théâtre du Roi-René tous les jours à 17h45 et elle enchaînera à 21h30 dans la même salle avec le Bourgeois-Gentilhomme de Matthias Fortune Droulers.

En janvier 2017, on pourra l’applaudir dans la mise en scène d’issime Chayle de L’Aigle à deux têtes au Théâtre du Ranelagh.

Et comme elle n’est pas en manque d’idées, elle travaille actuellement sur un nouveau projet, dont elle préfère ne pas trop parler, mais qui fera très certainement parler d’elle !

Pierre_Notte_portrait

Interview de Pierre Notte

Interview de Pierre Notte, auteur, compositeur, metteur en scène et comédien – 15 avril 2016
Au sujet de son spectacle Sur les cendres en avant à l’affiche du Théâtre du Rond-Point jusqu’au 14 mai 2016, puis en tournée

 

“Je crois que j’ai commencé à écrire précisément le jour où j’ai compris que j’avais des difficultés terribles à lire…”

Actuellement à l’affiche du Théâtre du Rond-Point avec sa dernière création, Sur les cendres en avant, un spectacle qu’il a écrit, mis en scène et pour lequel il a composé musiques et chansons, Pierre Notte est un “artiste complet”.

Première casquette – celle qui “coiffe” elle-même toutes les autres : Pierre Notte est auteur. Auteur par nécessité, “auteur parce qu’il ne pourrait pas vivre autrement” , auteur parce que “tout est de l’ordre de l’écriture, toujours” . Un auteur qui écrit partout, tout le temps, n’importe où… Mais pas n’importe quoi !

Ses autres casquettes découlent nécessairement et naturellement de l’écriture. La mise en scène, la composition musicale, l’organisation de l’espace sur un plateau, le travail scénique avec les comédiens et les équipes techniques ne sont que des outils. Des outils qu’il manie non sans un certain talent. Des outils aiguisés et affûtés par d’autres qualités, telles que justesse, précision, bienveillance, humilité, poésie, hauteur de vue et… amour des artistes.

Si ses textes tournent autour de certaines thématiques qui l’obnubilent (l’isolement, la place de l’individu au sein de la collectivité, le vivre-ensemble, la question de la monstruosité) Pierre Notte se renouvelle sans cesse dans la forme : de duos en pièces chorales, de contes en pièces chantées, il évoque un roman en préparation…

Ce qu’il préfère faire dans la vie : mettre en scène un texte qui n’est pas un des siens (comme récemment La Noce de Jean-Luc Lagarde). “Je monte mes textes parce que je veux qu’ils existent”. Et cependant de nombreux metteurs en scène, français ou étrangers se sont emparés de ses œuvres. Permettant ainsi des rencontres assez exceptionnelles. Brice Hillairet (qui va monter Ma folle otarie à Avignon cet été), Anne-Laure Liégeois, Jean-Claude Cotillard, Noémie Rozenblat, Valéry Warnotte… ils sont de plus en plus nombreux à être touchés par son univers. Et nous avec.

Daniel_Jeanneteau_portrait

Interview de Daniel Jeanneteau

Interview de Daniel Jeanneteau, metteur en scène et scénographe – 8 avril 2016
Au sujet de son spectacle La Ménagerie de verre à l’affiche du Théâtre de la Colline jusqu’au 28 avril 2016, puis en tournée

“On pourrait dire que ma vie a commencé par une rencontre sur un quai de l’Ill à Strasbourg…”

Actuellement à l’affiche du Théâtre de la Colline avec sa dernière création, La Ménagerie de verre, Daniel Jeanneteau n’en est certes pas à son coup d’essai. Il se souvient avoir eu un déclic en croisant sur un quai de Strasbourg Axel Bogousslavsky qu’il avait admiré dans le film “Les Enfants” de Marguerite Duras. Ayant osé l’aborder, il devint son ami, lequel ami lui présenta Claude Régy – sa vie en tant que scénographe venait de débuter, et pas avec n’importe qui…

Metteur en scène de ses propres spectacles depuis 2001, il n’en poursuit pas moins ses collaborations à la scénographie. La rencontre avec les univers des autres (Pascal Rambert, Jean-François Sivadier, Alain Ollivier, Jean-Baptiste Sastre…) continue de le nourrir. Son matériau c’est le rêve, et s’il dit modestement que “tout le monde est capable d’avoir des visions”, il est sans conteste plus doué que la moyenne…

Autre casquette depuis 2008 : il dirige le Studio-Théâtre de Vitry, un lieu assez unique, favorable au travail et à la concentration. Son objectif est d’y accueillir, encourager et soutenir des compagnies plus ou moins jeunes. “Il ne s’agit pas réellement d’un théâtre mais d’un lieu de création, point de départ d’aventures qui se propagent ailleurs”. Une sorte d’interface, de chaînon manquant entre les artistes et le réseau national. Il pourrait s’enorgueillir de piloter ce type de lieux aujourd’hui particulièrement pertinents dans le paysage culturel français.

Mais s’enorgueillir de quoique ce soit ne semble pas faire partie de l’ADN de Daniel Jeanneteau…

 

Igor Mendjisky_portrait

Interview d’Igor Mendjisky

Interview d’Igor Mendjisky, Auteur interprète et metteur en scène – 19 février 2016
A l’affiche du Théâtre des Bouffes du Nord  avec la nouvelle création de sa compagnie Les Sans Cou

 

Si les Sans Cou se définissent comme une bande – en hommage au poème “les Quatre sans cou” de Robert Desnos – il leur faut bien un meneur : il s’appelle Igor Mendjisky et il a un talent fou.

Mi-février 2016. Il y a trois mois à peine, nous avions découvert la reprise de son spectacle Idem au Théâtre de la Tempête. Un spectacle dont la première tombait le 12 novembre 2015… Un spectacle sur la quête d’identité, dont l’intrigue s’organisait autour de la sanglante prise d’otage du théâtre de la Doubrovka. Les attentats de novembre firent basculer public et comédiens dans une sorte de mise en abyme absolument terrifiante. À peine “remise” de ce dernier spectacle, la Compagnie Les Sans Cou investit la mythique scène des Bouffes du Nord avec sa toute nouvelle création, Notre Crâne comme accessoire. Igor Mendjisky construit sa mise en scène au plateau. Avec les fidèles de sa troupe, auxquels se sont ajoutés pour l’occasion quelques autres comédiens et musiciens. Travailleur acharné, précis, opiniâtre, tenace, passionné de textes, admirateur et proche de Wajdi Mouawad, ce qui caractérise par-dessus tout Igor Mendjisky c’est sans doute son envie de nous raconter des histoires…

Christian Benedetti_Portrait

Interview de Christian Benedetti

Interview de Christian Benedetti, metteur en scène et comédien, directeur du Théâtre-Studio d’Alfortville
Au sujet de son dernier spectacle, La Cerisaie à découvrir jusqu’au 14 février 2016 au Théâtre du Soleil – Cartoucherie de Vincennes (Lire l’article en ligne)

“La Cerisaie est une pièce de troupe sur la temporalité, pièce chorale à la choralité dynamité, joyeux bordel qu’il faut arriver à décrypter, collisions saisies au hasard. Une pièce qui met en scène des espaces d’incompréhension”

On ne présente plus Christian Benedetti. Sa biographie est impressionnante. Metteur en scène et comédien de renom, enseignant dans plusieurs écoles de théâtre françaises et européennes, créateur et directeur depuis près de vingt ans du Théâtre-Studio d’Alfortville. Certaines rencontres ont coloré son parcours : Antoine Vitez, Anatoli Vassiliev, Marcel Bluwal, Aurélien Recoing, Sylvain Creuzevault, Edward Bond, Sarah Kane. A cette liste d’amis artistes, on serait tenté d’ajouter… Anton Tchekhov. Tellement il semble proche de lui. A force de côtoyer le génie, il s’est lancé dans un pari aussi fou que jubilatoire de monter l’intégralité de son œuvre.

Après avoir mis en scène la Mouette, Oncle Vania et les Trois Sœurs, après avoir présenté la trilogie dans la continuité – au Théâtre de la Criée à Marseille puis dans son Théâtre d’Alfvortville – il poursuit avec la Cerisaie. Le résultat est à la hauteur de nos attentes. . C’est sans doute parce qu’il accepte ces espaces d’incompréhension qu’il nous ouvre aussi largement la pensée de l’auteur. Créant lui-même des espaces essentiels pour tout spectateur fan de Tchekhov !…