Spectacles jeune public/tout public

Soudain, Chutes et envols : C’est quoi, l’amour ?

Soudain, Chutes et envols, Librement inspiré des Fragments d’un discours amoureux, de R. Barthes.
L’intitulé laisse envisager le spectacle à thèse, un petit air universitaire, une chansonnette à langage abscons… Loin de là ! et ça va d’autant mieux à Barthes, philosophe et universitaire qui avait les pieds, la tête et la chair dans la vie.

Laurent Vacher avait envie d’explorer le rapport des enfants et ados au sentiment amoureux. Une évidence : s’appuyer sur les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes – sorte d’abécédaire hautement subjectif et palpitant, voyageant de A comme Absence à V comme Vérité, en passant par le C de Corps et le J de Jalousie dans une moderne carte du tendre.

« Pour l’écriture de ce projet, j’ai de suite proposé à Marie Dilasser de faire partie de cette aventure pour ses qualités d’autrice : son irrespect des conventions, des clichés, sa pertinence, son humour cinglant, son non conformisme, son sens de l’observation. Sa dramaturgie éclatée, l’entrelacement de ses idées, les ruptures et fantaisies qui ne quittent jamais le service du sens, un sens poétique, aiguisé et léger qui me paraissait essentiel pour traiter ce sujet. » écrit Laurent Vacher, metteur en scène et initiateur du projet.

Le spectacle et le texte se sont nourris de confrontations, de rencontres, les Fragments de Barthes s’entrechoquant aussi bien au Banquet de Platon, aux mots de Nan Goldin, qui sera citée, qu’aux témoignages recueillis pendant une longue enquête, pour faire jaillir questions, interrogations et inventions.

C’est perché au cœur du beau Parc des Buttes-Chaumonts, à Paris, qu’en ce mois de mai Soudain, Chutes et Envols nous a emporté au cœur de son parc archétypal, l’endroit idéal pour s’aimer, parce c’est « un trou dans la ville, parce qu’il y a assez d’espace entre les gens, un endroit où il y a de la place pour que les rêves fassent irruption ». À Avignon, il se nichera dans les Jardins de Saint-Chamand.

Les trois jeunes comédiennes, streetwear bigarré, leggings, jeggings, minikilt gentiment post punk, sacs à dos, smartphones. 3 grandes gamines, Cookie, dite Poupée (Ambre Dubrulle), Guido (Inès do Nascimento), Jo (Constance Guiouillier). Trois grandes gamines-gamins car, comme dans les Fragments, l’être aimé n’est pas d’un genre déterminé. Guido fut autrefois une petite fille nommée Trixi, Jo n’est pas un garçon, Cookie, blonde princesse 2.0 aimera l’un et l’autre.

Guido rechigne qu’on puisse lui dire qu’iel est une fille « vous dites ça juste parce que j’ai une jupe et des seins ! », Jo la sapiosexuelle préfère remplir sa vie de livres, découvrir le monde, Cookie demoiselle dépressive – « Pas d’envie. Pas de désir. Pas de problèmes. Rien » – retrouvera le goût d’être aimée afin de pouvoir retrouver celui d’aimer…

Ambre, Constance, Inès, se métamorphosent à vue, sur un jean une robe apparaît, un blouson disparaît, un jupon tombe, Jo et Cookie brièvement deviennent les géniteurs de Trixi/Guido, des pages deviennent tulipes, bleuets, anémones, un bouquet devient fontaine.

Comme à l’adolescence, comme en amour, tout devient tout autre.

« J’ai des visages que je n’aurais pas eu
si je ne t’avais pas rencontré.e »

Soudain, Chutes et Envols : car sans doute dans l’amour il y a du soudain, des chutes et des envols. Soudain soi accueillant l’autre devient autre qu’avant, soudain on se prend les pieds dans le tapis du rêve ou celui de la réalité, ou à la jonction des deux, et nous voilà falling in love, chutant en amour, tombant amoureux, et sentant cœurs, âmes et corps frémissants s’envoler, s’élever, s’aérer…

On parle du désir et de peau qui appelle l’autre, de chemins où l’on se promène, tracés par les mains de l’autre, d’un corps qui est devenu la carte du parc où l’on se retrouvait – à moins que le parc ne fût la carte par anticipation du corps qu’on apprendra à aimer, bientôt.

L’air de rien, tout en délicatesse, en légèreté, en humour et en mouvement, on met en jeu la fluidité des genres, la construction de soi, l’estime de soi, l’ouverture à l’autre, les aspirations et inquiétudes menues ou immenses d’une jeunesse d’aujourd’hui.

Les comédiennes ont de la justesse et de la fraîcheur ; l’écriture est alerte, parfois littéraire, toujours vive ; la mise en scène se fait fantaisiste pour raconter une quotidienneté foisonnante. Le public, multiculturel, multigénérationnel, quitte le parc réel et son double théâtral avec une petite pétillance de plus au coin de l’œil et quelque chose de guilleret en plus au coin du sourire ! C’est réjouissant et rafraîchissant, d’une intelligence vivace et gaie, et sans doute, si on partage ce moment en famille avec des jeunes ados, ce sera une jolie porte d’entrée pour le dialogue.

Marie-Hélène Guérin

 
P.S.
Un monsieur à la belle barbe blanche, visage buriné, anorak décati et chaussures râpées, un vieux cabas à ses pieds, sur un banc en périphérie de l’espace scénique s’est rapproché. On est venu déranger l’ordre de son havre, on s’est invité en plein sur son aire. Manifestement, ça valait le coup ! Ce spectateur à la dérobade, regard clair et vigilant, mains tranquilles croisées sur les genoux, est un discret témoin du pouvoir et de la magie du théâtre.

 
SOUDAIN, CHUTES ET ENVOLS
Vu au Parc des Buttes-Chaumont à Paris XIXe
À retrouver dans le cadre de la programmation toujours passionnante de La Manufacture, toujours en plein air (Jardin de St Chamand), du 7 au 26 juillet 2022
Texte de Marie Dilasser
Mise en scène Laurent Vacher
Avec Ambre Dubrulle, Constance Guiouillier, Inès Do Nascimento.
Une production Compagnie du Bredin – Laurent Vacher avec la participation artistique du Studio d’Asnières – ESCA et le soutien du Festival Aux quatre coins du Mot (La Charité-sur-Loire)

Festival Silence : La rencontre du cinéma et de la musique

Je me suis rendu cette semaine dernière au festival Silence, 4e édition, du 18 au 22 mai 2022, au théâtre et cinéma Georges Simenon, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.
Il s’agit-là de la première scène française conventionnée d’intérêt national Musique et Cinéma, destinée à toutes les tranches d’âge. On se dit Rosny-sous-Bois, c’est paumé et puis on découvre, dans le petit centre-ville, non loin de la gare du RER E, arrêt Rosny-sous-Bois, la fine fleur des correspondances entre les arts.
J’ai vu 2 spectacles parmi l’ensemble de la programmation et je n’en ai pas été déçue, bien au contraire.

La soirée inaugurale, en grandes pompes avec le Ministère de la Culture et la Ville de Rosny, nous a permis de voir et d’entendre la si charmante et si délurée Jeanne Cherhal. Dressée sur des escarpins de star à anses de strass, court vêtue d’une robe noire au dos dénudé, elle a offert ses jambes galbées au spectacle de nos yeux esbaudis. Ses jambes, à elles seules faisaient déjà le spectacle, mais c’était sans compter sur son art vocale, son piano à queue et ses histoires de troubadour en tournée. Jeanne Cherhal nous a livré en chansons ses goûts cinématographiques, tantôt stridulante et d’autres fois toute velours de la voix. Elle nous a fait rire de bon coeur avec ses clowneries et a su nous émouvoir par les cordes sensibles de son art et par ses choix de bandes originales de films si bien restituées. C’est ainsi qu’elle nous a fait vibrer avec Piensa me d’après Talons aiguilles d’Almodovar ou encore Porque te vas d’après Cria Cuervos de Carlos Saura ou encore retrouver en surimpression au piano la voix de Michel Piccoli qui nous parle de son métier d’acteur. Et que dire de l’élasticité de son dos de pianiste, qui nous transporte quand elle est debout et qui se voûte avec tant de souplesse quand elle est face à son piano la faisant soudain ressembler à Quasimodo ? Un récital haut en couleur, même si le noir, comme il se doit, était à l’honneur. Au terme de son récital, le public, fort nombreux dans cette belle salle de spectacle où l’on est installé très confortablement, tapait des pieds et des mains pour encore une fois, entendre la belle Jeanne, qui, en guise de rappel a interprété Véronique Samson.

25/05/2022 – New-York (US) Florence Gould Hall / 27/05/2022 – Los Angeles (US) Théâtre Raymond Kabbaz / 26/06/2022 – Angers (49) Festival d’Anjou / 09/09/2022 – Saint-Emilion (33) Festival Vino Vocce / 15/09/2022 – Saint-Sébastion-sur-Loire (44) L’Embarcadère / 07/10/2022 – Rezé (44) La Soufflerie – le Théâtre / 14/10/2022 – Dunkerque (59) Bateau Feu / 09/11/2022 – Le Bouscat (33) L’Ermitage Compostelle / 16/11/2022 – Nîmes (30) Théâtre Christian Liger / 17/11/2022 – Grasse (06) Théâtre de Grasse / 20/11/2022 – Loudéac (22) Palais des Congrès et de la Culture / 11/12/2022 – Vannes (56) Scènes du golfe, Théâtre Anne de Bretagne

Le second spectacle que j’ai vu et entendu, puisqu’il s’agit bien de voir et d’entendre dans un festival musique et cinéma, a ravi toute ma petite famille, y compris les nombreux enfants présents. Nous avons assisté à la projection de Le Petit Fugitif, un film en noir et blanc, de 1953, écrit et réalisé par Raymond Abrashkin, Ruth Orkin et Morris Engel. Cette projection, sous-titrée, a été soutenue par un orchestre sur scène, Iñigo Montoya, qui revisite en musique les aventures de Joey, le petit fugitif, en invitant Clémentine Buonomo au cor anglais, le trio navigue entre musique de chambre, boucles électroniques, tambourins, et bruitages psychédéliques. On a vraiment l’impression que cette bande sonore en live a été imaginée au moment de la réalisation du film. Tout colle, tout est en symbiose avec les images et les aventures que vit Joey au parc d’attractions de Coney Island. On sort non seulement émus par ce que nous donne à voir ce film, la pugnacité de cet enfant esseulé, qui ramasse sur la plage les bouteilles de Coca et de Pepsi consignées, pour s’offrir encore et encore des tours de poney et par la virtuosité, quasi en téléobjectif, des cadrages, par les plans à hauteur de Joey et par la lenteur à vitesse de Joey du montage, mais également par l’hypnose dans laquelle nous place la musique. C’est un film proche du documentaire avec l’émotion en plus, mais qui nous donne à voir des images de l’enfance crue, des images authentiques, portées par le petit Richie Andrusco. Un film réalisé avec peu de moyens et auto-produit et filmé avec une caméra portative, en 35 mm, spéciale, fabriquée par Charles Woodruff, fabriquée en un an, une caméra quasi expérimentale, munie notamment d’un système optique à deux objectifs. Une vraie réussite, la rencontre entre Inigo Montoya et Joey Norton.

Et également Le Petit Fugitif à Paris, au Studio 28 mardi 24 mai 2022 à 23h45, mercredi 25 mai 2022 à 23h25, mais sans Inigo Montoya malheureusement.

Toute la programmation du festival
(même si c’est fini, vous trouverez ces artistes ailleurs en cherchant bien) :
Festival Silence à Rosny-sous-Bois du 18 au 22 mai 2022.
Mercredi 18 mai: Ciné-chanson Chantons dans la ville, à partir de 3 ans / 14h30 au Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Vendredi 20 mai : Ouverture du festival – Jeanne Cherhal / 20h30 au Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Samedi 21 mai : Ciné-concert 1001 couleurs, à partir de 18 mois / 11h au Centre social des Marnaudes
Ciné-spectacle L’Agent 00203 contre Mr K / 14h30 au Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Flashmob par Keatbeck / 15h20 sur le Parvis du Théâtre
Ciné-concert Les Gosses de Tokyo, à partir de 8 ans / 17h au Conservatoire Francis Poulenc
Ciné-concert Dark Star de Ropoporose / 20h30 au Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Club DJ Nanar disco club de Jeanne Frenkel et Cosme Castro / 22h au Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Dimanche 22 mai : Ciné-concert Buster fait des vagues, à partir de 4 ans / 11h à Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Brunch ciné quizz / 12h Théâtre et Cinéma Georges Simenon
Concert Bandes Originales de Vincent Courtois / 15h au Conservatoire Francis Poulenc
Flashmob par Keatbeck / 15h50 sur le Parvis du Théâtre
Ciné-concert Le Petit Fugitif, à partir de 8 ans / à 17h au Théâtre et Cinéma Georges Simenon

​Et une exposition, un karaoké et d’autres festivités entrée libre.

Festival Silence est porté par le Théâtre et Cinéma Georges Simenon de la Ville de Rosny-sous-Bois (93) avec le soutien de la DRAC et de la Région Île-de-France, en partenariat avec le Conservatoire Francis Poulenc, le Centre socioculturel des Marnaudes, la Médiathèque Aragon et la Fabrique Artistique et Numérique de Rosny-sous-Bois.

Le Monde à l’envers : mission : sauver le monde !

‌À l’envers le monde ?
Et si pour le remettre à l’endroit, le monde, il nous fallait écouter les secrets d’enfants ? Ceux qui hantent, qui chantent, qui dansent. Qui obsèdent les cœurs et développent les imaginations ? Les secrets joyeux, fous, tendres, éberlués, stratosphériques, douloureux… Mais comment entendre ces secrets, puisque par définition, le secret ne se communique pas, le secret reste secret ? Comment écouter encore et malgré tout, les échos lointains de l’innocence, dans un monde ou les préoccupations d’adultes semblent seules avoir autorités ? Comment se faire comprendre lorsque, déjà loin de l’enfance mais pas encore tout à fait mûrs nous devons admettre que nous ne sommes pas un super-héros ?
Un répondeur téléphonique (auquel Denis Podalydès prête sa voix), joue le rôle du messager. Du super amplificateur ! C’est lui, qui restitue pour notre plus grand plaisir, la parole des enfants qui livrent leurs précieux messages, leurs secrets !
Et déjà les spectateurs, petits ou grands, enfants eux-mêmes, profitent de ces mots pour imaginer un monde ré-enchanté, un monde un peu moins de traviole, un monde un peu plus à l’endroit.

La chorégraphe Kaori Ito et ses trois interprètes s’emparent de ces secrets d’enfants, pour les mettre en espace, en matière, en danse ! Comme un mantra, la phrase de Pina Bausch, « dansez, sinon nous sommes perdus » s’impose au long du spectacle. Tous les thèmes délivrés par ce drôle de répondeur téléphonique d’un autre temps, sont prétexte à danse, à rire, à peine, à joie, à rêve, à révolte, à effroi, à partage… L’enthousiasme et le talent des jeunes interprètes (deux danseuses et un danseur à la générosité contagieuse) nous dépeignent certes, ce monde qui n’est plus droit depuis longtemps, ce monde qui a cessé d’entendre ses émois de culotte courte, de cour de récré, de super petits héros, ce monde dans lequel grandir c’est renoncer parfois, avoir peur souvent, se révolter pourtant, mais qui nous laisse deviner que tout reste possible tant que la part d’enfance de chacun reste en éveil. Le ré-enchantement par la liberté, la fantaisie, le partage… la danse ! Le miracle de la danse qui se fait messagère. La danse qui donne à voir et à comprendre. Avec pour arguments premiers l’envie, l’authenticité, le don ! Merci.

Les enfants ouvrent des billes enchantées et les parents chaussent leurs plus grands sourires comme preuve que tout est encore possible pourvu que ce tout soit partagé.
Pendant les quarante minutes de spectacle notre monde était bel et bien à l’endroit et dansait sur ses deux pieds !

LE MONDE À L’ENVERS
Vu au 104 dans le cadre du festival Séquence Danse
Direction artistique et chorégraphie : Kaori Ito
Interprètes : Morgane Bonis, Bastien Charmette et Adeline Fontaine
collaboration artistique : Gabriel Wong | aide à la dramaturgie : Taïcyr Fadel | composition : Joan Cambon | création lumière et direction technique : Arno Veyrat | design sonore : Adrien Maury | conception téléphone : Stéphane Dardet | aide pour les costumes : Aurore Thibout | regard extérieur : Michel Ocelot
Photos : © Anaïs Baseilhac

Durée indicative : 35/40 min, à partir de 4 ans

À retrouver en tournée :
du 6 au 8 mai 2022 • TOURCOING (FR) • Théâtre du Nord CDN Lille, Tourcoing Hauts-de-France
du 1er au 2 juin 2022 • COGNAC (FR) • L’avant-scène
du 8 au 9 juillet 2022 • VITRY-SUR-SEINE (FR) • Nouveau Gare au Théâtre

Une orang-outang bleue comme une orange

Voici donc l’histoire remarquable d’une remarquable orang-outang…

 

« Ses poils
TOUS ses poils
et dieu seul sait si elle en avait ! …
tous ses poils, mes chers grands enfants
étaient Bleus !
Les orangs-outangs c’est roux.
Une orang-outang qui se respecte a le poil roux, point.
Elle avait le poil bleu, point.
»

 

Une orang-outang bleue, il n’y en a pas deux au monde, nous déjà on reste un brin étonné et pourtant on en a déjà vu des vertes et des pas mûres, alors vous imaginez l’effroi de la mère et de la horde. La maman orang-outang, maternelle mais faut pas abuser, coupe le cordon avec les dents et balance la rejetonne fautive de bleuitude dans le ravin voisin. « On rigole pas avec la couleur chez les orangs-outangs ». Tiens, ça me rappelle quelqu’un.
Dans le ravin vit un troupeau de placides pachydermes. Une éléphante à la vue basse ou au cœur grand, pas regardante sur les teintes et textures de peaux et poils, prend la nourrissonne sous son aile de géante, un éléphanteau de plus à la mamelle, 11 ou 12 ça ne change pas grand-chose, surtout si l’éléphanteau surnuméraire est une petite orang-outang.
Ouf, plutôt que de périr sur ce flanc de ravin, notre charmante orang-outang bleue va pouvoir vivre sa vie, qui sera ô combien édifiante pour nos charmantes têtes blondes (ou brunes, ou bleues).

 

« C’est quoi une couleur de peau, une couleur de poil ? C’est quoi une horde, une communauté, une famille, une mère ? C’est quoi l’argent, la rapacité ? A quel prix devient-on riche ? Pour quel poids de chair ? Et puis aussi, c’est quoi une fille ? Comment on se dépatouille de la violence quand on est une fille ? Comme une fille ou comme un garçon ? Fille ou garçon, comment on se dépatouille de la cupidité incompréhensible des humains ? De leur cruauté ? Et c’est quoi un humain ? C’est quoi un animal ? C’est quoi moi ?… »
(note d’intention de l’auteur)

 

S’il est des conférences gesticulées, celle-ci est conférence, confession, plaidoyer, éclats de rire, autant qu’elle est gesticulée, dansée, slamée, rappée, contée, grognée.
Le plateau est presque nu, paré de lumières bleues et d’un pied de micro. Pauline Jambet, fine et vive comédienne, est elle aussi vêtue de bleu, encapuchonnée et velue à souhait. Pas de décor, pas de vidéo, pas de trucage ni d’habillage, c’est la parole et l’imagination qui feront naître lieux et figurants, jungle tropicale, cale de cuirassier, hordes de grands singes ou de journalistes.
Pauline Jambet a le talent des métamorphoses et dans sa silhouette gracile et son sourire lumineux cohabitent éléphante, orang-outang (bleue, ou roux, au besoin), papillon, capitaine de corvette (rôle à accent…), présentatrice tv suave et rappeur à cagoule. Cela dit au minimum, je la soupçonne d’abriter encore bien d’autres êtres, tant elle bondit des uns aux autres l’air de rien.

 

« De banane et de nostalgie »

 

L’orangue-outangue devenue grande tente le voyage de retour vers sa tribu de naissance. Accueillie à coups de latte, elle cherche refuge dans la solitude où, tout compte fait, c’est tranquille mais on s’emmerde. Se nourrir «de banane et de nostalgie », ça rend l’âme poète mais ça ne réjouit pas son simien. Parlant mille langues, « l’orang-outang évidemment, l’humain à cause de sa douleur, la mer à cause des vagues, le cuirassier pour rêver de voyages », la revoilà donc pérégrinant au gré des phobies des uns, des avidités des autres, rencontrant la mère de son grand bleu, la mère du bleu et de la vie, la mère-mer, sauvant sa peau, et son cœur, et nos secrets désirs d’histoires qui finissent bien.

Jean-Michel Rabeux a fait « philo » en son jeune temps, et comme le disait mon ci-devant auguste professeur à la fac, devenu depuis auteur à succès, ce qui est bien la preuve, « la philo mène à tout, il suffit d’en sortir ». Ou, disons plutôt : la philo t’emmène partout… Rabeux nous dit lui-même que « les raisons qui [l’ont] poussé vers la philosophie sont les mêmes que celles qui [l’ont] poussé à faire du théâtre : dire non à un état des choses. » On avait aimé Les Fureurs d’Ostrowsky qu’il avait mitonné avec son complice Gilles Ostrowsky.
On retrouve ici sa verve, sa langue crue et rapide, un appétit vorace pour la vie, un univers où la bienveillance n’est jamais mièvre, une tendresse rageuse pour ses frères humains.

Un conte féroce, gai et doux, à voir entre adultes de 6 à 96 ans qui ont le goût des voyages initiatiques farfelus, où le rire, la farce et la fantaisie mènent la danse.

Marie-Hélène Guérin

 

L’ORANG-OUTAN BLEUE
Spectacle créé le 28 septembre 2020 au LoKal, à Saint-Denis
Texte et mise en scène Jean-Michel Rabeux
Avec Pauline Jambet
Assistant mise en scène Vincent Brunol | Lumières Jean-Claude Fonkenel | Costumes Sophie Hampe

A découvrir actuellement en tournée :
En mars
• Au Théâtre La Passerelle, Gap
du 14 au 18 mars 2022
www.theatre-la-passerelle.eu
• A L’Agora, Billière (64)
Les 24 et 25 mars 2022
agora-asso.com
En avril
• Au Théâtre de Nîmes
du 5 au 7 avril 2022
theatredenimes.com

Songe à la douceur : shoot de bonheur

Dès son titre, le spectacle musical Songe à la douceur, adapté du roman jeunesse de Clémentine Beauvais et mis en scène par Justine Heynemann, nous fait la promesse d’un voyage vers un pays où rêver d’absolu et d’horizons enchantés. Ici, ce pays prend les contours de l’adolescence et c’est au rythme de chansons survitaminées, interprétées au clavier, à la batterie et à la guitare électrique, que l’histoire de Tatiana, Eugène, Olga et Lenski se dessine.

En narratrice – slash – commentatrice – slash – Madame Loyal – slash – main du destin, Rachel Arditi, toute en charme et facétie, mène la danse de ce ballet musical où, comme dans le poème de Baudelaire, il est question d’« aimer et de mourir », mais aussi de jeunesse, de commencement, de fuite, d’amitié, de perte et d’idéal. Traversé de références à la littérature, Songe à la douceur est avant tout une réinterprétation libre du roman Eugène Onéguine, de Pouchkine : à 14 ans, Tatiana tombe amoureuse du ténébreux et flegmatique Eugène, 17 ans. Dans un décor de grandes fleurs bleues et de carrés de pelouse surélevés, les temporalités se mélangent. A l’adolescence, Eugène rejette Tatiana. Dix ans plus tard, leurs chemins se recroisent et les dés de leur histoire amoureuse sont relancés.

Frais, vif, Songe à la douceur est un petit shoot de bonheur et de fantaisie, qu’infusent de belles lumières ouatées et des pluies de paillettes bleutées. La question de l’amour croise celle de l’absolu, sans jamais se départir d’un regard tendre et malicieux sur les personnages et l’histoire racontée, comme lors du récit de l’éveil sensuel de Tatiana : le torse d’Eugène entraperçu inopinément lors d’un pull relevé un peu trop vite et c’est toute la narration qui s’emballe, dans un jeu de ralenti et de commentaires troublés de Tatiana, sur la promesse contenue dans cette vision. Drôlerie et sensibilité s’entremêlent ainsi tout au long du spectacle, sans éluder pour autant les moments plus graves ; le récit des tourments ou des tragédies qui peuvent traverser des vies liées les unes aux autres. Les comédiens, qui se font tour à tour musiciens et chanteurs, nous embarquent du début à la fin du spectacle. Une parenthèse de douceur, donc, dans un pays qui nous ressemble.

Constance Trautsolt

SONGE À LA DOUCEUR
Au Théâtre Paris-Villette
D’après le roman de Clémentine Beauvais Songe à la douceur (éditions Sarbacane) / musique Manuel Peskine / livret Rachel Arditi, Clémentine Beauvais, Justine Heynemann / mise en scène Justine Heynemann / assistante à la mise en scène Stéphanie Froeliger / avec Manika Auxire ou Lucie Brunet, Rachel Arditi, Elisa Erka ou Charlotte Avias, Thomas Gendronneau, Manuel Peskine, Benjamin Siksou / scénographie Marie Hervé / costumes Madeleine Lhopitallier / lumières Aleth Depeyre / chorégraphie Alexandra Trovato / © Cindy Doutres

À voir bientôt en tournée :
Mardi 15 MARS 2022 Théâtre André Malraux, Rueil Malmaison (92)
Jeudi 21 AVRIL 2022 Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt (92)

L’Oiseau bleu : Rêver et rire.

Petite leçon de liberté que ce conte de Maeterlinck pour les enfants émerveillés par le jeu très expressif des deux comédiennes que sont Fiona Levy et Cécile Coves.
L’Oiseau bleu rappelle aux enfants qu’en rêvant, on peut s’évader et inventer tout un monde, à cueillir parfois tout près de chez soi, à la recherche d’une perle, en l’occurrence un oiseau bleu, un oiseau rare. Cependant, on pourra quand même s’interroger sur la morale de l’histoire, puisque ce fameux oiseau bleu finira ses jours dans une cage, ce qui s’oppose à toute idée de liberté, et d’ailleurs, un de ses congénères n’aura pas supporté l’enfermement et aura préféré déserter la vie.
Mais là n’est pas vraiment la question, la grande réussite de ce spectacle n’est pas le texte de Maeterlinck, mais les trouvailles de jeux et de mise en scène sans cesse renouvelées, avec des moyens de peu, où beaucoup est suggéré faisant appel au don d’imagination des enfants qui s’engouffrent très vite dans l’effort inconscient auquel ce spectacle les invite.

La magie est au rendez-vous. Des arbres s’animent à travers les corps. D’un parapluie découle une forêt. Des dialogues de bêtes (qui pourraient rappeler ceux de Colette, il faut dire que ces deux-là, Maeterlinck et Colette, écrivent à la même époque) ponctuent l’ensemble par l’entremise d’une chatte et d’un chien qui accompagnent leur maîtresse Tyltyl dans cette aventure onirique. Un pain d’épice couard se déplace comme un culbuto. Autant de trouvailles qui ravissent petits et grands.
Les comédiennes endossent tour à tour tous les rôles, sans transition, avec un naturel sans fractures et les enfants rebondissent d’un personnage à un autre sans jamais se perdre.
Ce qui est certain, c’est que la magie du spectacle opère de bout en bout et embarque les enfants dès les premières minutes, dès 4 ans, voire même plus tôt, dans ce récit qui se veut finalement transgressif et qui renvoie les jeunes spectateurs à leur limite et à leur peur.
« On l’ouvre la porte ? » dira la fée. Et à un petit spectateur de répondre avec détermination « Non, on l’ouvre pas ! » Et pourtant, elle sera ouverte cette porte…
Peut-être qu’avant 4 ans, le spectacle peut faire un peu peur, mais la bienveillance des comédiennes et leur symbiose avec le public ne laisse personne à la traîne et même les plus petits sont repêchés au gré de l’histoire qui se déroule sous leurs yeux ébahis et leurs rires de bon cœur.
Parents ! Courrez voir L’Oiseau bleu avec vos enfants.

Isabelle Buisson

 

L’OISEAU BLEU
Au Théâtre Les Déchargeurs jusqu’au 15 décembre
Par les Compagnies Camélia et Poupées Russes
Un conte d’après l’œuvre de Maurice Maeterlinck
Adaptation Lucie Contet et Cécile Coves
Mise en scène Salomé Elhadad Ramon
Avec Cécile Coves et Fiona Lévy
Lumières Eliah Ramon
Décors, costumes Cie Poupées Russes et Cie Camélia
Crédit / photos du spectacle Jean Achard

20000 bulles sous les mers : une pétillante fantaisie maritime pour écolos en herbe !

De doux flonflons un brin nostalgiques, cousins de René Aubry ou Yann Tiersen, nous accueillent dans la petite et coquette salle du Funambule.
Bottés de caoutchouc et vêtus de rayures marins en vrais p’tits titis bretons, Plick et Plock, deux marins pêcheurs impatients jouent en vain de la canne à pêche. Leurs mimiques et burlesqueries amusent d’emblée les plus petits, qui sans compassion aucune se bidonnent aux grondements des estomacs vides pleurant pitance ! Plus rien à s’mettre sous la dent, et c’est pas la vieille godasse qu’on remonte finalement du fond des eaux qui va améliorer le dîner…
Les deux marins pêcheurs privés de poisson prennent le mors aux dents et décident de partir en quête du plus gros mammifère des océans : la baleine.
 

Les voilà embarqués dans une aventure pleine de rebondissements, qui les fera rencontrer une Toute-petite-sirène, César le Homard, de gracieuses méduses et autres espadons-pirates, tout coincés dans la même galère, le ventre d’une baleine qui a bien du mal à digérer les monceaux de détritus qui se sont entassés dans son estomac, la faute aux humains pas bien soigneux de la mer de leur planète-mère.

Airs du répertoire traditionnel comme Pique la baleine ou Les Trois Marins de Groix et morceaux originaux rythment le spectacle et ponctuent l’action, très joliment interprétés par Eva Dumont, et Serge Ayala, tous deux aussi comédiens alertes et délicats que clowns farfelus.

Le décor de bric et de broc est malin et charmant, astucieusement modulables à vue et au gré de l’histoire par les deux comédiens, un banc retourné sur un demi-bidon se métamorphose en bateau, une voile en baleine…
 

Il y a du merveilleux dans cette « fable écologique »; on y crée tout un bestiaire incroyablement poétique avec mille babioles des placards de la cuisine recyclées en marionnettes « low tech » dont les enfants (et parents) curieux découvriront les secrets de fabrication après le spectacle lors d’un « bord de scène » (très apprécié des spectateurs), et on y invente de joyeuses solidarités trans-espèces.
C’est plein de fraîcheur, tendre, cocasse et pertinent. La pédagogie se fait avec le sourire, sans être anxiogène mais sans mièvrerie.
Une bien jolie façon de stimuler l’imaginaire et la conscience écologique des minots, avec fantaisie et malice.
 

Marie-Hélène Guérin

 

20000 BULLES SOUS LES MERS
Au Théâtre Le Funambule jusqu’au 28 novembre
Un spectacle de la compagnie L’Oiseau Lune
Texte et mise en scène Serge Ayala et Eva Dumont
Avec Serge Ayala et Eva Dumont, en alternance avec Alix Mercier
Durée 45 minutes
Pour jeune et moins jeune public, dès 3 ans

L’Odyssée de Pix : Un univers de jeu vidéo mêlé à celui du conte médiéval

Ce n’est pas toujours facile de porter un regard critique sur un spectacle destiné aux enfants, on trouve ça souvent infantilisant, mièvre, voire débile, mais là, avec L’Odyssée de Pix, rien dans ce goût-là, que du bonheur, de la joie, du rire et de l’émerveillement.
C’est surtout ma fille de 7 ans qui a pris du plaisir à ce spectacle. De bout en bout, je l’ai entendue rire aux éclats. Elle qui ne voulait plus aller au théâtre depuis quelques temps, la voilà enfin réconciliée avec le théâtre. « Maman, on retournera voir cette pièce ! ? », voilà ses mots lorsque je lui ai demandé si elle avait aimé ce spectacle.

Un adolescent traîne dans le grenier de ses parents et découvre un objet devenu obsolète, une cassette de jeu vidéo. Curieux, il en ouvre la jaquette et apparait alors le héros de l’histoire, en chair et en os face à lui. Ce dernier va l’entraîner dans une quête faite de défis à relever ayant pour but de délivrer une princesse, même si ce héros ne sait pas ce qu’est une princesse.
Ma fille, encore une fois, lorsque je lui ai annoncé le pitch, a eu un temps d’arrêt et m’a dit « Je me demande bien comment ils vont pouvoir montrer ça au théâtre » Et c’est là encore toute la magie du théâtre à l’œuvre. Avec les moyens du théâtre, des sons, de la lumière et des galipettes, la crédibilité des scènes qui nous sont montrées n’a rien de contrefait et on est vite embarqué par l’atmosphère. Les trouvailles de mise en scène fonctionnent très bien et nous plonge dans l’univers du jeu vidéo mêlé à celui du conte médiéval, le tout rehaussé par des costumes soignés et bien sûr par une performance de jeu, d’acrobaties et de chants des comédiens.

En outre, il faut souligner la qualité d’écriture de L’Odyssée de Pix. Le vocabulaire varié et riche tire les enfants vers le haut et ne les infantilise pas du tout.
Un spectacle à voir en famille pour les petits comme pour les grands.

Isabelle Buisson

 

L’ODYSSÉE DE PIX
D’Adrien Deschamps et Henri Haubertin
Mise en scène Sandrine Gauvin
Avec Adrien Deschamps et Henri Haubertin
A la Comédie Nation,
du 1er septembre au 2 octobre : les mercredis à 14h et les samedis à 14h30
du 9 au 23 octobre : les mercredis à 14h et les samedis à 10h30
les 28-29-30 octobre et 4-5-6 novembre à 10h30.

Mon premier festival d’opéra au Comique : Gretel et Hansel offre au jeune public ses premiers émois lyriques

Depuis sa réouverture au printemps 2017, l’Opéra-Comique peut se vanter d’avoir su trouver sa place au sein du paysage lyrique parisien. Tant dans sa programmation que dans sa communication, cette illustre institution, qui a souvent œuvré à l’ombre de Garnier notamment, ose, propose et innove dans un genre qui paraissait figé, dépassé et en décalage avec le foisonnement et la créativité de la scène parisienne. Véritable électron libre, cet opéra de poche accueille son public, comme à la maison, dans son écrin doré, avec une simplicité appréciable, sans pour autant renier le faste du lieu et l’exigence artistique liée à son histoire.

Avec Mon Premier festival d’opéra, l’Opéra-Comique s’adresse au jeune public, souvent considéré, mais sans raison véritable, comme peu concerné par l’art lyrique. Tout le mois de février, les enfants sont conviés à occuper les fauteuils rouges de la vénérable institution et à assister à une série de propositions artistiques qui leur sont dédiées. L’objectif est à la fois pédagogique puisqu’il vise à faire connaître l’univers opératique dans toutes ses dimensions, la musique, le chant, le jeu, la danse, mais également à communiquer sur de formidables initiatives, notamment la merveilleuse Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique. Ce sont d’ailleurs ces jeunes chanteurs, de 10 à 25 ans, qui sont mis dans la lumière à l’occasion de cette manifestation.

Gretel et Hansel est une adaptation de l’œuvre célèbre d’Engelbert Humperdinck, Hänsel und Gretel. Le fameux conte allemand est entièrement interprété par les jeunes chanteurs aguerris à la scène, donnant un air de kermesse de fin d’année haut-de-gamme à la superbe salle. Quel plaisir de voir les petites têtes blondes courir dans le foyer, où un atelier de respiration et d’exercices vocaux est proposé, se pencher aux balcons pour admirer la foule au parterre, et d’entendre les cris et les rires des familles réunies pour une sortie exceptionnelle.
Sarah Koné, créatrice et directrice de la Maîtrise Populaire, assure la direction musicale et la mise en scène de cet ambitieux projet. À la tête d’un orchestre réduit, elle dirige du bout de sa baguette de jeunes enfants et adolescents encore en apprentissage.

L’opéra jeune public ne rime pas avec économie de moyen, au contraire ! Ici, une large distribution évolue sur les planches dans une très belle scénographie, monumentale et poétique, à l’image de ces légères feuilles d’automne doucement déversées sur les jeunes danseurs pleins d’entrain. Les costumes traditionnels et féeriques reprennent les codes de l’imaginaire enfantin des contes d’Europe de l’Est. La partition est audacieuse et permet de découvrir de belles voix en devenir.

La joie d’être sur scène, ensemble, le travail acharné, l’investissement et l’énergie de ces jeunes artistes nous font oublier les quelques faiblesses vocales et maladresses scéniques. Nous ne sommes pas ici pour juger mais pour se réjouir de voir éclore, en communion, une nouvelle génération de chanteurs et de spectateurs.
Un tonnerre d’applaudissement vient finalement conclure cette soirée remarquable. À n’en pas douter, ce spectacle ravive la foi dans le théâtre, vecteur d’expériences fortes et fondatrices dès le plus jeune âge. Vivat !

Alban Wal de Tarlé

GRETEL ET HANSEL
Opéra-Comique du 9 au 11 février 2019
D’après l’opéra d’Engelbert Humperdinck
Adaptation française d’Henri-Alexis Baatsch et Sergio Menozzi 

Photos : © Stefan Brion