Dicklove : « Corps poétique, corps politique »

Les Singulier.e.s, festival des « créations plurielles » invite chaque année à des voyages inattendus, à la découverte de formes atypiques et de personnalités rares. Les disciplines s’y croisent, s’y télescopent ou s’y métissent.

L’artiste de mât chinois Juglair, accompagnée avec une grande pertinence par le musicien Lucas Barbier, clôture en beauté cette édition avec Dicklove, spectacle transversal, transdisciplinaire, transgenre queer et réjouissant.

La scène-piste est lovée au milieu des spectateurs, c’est du premier rang qu’une voix légère et enjouée s’élève, pour quelques confidences d’enfance d’une écolière qui courait trop vite, et qui laissait toujours passer un ou deux garçons devant, parce que, quand même, « les pauvres ! ». Mais la jolie-voisine-toute-simple quitte les rangs des spectateurs, met les pieds sur scène et entame une folle succession de transformations, dont chaque étape contient toujours des traces des autres.

On rit beaucoup. Car Juglair, joueuse, taquine nos repères, bouscule les genres, glisse de l’une à l’un, de l’un.e à l’autre en un mouvement de bassin, un déplacement d’épaule, et c’est un rire d’étonnement qui crépite dans la salle. Mais on jubile aussi de franches scènes de comédie – l’évacuation du Président par hélico pour fuir une horde de féministes en mauve (et de Gilets jaunes en gilets jaunes) est irrésistible !

On y est surtout intensément ému par la grâce et la beauté de quelques fragments, un lent tournoiement au mât chinois, un maquillage dont les spectateurs sont le miroir; on y est saisi par une transe électro, un pole dance acrobatique, une chanson hypnotisante ; on y est peut-être aussi troublé ou impressionné par la fluidité des métamorphoses de l’artiste.
« Je suis femme qui se déguise en homme qui se déguise en femme, femme qui se ressemble à un homme quand elle s’habille en femme, homme qui se déguise en femme, drag, personnage, une fiction, un clown, un danger, un rêve, ou toi, ou toi, … » Juglair, brouillant les frontières, est tout cela, successivement ou en même temps. Elle interroge son genre, son expressivité, mais avant tout notre regard, nos regards, aux un.e.s et aux autres, sur le genre.

Performance circassienne, théâtrale, intime et politique, manifeste festif pour la multiplicité, expression singulière, chant libératoire et inclusif, Dicklove est une fête du multiple, de l’altérité – celle des autres, et celles de soi. Ce n’est sans doute pas militant : c’est tout simplement nécessaire, vivant et joyeux !

Marie-Hélène Guérin

 

 

DICKLOVE
Vu au 104 dans le cadre des Singulier.e.s
Création et interprétation : Juglair
Création et interprétation sonore : Lucas Barbier
Regards extérieurs et dramaturgiques : Claire Dosso et Aurélie Ruby
 | création et régie lumière : Julie Méreau
 | construction : Max Heraud, Etienne Charles et La Martofacture | 
costumes : Léa Gadbois-Lamer
 | administration, montage de production, diffusion : AY-ROOP | remerciements à Marlène Rostaing, Jean-Michel Guy et Johan Piémont alias Luna Ninja
Photos © Aurélie Ruby

À voir au festival SPRING les 24 et 25 mars à Cherbourg (50)

Là : folie douce

Il y a de la sauvagerie, de la fantaisie et de la délicatesse dans cette « Pièce en blanc et noir pour deux humains et un corbeau-pie ».

Tandis que le public s’installe, une note tenue emplit l’espace, vibrante. Un « la », suggère mon petit bonhomme de 5 ans. Ce serait un judicieux « jeu de mot » musical, bien en harmonie avec la synesthésie du spectacle, où images et sons se génèrent les uns les autres (mais je n’ai pas l’oreille juste, et ne saurai le confirmer).

Un triptyque de hauts panneaux blancs masquent les murs patinés des Bouffes du Nord, matrice immaculée qui verra la naissance d’un étrange hybride, fascinant, drôle et beau.
Un être à trois têtes – celle d’un homme d’abord (Blaï Mateu Trias, souple, busterkeatonien), puis d’une femme (Camille Decourtye, ancrée, expressive), enfin d’un animal (Gus, lui-même oiseau hybride, corbeau pie, ailes et bec de charbon, poitrail de neige) -, lui donnera vie et mouvement, abolissant les frontières entre cirque et danse, entre théâtre et chant, humour et métaphysique, graphie et rythme. Rien ne se confronte, tout se mêle et s’enrichit, pour créer un spectacle intense et poétique.

Dans une scénographie épurée, enrichie d’un magnifique travail de création sonore, on va de surprises en sourires, on retient son souffle devant quelque acrobatie haut perchée, on s’amuse de duos physiques ou verbaux à la folie douce, on a le cœur qui chavire d’émotion bousculé par la voix chaude et ample de Camille Decourtye ou le timbre baroque de Blaï Mateu Trias, interprète d’un fragile et infiniment troublant air de Purcell.

Les deux artistes, accompagnés de leur corbeau-pie, avec une complicité palpable, usent de leur corps élastiques pour créer situations, gestes, interrogations, sens et sons.
Ça pulse et ça rêve, c’est charnel et spirituel.
Cultivant l’art de la joie, ils inventent d’étranges résolutions à de curieux problèmes, retournent à l’origine du monde et font jaillir la lumière de déchirures… Petit à petit, ils zèbrent la page autrefois vierge du décor d’empreintes et de traces, de paysages et calligraphies énigmatiques, tandis que leurs peaux et leurs costumes se maculent du blanc des murs : le désordre comme signe(s) de vie(s) !

Leur monde, ce monde-« Là » , a la sauvagerie fraternelle, le déséquilibre constructif, la gravité légère et la drôlerie salvatrice. Cela réjouit l’œil et l’âme.
Là a de la grâce et de la générosité, et une des belles vertus du spectacle vivant : nous faire sentir moins seul. Ce soir-là, le public, pétillant de plaisir, d’une longue ovation debout, les en a remercié avec chaleur.

Marie-Hélène Guérin

 


Un spectacle de la compagnie Baro d’Evel
Au Théâtre des Bouffes du Nord
Auteurs et artistes interprètes Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias et le corbeau pie Gus
1er volet du dyptique Là, sur la falaise

 

Jeunesse : Ça barde à la sainte-Barbe

Jeunesse est un spectacle formidable, métaphorique, transcendant, porté par la nouvelle ciselée sans aucune psychologie, si ce n’est l’idéalisme, du grand Joseph Conrad, par la narration tout en nuances du comédien conteur, Frédéric Gustaedt, et par les entrechats des jeunes chats barbus, qui dansent et sautent sur les mâts du bateau, sur lequel le spectateur est charrié.

Ce spectacle magnifique vous fera gîter et rouler, tant l’atmosphère vous place d’abord à l’arrière puis au cœur de la scène, devenue le pont de La Judée, le premier bateau sur lequel Marlow sera Second lors d’une traversée plusieurs fois avortée, vingt ans avant de nous la raconter, jusqu’aux effluves fleuris et sucrés de l’Orient. Le ton est sans appel dès que Marlow (comme Marlowe et Shakespeare ?) franchit le ponton, un recueil de Shakespeare en main, croisant les lettres de La Judée peintes sur la coque, la devise « Do or die ». Et c’est bien ce qui va se passer pendant toute cette traversée. Agir ou mourir…

La traduction et l’adaptation de « Jeunesse », par Guillaume Clayssen, mêle une superposition de vocabulaire actuel, contemporain, bienvenu, comme le mot « fringue » qui donne un coup de jeunesse à ce récit, à une conjugaison un peu surannée au passé simple et à l’imparfait.
Ce qui est formidable avec Joseph Conrad, c’est que le récit avance au rythme de l’action, de l’écope, du pompage, du gite, du roulage, du tangage, des mers lisses ou blanches d’écumes, de l’invasion des rats à bord, sans complaisances, sans considérations psychologiques, sans commentaires, on est littéralement embarqué pour cette traversée infernale qui sera la première de Marlow et la dernière de La Judée.
Le jeu et la narration de Frédéric Gustaedt sont tout bonnement époustouflants de nuances, de vérité intérieure, de variations, d’amusements, de susurrations et d’esclandres. On entend l’esprit cocasse de Joseph Conrad, qui s’arrêtent sur des moments épiques, burlesques, inattendus, comme le dernier gueuleton des marins à bord de La Judée, tandis que celle-ci brûle anéantie par l’incendie de sa cargaison. Pendant ce temps, Marlow, avec ses deux aides, attend, dans la chaloupe brinquebalée, que le capitaine inconsolable daigne quitter son navire et que les marins en aient fini avec leur gueuleton sous les flammes.

Le dispositif scénique est à la fois simple et compliqué, enfin que l’on juge simple par sa sobriété, son épure. Il est fait des mâts de La Judée, sur lesquels les acteurs circassiens, Raphaël Milland et Johan Caussin, parfois accompagnés de Samuel Mazzotti (son), également sur scène avec son matériel, évoluent acrobates comme des félins graciles, souples et agiles, dans une chorégraphie soutenue par une musique planante, chamanique ou électrisante, à l’évocation du meilleur du rock’n’roll des années soixante-dix. La création musicale participe aussi de l’ambiance et nous plonge à la fois dans la beauté, la dureté et la folie de la mer.
La création lumière, sortie tout droit d’un récit nuiteux d’un port insalubre, joue en rase-motte sans gélatines et tire du sol les ombres et les presque morts de La Judée.

Un spectacle où le face-à-face entre la parole et le corps nous saisit et nous donne envie de lire ou relire Joseph Conrad. Qu’auront voulu nous dire Joseph Conrad et Guillaume Clayssen, qui, c’est sûr, se sont compris ? Qu’on ne voit bien la vie qu’à travers les yeux de la jeunesse ? Qu’être marin est un métier de solidarité comme le sont les métiers du spectacle ?
Le Théâtre L’Echangeur, à Bagnolet, est très facile d’accès, tout prêt du métro Galliéni ou du bus 102, arrêt Charles de Gaulle. Sur place, vous pourrez dîner et boire un verre.
On espère que L’Echangeur prolongera la programmation de ce spectacle sans pareil.

 

JEUNESSE – adaptation de la nouvelle de Joseph Conrad
Au Théâtre de L’Echangeur, Bagnolet
Traduction et mise en scène Guillaume Clayssen
Avec Frédéric Gustaedt (Marlow alias Conrad), Julien Crepin (le capitaine, créateur lumière), Raphaël Milland (premier chat acrobate, équipage sur scène), Johan Caussin (second chat acrobate, équipage sur scène), Samuel Mazzotti (créateur son, équipage sur scène)
Jusqu’au 6 octobre 2018

Photo Victor Clayssen

Un Poyo Rojo : un concentré d’énergie et de sensualité

Lorsqu’on s’installe dans la salle du Théâtre Antoine – ils sont déjà là, les bougres…- on ne sait pas trop ce qu’on vient voir. On se souvient d’avoir été frustré la saison précédente : la blessure d’un des deux artistes avait entrainé l’annulation du spectacle. Blessé comment, pourquoi ? De quoi s’agit-il au juste ? Match de boxe ? Combat de coq ? Lutte endiablée ? Mise « à mâle » ?
Un Poyo Rojo c’est tout cela à la fois. Mais c’est par dessus tout une danse de vie. Une ode à l’amour, à la passion, à la miraculeuse relation qu’entraine une si forte proximité. Car ces deux-là se connaissent par cœur, à tel point que leurs corps s’attirent tels des aimants.
Dès les premières minutes, une douceur brutale règne sur le plateau. Alfonso Barón et Luciano Rosso se défient du regard, se jaugent tels des animaux avant d’enchaîner les figures, d’entrer dans la danse qui les mènera au combat. Mi-comédiens mi-danseurs, ils font de chaque micro parcelle de leurs corps un simple prodige.

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© Paola Evelina

Les prémices de ce spectacle inclassable se déroulent dans un silence total. S’il n’était couvert par l’écho de leur souffle court, on entendrait battre leurs cœurs à l’unisson.
Et puis d’un coup, des sons de radio s’en mêlent, crachotés par une chaine portative délicieusement old-school. Dès lors, les pas de danse de nos deux compères seront calés sur la programmation retransmise en direct. Quelle est la part d’improvisation ? Trouvent-ils l’inspiration à force de faire défiler les stations, alternant flash info, tubes disco et standards de la chanson française ? Ou bien cherchent-ils, à force de zapper sur les ondes, le morceau qui s’accordera le mieux au déroulé du spectacle ? Peu importe, seul le résultat compte : ils parviennent ainsi à nous intégrer totalement dans l’immédiateté de leur pas de deux. Peu à peu l’alchimie qui les unit gagne du terrain : l’énergie communicative d’Alfonso et Luciano se loge en chacun de nous et cela fait un bien fou !

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Ils arrivent tout droit de Buenos Aires où ils jouent à guichet fermé depuis 2008, 3 raisons d’aller les découvrir au Théâtre Antoine :
1 – Ils dansent comme des dieux ; dieux du stade, dieux de l’arène, dieux de la scène.
2 – Mais il serait réducteur de les classer dans la catégorie « danse contemporaine » : ils nous offrent un succulent moment de théâtre qui fait la part belle à l’improvisation.
3 – La jolie surprise tient au troisième personnage : une radio vintage qui nous connecte aux joies du direct…

 

UN POYO ROJO – À partir du 7 février 2018 au Théâtre Antoine (mercredi au samedi, 19h)
Conception et Mise en scène : Hermes Gaido
Avec : Alfonso Barón et Luciano Rosso

Quelques objets, des notes de musique… un grand spectacle

On les avait quittés il a 4 ans (déjà !) sur le plateau du 104 qu’ils avaient magistralement mis à mal. Leur performance dans ce Notes on the Circus du collectif Ivan Mosjoukine était de celles qui restent gravées à jamais dans un ADN de spectateur.

Ils étaient quatre à l’époque. On retrouve ici l’un des deux couples : celui que forment la charismatique Vimala Pons et l’énigmatique Tsirikaka Harrivel. Découvrir le bazar inouï installé sur le plateau du Monfort, tenter de déchiffrer la carte que les artistes ont deposée sur votre fauteuil en guise de programme, se laisser prendre par la montée d’adrénaline que provoque le compte à rebours (“Revue numéro 8 dans 5 minutes, début de la revue dans une minute”…) constitue un avant-goût génial et prometteur.

Les deux artistes circassiens ont commencé par composer les musiques de leur nouveau spectacle. La bande son mêle trompettes, claviers, clarinettes, synthé et autres arrangements éclectiques. Elle est jouée en direct par nos deux compères, elle donne le « la » et met un point d’orgue à chaque séquence.

Grande, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel, Monfort, Pianopanier

« Ce morceau ne fait pas partie du spectacle mais c’est celui que je préfère. »

Il s’agit bel et bien d’une « Re-vue », au sens propre, au sens littéral du terme : sur les quelques 90 minutes que dure le spectacle, certains passages, certains numéros seront répétés, « ce qui a déjà été vu » tamponnera le « jamais vu ». Le tout formant une ronde infinie, une sorte de mouvement perpétuel que souligne la dernière séquence.  En plus de la musique, le duo est allé puiser son inspiration dans une foultitude d’objets aussi hétéroclites que surprenants : coin cuisine, toboggan géant, énormes bouquets de fleurs, pupitre, télévision, sac de sports, raquettes de tennis…

Tsirihaka Harrivel suspend les battements de nos coeurs lorsqu’il s’élance une première fois pour une glissade inclassable. Une deuxième, une troisième, une dixième fois, il se retrouvera suspendu au-dessus de nos têtes, nous habituant peu à peu à cette chute qui ne cesse de se rembobiner.

Grande, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel, Monfort, Pianopanier

« Tous les chemins mènent à Rome… En est-il un qui n’irait pas ? « 

Championne de porté sur la tête, Vimala Pons n’a peur de rien. Machine à laver, mannequin, colonne gréco-romaine, cercueil… jusqu’au totem qui servira de cible à son complice lanceur de couteaux : tout, absolument tout peut se déposer sur son crâne. Et lorsque, libéré de tant de poids, son cerveau donne libre cours aux humeurs, c’est à un formidable numéro de comédienne auquel on assiste. Elle passe en quelques coups de cils de geignarde à colérique, de mutine à hargneuse, de clownesque à grave. Elle est souvent tendre, parfois cruelle, toujours drôle. Son talent fou, son charisme hors norme nous fascinent et nous troublent.

L’histoire de la vie, les histoires d’une vie, les petits riens qui se mêlent aux grands sentiments : c’est finalement cela que cet ovni grave en boucle dans nos mémoires. Et cette histoire, cette ronde, ce perpétuel recommencement, ne peuvent trouver un point qu’avec le mot AMOUR. Un point qui est tout sauf final, tant la force de ce spectacle est aussi, est surtout, de nous donner envie de toujours recommencer…

GRANDE –
Du 18 avril au 6 mai 2017, 20h30 au Monfort
Un spectacle de et avec : Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Quand les 7 Doigts sont 8, c’est encore meilleur !

On les avait quittés à Bobino la saison dernière, à la sortie de leur inoubliable spectacle TRACES. On les retrouve sur la scène du Bataclan, où ils présentent leur toute nouvelle création. Ce ne sont pas les mêmes 7 Doigts. Et d’ailleurs ce coup-ci, les 7 Doigts sont 8 au plateau. Quatre filles, quatre garçons, quatre couples juvéniles et déjà bourrés de talent.

Le point de départ et le fil conducteur de Réversiblec’est l’histoire de ces (très) jeunes gens qui sont partis à la recherche de leurs grands-parents.

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« Je voulais créer leurs personnages en utilisant leurs racines, les histoires de leurs familles qu’ils ne connaissaient alors même pas. »

Les murs dansent, les fenêtres ont la bougeotte, les portes se dérobent… L’espace n’a de cesse de se créer et disparaître sous nos yeux mi-amusés mi-éberlués. Extérieur et intérieur se mélangent joyeusement, les frontières, les murs, les lignes de démarcation se transforment en vagues souvenirs, peut-être même les a-t-on rêvés et n’ont-ils jamais existé…

Comme toujours dans les spectacles des 7 Doigts de la main, la musique tient une place capitale. Entre reprise de Terence Trent d’Arby et formidables arrangements musicaux de Colin Gagné, le voyage inter-générationnel tendance « passe-muraille » prend des allures tantôt rock tantôt hip-hop, voire plus classique.

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« Papi, je te dédie ce moment. »

Les numéros s’enchainent au rythme des changements de tempos : les pas de deux invitent éventails et lassos, les balles de jonglage ont le format ballons rouges, une mariée contorsionniste surgit d’un lit-placard, la planche coréenne est un point de décollage idéal et le mât chinois peut accueillir nos huit compères en même temps – quand il y en a pour 7 doigts, il y en a pour huit. Aérien, poétique, enchanteur, le final déclenche automatiquement une standing ovation que les murs du Bataclan recueillent avec émotion.

On ne saura jamais à quel point le travail d’introspection et de « recherches généalogiques » a coloré ce spectacle, mais l’énergie qui se dégage du plateau est tellement intense, tellement percutante, que l’on se dit que leurs ancêtres ont bien dû souffler sur ces huit doigts-là…

REVERSIBLE
Á l’affiche du Bataclan – du 3 mars au 1er avril 2017 (du mercredi au vendredi 20h30, samedi 16h30 et 20h30)
Le nouveau spectacle des 7 Doigts
Mise en scène : Gypsy Snider
Avec : Maria del Mar Reyes, Vincent Jutras, Jérémi Lévesque, Natasha Patterson, Hugo Ragetly, Emilie Silliau, Julien Silliau, Emi Vauthey

Le Terabak de Kiev prolonge noël jusqu’au 14 janvier

Traditionnellement les fêtes de fin d’année riment avec sapin, mais aussi avec chapiteau. Direction le Monfort pour un spectacle entre cirque, magie et cabaret. Un voyage rythmé par les voix gutturales des Dakh Daughters venues tout droit de Kiev. On s’installe, on prend le temps de se restaurer (ça sent bon le fameux bortsch ukrainien), de faire connaissance, de trinquer avec ses voisins : l’ambiance est déjà dans la salle. Tout à coup débarque Yann Frisch, redingote portée à même la peau (« une idée du producteur pour mettre en valeur le corps des autres »), irrésistible négation de Monsieur Loyal, comble du non politiquement correct.

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© Christophe Raynaud de Lage 

Le bar se met en mode pause, les lumières s’éteignent, les enfants se taisent, le spectacle peut débuter avec Julieta Martin, sorte d’Elastic Girl sur son mât chinois. C’est parti pour une heure trente de joie pure, d’énergie brute, de rires explosifs, d’émotions authentiques. Un acrobate accro à son balai, un monocycle recordman de trampoline, un artiste qui joue des sangles aussi bien sans jambe qu’avec, un couple de voltigeurs qui règle ses comptes dans les airs, l’inénarrable Yann Frisch et ses cartes irrévocablement magiques… Les prouesses s’enchaînent au son des cordes et autres battements de tambours. Les filles énergisantes, magnétiques, envoûtantes, stimulantes font le lien entre chaque numéro et l’on souhaite que cela dure encore et encore.

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Sous le grand chapiteau du Monfort, on rit, on frémit, on se laisse gagner par la chaleur humaine, on savoure l’instant…et lorsque les lumières se rallument au son des applaudissements enthousiastes, on prolonge par une danse, on retrouve le chemin du bar pour prolonger l’allégresse. Entre réveillon de noël et réveillon de la Saint-Sylvestre, on choisit sans hésiter le Terabak de Kiev !

 


TERABAK DE KIEV
Du 16 décembre 2016 au 14 janvier 2017, 20h30 au Monfort
Mise en scène : Stéphane Ricordel
Avec : Yann Frisch, Arthur Chavaudret, Matias Pilet, Benoît Charpe, Oscar de Nova de la Fuente, Daniel Ortiz, Josefina Castro Pereyra Soler, Julieta Martin, Marina Voznyuk, Anna Olekhnovych
Chant et musique : Les Dakh Daughters et Vlad Troitsky

LeVideEssaideCirque Monfort

Le Vide essai de cirque : un vertige de sens et de frissons

Le Vide essai de cirque – spectacle vu lundi 9 mai 2016
A l’affiche du Monfort Théâtre jusqu’au 21 mai 2016
Spectacle écrit par Fragan Gehlker, acrobate à la corde
Alexis Auffrey, création musicale et régie de piste
Maroussia Diaz Verbèke, dramaturgie

« L’impossible, nous ne l’atteignons pas, il nous sert de lanterne. » – René Char.

Monter, descendre, monter, descendre. Un homme, une corde. Monter, descendre, monter encore. Tomber, se relever.

C’est un Sisyphe acrobate que l’on voit se confronter au danger du vide, au défi de la corde, à la réalité concrète des obstacles scéniques qui ne cessent de s’imposer à lui. Infiniment il grimpe, tombe et se relève sans relâche, sans ciller, il persévère. Absurdité circassienne, humour aussi, absurdité de la vie dans cette relecture du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus.

On passe une heure intense à retenir son souffle avec cet homme – personnage aussi presque Beckettien – qui côtoie ces 18 mètres de vide sous lui. Au rythme d’un violon et de silences. Et avec autant de dextérité. Le son des lourdes cordes qui s’abattent sur le sol n’est pas sans rappeler parfois l’implacabilité du réel et de la vie.

 

Le Vide essai_de_cirque_Monfort
© Perrine Cado

Se confronter au néant, repousser ses propres limites, atteindre des sommets, et pourtant se heurter au réel, voilà le défi et la condition de l’homme.

Belle interrogation sur la vie, sur comment se sentir vivant et trouver de la joie dans ce vertige.
C’est beau, ça fait frissonner, c’est intense, ça met en joie, allez-y : plongez dans le Vide !

ELECTRONIC KIT PRESS

Traces_affiche

Traces, ou The magnificent Seven

Traces – Spectacle vu le 25 février 2016
A l’affiche du Théâtre Bobino jusqu’au 30 avril 2016
Un spectacle de la Compagnie Les 7 Doigts de la main

Spectacle ultra-contemporain, moderne et à la bonne humeur délicieusement contagieuse, Traces est à ne surtout pas louper !

Les 7 doigts de la main. Ce nom de scène, inventé en 2002 par un collectif de circassiens d’outre-Atlantique illustre la combinaison de talents et d’expériences visant une unité artistique. Aujourd’hui, sur toutes les scènes de tous les pays du monde, les 7 doigts de la main se démultiplient à notre plus grand plaisir. Jusqu’au 23 avril, c’est à Bobino que l’on peut découvrir Traces, qui fête ses dix ans de tournée mondiale. Les 7 doigts de la main : ce nom imaginé par les fondateurs résonne parfaitement avec ce qu’incarnent leurs héritiers sur une scène de théâtre. Aussi vrai qu’une main n’a pas 7 doigts, un numéro de cirque n’est jamais aussi mobile et protéiforme que ceux qu’ils nous offrent ici. Et vous n’aurez pas assez de vos deux yeux pour apprécier l’intégralité de leurs prouesses.

TRACES, Chinese Hoops

©Valérie Remise

Traces, c’est l’histoire de sept jeunes gens hypervitaminés, six garçons et une fille. Anne-Marie, Kevin, Kai, Lucas, Yann, Harley et Enmeng originaires de Québec, Etats-Unis, Australie, France, Canada, Queensland et Chine ont une immense qualité, au-delà de leur immense talent : ils ne se prennent pas au sérieux. Conséquence de cet état d’esprit : ils parviennent à nous faire oublier qu’ils travaillent comme des athlètes forcenés. Tout parait tellement simple, tellement facile, tellement accessible. Ils sautent, virevoltent, volent, plongent, se plient et se déplient, se nouent et s’enroulent, chantent, rient, dansent, tourbillonnent… Et nous électrisent, en toute simplicité, en toute humilité.

Il est des shows qui provoquent chez le spectateur une bonne humeur instantanée. Des numéros qui font claquer des doigts, taper des mains, des pieds, battre le coeur. Des spectacles dont on ressort plus léger, plus zen, plus gai. Traces est indéniablement de ceux-là : on vous aura prévenus !

Traces_Bobino

Que vous soyez fan des 7 doigts de la main ou totalement néophyte, précipitez-vous à Bobino avant que la tournée de Traces ne reparte à l’autre bout du monde :

1 – Du cirque, oui, mais à des années lumières des cirques Bouglione, Gruss et consort.
2 – Les sept artistes ont la vitalité, l’énergie, le peps et l’enthousiasme de leur vingt-cinq ans.
3 – Et cette vitalité, cette énergie, ce peps et cet enthousiasme, ils nous l’insufflent avec la générosité qui les caractérisent.