Des gens bien, avec Miou-Miou

Des gens bien : le prototype même du spectacle « sympatoche »

Spectacle vu au Théâtre Hébertot le 22 avril 2015
A l’affiche jusqu’au 31 mai 2015 à Paris, puis en tournée 
Adaptation française par Gérald Aubert de « Good People », la pièce de David Lindsay-Abaire
Mise en scène : Anne Bourgeois

Une distribution sans faute, une Miou-Miou que l’on a plaisir à retrouver sur scène, une pièce plus qu’honorable : pas de quoi bouder son plaisir. 

J’avais lu beaucoup de très bonnes critiques sur ce spectacle à l’affiche du théâtre Hébertot depuis trois mois. Cela me semblait même un peu « suspect » : se serait-on risquer à « descendre en flèche » le retour de Miou-Miou au théâtre ?… Alors je suis allée me faire mon idée.

Nous sommes dans la banlieue de Boston – celle des gens bien dont parle la pièce : ils y habitent depuis leur naissance. Ces gens bien : ce sont Margie incarnée par Miou-Miou et ses amies d’enfance. Sans compagnon, sans boulot, sans argent, elles se serrent les coudes et tentent de survivre.

Et puis un jour, Margie croise la route d’un ancien amoureux. Lui aussi habitait les quartiers pauvres, lui aussi a connu une enfance difficile. Mais il est devenu médecin, a épousé une diplômée de Harvard et s’est installé dans une superbe maison des quartiers chics de la ville. Que va-t-il ressortir de ces retrouvailles ?

Miou-Miou est touchante dans ce rôle de « mère courage », tellement crédible qu’on a envie de la serrer dans ses bras. Ses partenaires sont très justes également. Mention spéciale à Brigitte Catillon, irrésistible en grande gueule sans concession. La mise en scène d’Anne Bourgeois n’est pas révolutionnaire mais très efficace.
Malgré quelques longueurs, voici donc un spectacle « sympatoche ». Selon l’expression favorite de Pierre Murat au Masque et la Plume. Sympatoche n’est pas péjoratif. Sympatoche comme un spectacle tout à fait honorable. Sympatoche pour signifier : qui ne se prend pas au sérieux. Sympatoche comme un succès qui continue d’attirer les foules, et c’est tant mieux !

Il vous reste un petit mois pour aller applaudir Miou-Miou et ses partenaires au Théâtre Hébertot. Et pour les provinciaux, la tournée se prépare…

1 – La pièce qui fut un gros succès à Broadway offre une réflexion cynique sur la condition humaine.
2 – Brigitte Catillon est tellement drôle : chacune de ses apparitions est un bonheur pour le spectateur.
3 – Miou-Miou est une comédienne qu’on a plaisir à retrouver dans ce rôle d’une « fille bien » : je lui prédis le Molière de la meilleure comédienne demain soir !…

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Emma mort, même pas peur

Emma, la Clown philosophe

Spectacle vu au Théâtre 71 de Malakoff le 16 avril 2015
Actuellement en tournée (dates sur le site emmalaclown.com)
Spectacle écrit et interprété par Meriem Menant dans une mise en scène de Kristin Hestad

© Pascal Gély

« Alors moi je demande une question : comment on sait qu’on est mort. Et qu’on n’est pas en train de dormir par exemple. » (signé : Emma)

Vous connaissez Emma la Clown ? Peut-être pas encore, et pourtant cela fait près de vingt ans qu’elle traîne son nez rouge sur les scènes de théâtre nationales. Originaire de Bretagne, elle écrit et interprète des spectacles sur des thèmes qui pourraient sembler austères, voire abscons. Elle a l’art de les rendre à la fois accessibles et drôles, de nous faire réfléchir et rire. De nous faire nous évader et nous questionner en même temps. Emma est une clown magicienne.

J’avais assisté l’an passé à sa Conférence sur l’Amour, un spectacle où elle tente de répondre, avec Catherine Dolto, à cette question plutôt vaste : « Au fond, c’est quoi l’Amour ? »… J’y étais allée avec ma fille, pré-ado et déjà amoureuse : succès garanti. Emma s’adresse à tous les publics. Emma est une clown universelle.

La semaine dernière, j’ai découvert un autre de ses spectacles dont j’avais beaucoup entendu parler. Emma, seule en scène cette fois-ci, s’attaque au sujet le plus grave, le plus dur, le plus effrayant…Emma nous parle de la Mort. De notre propre mort. A travers la sienne, qu’elle met en scène. Quel gageure de faire se gondoler une salle comble, constituée pour partie de jeunes relativement dissipés, à partir d’un thème aussi « plombant ». Emma est une clown ultra sensible.

On sort de la salle et on réalise que têtes de mort, cercueil, faux, testament, ossements, nous ont fait rire aux larmes. Et finalement on se dit : elle a raison Emma, il faut vivre plutôt que d’avoir peur de mourir… Et surtout il faut rire. Emma est avant tout une clown philosophe.

Pour découvrir ou redécouvrir Emma la clown, commencez par ce spectacle Emma mort, tellement fort sur l’unique chose que nous avons tous en commun finalement…

1 – Emma a choisi de s’associer à la metteur en scène Kristin Hestad, aussi intelligente qu’elle. Ensemble, elles ont fabriqué  un petit bijou.
2 – Ce spectacle est de ceux que l’on a envie de revoir, et de faire découvrir à ses proches, aux personnes que l’on aime.
3 – A tout le monde en fait : tout le monde devrait avoir la chance d’être rassuré par Emma sur sa propre mort

INTERVIEW

 

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Reprise de Lucrèce Borgia à la Comédie-Française : à voir absolument!

Lucrèce Borgia

Spectacle vu le 14 avril 2015
Jusqu’au 19 juillet Salle Richelieu de la Comédie-Française
Mise en scène : Denis Podalydès

© Christophe Raynaud de Lage

Si l’on accepte la démesure et l’excès contenus dans le texte de Victor Hugo, on se laisse totalement embarquer dans la tragédie incestueuse qu’il nous conte…

Le décor est magnifique, magique : il nous transporte à Venise en l’espace de dix secondes.
L’ambiance est pesante, dès le début de la pièce. On pressent les crimes qui vont se succéder. On imagine déjà les trahisons, les larmes, les poignards, le poison, le sang, la vengeance. Et puis très vite, elle est là. On a l’impression qu’elle flotte, qu’elle vole au-dessus de la mer. Comme sortie d’un songe. Lucrèce Borgia est Guillaume Gallienne. Guillaume Gallienne est Lucrèce. Tout simplement. Sans autre artifice que sa robe de bal signée Christian Lacroix, il/elle nous entraîne dans les sentiments les plus purs comme les plus monstrueux.

Lucrèce Borgia tremble d’amour pour Gennaro, jeune capitaine interprété par la talentueuse Suliane Brahim – même si le travestissement fonctionne beaucoup moins bien qu’avec Guillaume Gallienne. Le spectateur comprend dès le premier acte qu’il s’agit d’un amour maternel. Car Gennaro est le fils incestueux de Lucrèce et de son frère Jean. Lequel Jean Borgia vient d’être assassiné par son autre frère César parce qu’ils étaient amoureux de la même femme. Cette femme n’étant autre que Lucrèce…

Lucrèce aime donc Gennaro comme une mère aime son enfant. Mais si nous, spectateurs, comprenons l’allusion à cet amour filial, son mari, le Duc Alphonse d’Este, terriblement jaloux, voit en Gennaro un amant de sa femme. Un de plus, un de trop qu’il décide de faire tuer. La scène entre Guillaume Gallienne / Lucrèce et Thierry Hancisse / Don Alphonse est d’anthologie. Lucrèce tente tout ce qui est en son pouvoir pour sauver son fils de la mort, mais  son mari la force à empoisonner elle-même Gennaro. La tragédie classique n’est pas très loin…

Dans sa note d’intention, Denis Podalydès évoque les écrits d’Antoine Vitez à l’attention de ses acteurs qui créèrent la pièce à Avignon en 1985 : « N’ayez jamais peur d’en faire trop ». On assiste effectivement à un théâtre tout en exagération, en excès, en sublime.

Si vous acceptez ce principe de départ que la pièce de Hugo est un drame romantique, avec tout ce que cela peut impliquer d’excessif, voire de « grotesque », vous serez sans doute conquis :

1 – Vous découvrirez une Lucrèce Borgia emprisonnée dans le corps d’homme d’un Guillaume Gallienne une fois de plus époustouflant.
2 – Vous saluerez en Denis Podalydès un metteur en scène qui a le sens du sublime et de la délicatesse.
3 – Vous ressortirez de la salle comme d’un voyage dans le temps, dans l’espace, dans l’ignoble et le sublime.

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Orlando ou l’impatience

A la manière d’un conte pour enfants

Spectacle vu à sa création au Festival d’Avignon en juillet 2014
Actuellement en tournée, du 8 au 18 avril au Théâtre de la Ville
Auteur et metteur en scène : Olivier Py

© Christophe Raynaud de Lage

Dans cette nouvelle création d’Olivier Py, on s’amuse à chercher les différentes clés et on retrouve son âme d’enfant…

D’Olivier Py, je n’avais vu que ses pièces pour enfants inspirées des Frères Grimm. Notamment « La Vraie Fiancée » ou « La Jeune fille, le Diable et le Moulin ». J’avais été emballée, mes enfants aussi. L’été dernier j’ai découvert à la FabricA sa toute dernière création, « Orlando ou l’impatience », création dont la tournée passe actuellement par le Théâtre de la Ville.

Que me reste-t-il de ce spectacle, 9 mois plus tard ? Le « pitch » d’abord, assez simple, comme le sont les contes pour enfants. La mère d’Orlando lui donne des pistes pour trouver son père. Autant de pistes que de pères possibles. Une piste par acte. Chacune de ces pistes, chacun de ces pères possibles est aussi un théâtre et une philosophie de vie. Il me reste de cette quête de 3h30 des souvenirs épars et plutôt agréables.

Je me souviens des décors impressionnants sur l’immense plateau de ce nouveau lieu d’Avignon qu’est la FabricA.
Je me souviens d’un Jean-Damien Barbin irrésistible dans tous ses personnages : professeur de diction fou, directeur de cabinet fou, apnéiste fou, 
ostéopathe fou, affirmatologue fou, troueur fou, milliardaire fou et théâtreux fou.
Je me souviens de quelques scènes graveleuses, car il y en a toujours chez Olivier Py.
Je me souviens d’une Mireille Herbstmeyer magistrale dans le rôle de la grande actrice qu’est la mère d’Orlando.

Je me souviens de cet éternel recommencement, à chaque début d’acte.
Je me souviens d’avoir eu l’impression de plonger dans une sorte de conte pour enfants.
A la manière de Hansel et Gretel qui partent à la recherche de leurs parents.
A la manière de Peau d’Ane dont les robes changent de couleur, tout comme les costumes de la mère d’Orlando.
A la manière, surtout, des histoires les plus magiques : celles qui vous marquent, celles que vous gardez en mémoire, comme les légendes de votre enfance.

Amateurs d’Olivier Py, vous serez sans doute touchés par sa nouvelle création 

1 – Vous y retrouverez une partie de sa tribu de comédiens, notamment les excellents Mireille Herbstermeyer  et Jean-Damien Barbin.
2 – Vous ne pourrez vous empêcher de chercher les multiples clés et références glissées dans ce spectacle.
3 – Vous y retrouverez votre âme d’enfant, car Olivier Py a fabriqué ici son propre conte.

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Toujours la Tempête

Des origines de Peter Handke…

Vu le 2 avril 2015 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe
Actuellement en tournée, jusqu’au 26 septembre 2015
Mise en scène : Alain Françon

© Michel Cobra

Dans ce spectacle hypnotique, il est question de langue, de pays de naissance, de mémoire collective et finalement de la place de chacun sur Terre…

Qui est Peter Handke ? D’où vient-il ? Quelle est son histoire ? Son spectacle « Toujours la Tempête » écrit en 2012 répond en partie à ces questions. A travers l’histoire de son héros, qui n’est autre que Peter Handke lui-même. Le personnage incarné par un Laurent Stocker éblouissant ne s’appelle-t-il pas « Moi »?… Moi est né Slovène. Il est né à l’aube de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de ce pays. Celle de la seconde guerre mondiale, qui vit des milliers de Slovènes de Carinthie encerclés par l’Allemagne ennemie. C’est en grande partie de cela qu’il est question dans ce spectacle : de l’appartenance à une patrie. On y parle beaucoup de langue commune, de place, de territoire, de références, de mémoire collective… Comment ne pas entendre la résonance de ce texte avec l’actualité qui nous entoure ?

Laurent Stocker est prodigieux, magistral de retenue, définitivement un immense comédien. Alain Françon lui a offert une famille exceptionnelle : Pierre-Félix Gravière et Stanislas Stanic sont ses frères, Nada Strancar et Wladimir Yordanoff ses grands-parents, Dominique Valadié sa tante « Snezena » et Gilles Privat son oncle « Jonathan ». Et puis, surtout, il y a Dominique Reymond qui interprète sa mère. Cette comédienne est tellement douée que j’ai ressenti une légère frustration de ne pas la voir réapparaître dans la seconde partie du spectacle!

Ce sentiment de frustration, je l’ai éprouvé aussi au moment des saluts. Tous les spectateurs l’ont éprouvé, lorsque la lumière s’est rallumée, donnant le signal de vider les lieux. Eh oui, nous étions frustrés! Frustrés dans notre élan d’applaudissements, frustrés de n’avoir pas assez remercié les comédiens et le metteur en scène de cette incroyable mise en abyme.

Trois raisons de guetter le passage près de chez vous de la tournée de Toujours la Tempête 

1 – Pour le texte de Peter Handke, foisonnant, riche, dense, philosophique, et tellement contemporain.
2 – Pour la mise en scène tout en délicatesse d’Alain Françon, l’un des « maestro » français.
3 – Pour Laurent Stocker – l’un de mes chouchous du Français!… – qui tient la scène de la première à la dernière note.

 

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Les larmes amères de Petra Von Kant

Beaucoup d’hystérie, très peu d’émotion…

Vu le 12 mars 2015
Actuellement au Théâtre de l’Oeuvre
Mise en scène : Thierry de Perretti

 

Copyright : Huma Rosentalski

 

Comment réduire une pièce sur une passion dévorante et destructrice à une banale histoire de sexe ? Thierry de Peretti y parvient à merveille, laissant le spectateur sur sa faim.

Je n’aurais probablement pas eu l’idée d’aller voir « Les larmes amères de Petra Von Kant » si je ne l’avais pas montée l’année dernière dans le cadre de mes activités « extra-professionnelles »…
Je la connais bien cette histoire entre Petra, créatrice de mode mondialement connue, et Karine, la jeune fille qu’elle décide de prendre sous son aile par amour. Un amour né d’un véritable coup de foudre. Un seul regard de Petra sur Karine suffit à la rendre totalement esclave de cette dernière. Je pense que c’est ce qu’a voulu raconter Fassbinder. C’est d’ailleurs ce que l’on voyait dans son film sorti en 1972.

De cette période seventies, Peretti a reproduit un décor et des costumes mi-kitsch, mi-hippies.
Mais du texte il n’a pas su tirer la « substantifique moelle ». Il est passé totalement à côté de ce coup de foudre dont je parlais. A côté de ce premier regard, celui qui vous fait battre le cœur, de la tête jusque dans l’estomac. Ce regard qui vous embarque dans une histoire d’amour à mort.
Le metteur en scène a préféré mettre le paquet sur quelques scènes sulfureuses entre Petra et Karine. Poussant le vice jusqu’à inclure Marlène dans une sorte de ménage à trois. Quelle erreur d’interprétation de la pièce! Car Marlène est aussi folle d’amour pour Petra que Petra est folle d’amour pour Karine.
Mais comme aucune émotion ne se dégage jamais, on ne croit ni à l’une ni à l’autre de ces deux histoires d’amour. Et cette fois-ci c’est nous, spectateurs, qui passons à côté…

Valéria Bruni Tedeschi campe une Petra totalement hystérique qui devient lassante à force de hurler durant les deux heures que dure la pièce. Aucune nuance dans son jeu -sans doute la faute du metteur en scène, une fois encore. Il la réduit à une quadra fumant, embrassant goulûment Karine, hurlant, vidant verre sur verre et bouteille sur bouteille… Elle se saoûle,  et le public avec…

Pour une fois, j’aurais du mal à vous donner trois raisons d’aller voir cette très mauvaise mise en scène  

 

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André

Dans la peau d’André Agassi

Vu pour la première fois à Avignon en juillet 2013
Au Rond-Point / Carreau du Temple jusqu’au 20 mars 2015
Un projet de Marie Rémond

 

 

« Quand une talentueuse auteure, metteuse en scène et interprète se glisse dans la peau de l’un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps… »

Petit conseil à mes amis lecteurs qui n’auraient pas encore vu André et qui ne connaîtraient rien au sujet de la pièce : vous en avez déjà trop lu!
Courez voir ce spectacle au Carreau du Temple à Paris, ou en tournée, avant de reprendre votre lecture…
Car si « l’effet de surprise » est plus ou moins marquant selon les spectacles, il est ici presque essentiel.

J’espère donc m’adresser à vous, lecteurs qui avez eu comme moi la chance d’assister à ce projet assez hors du commun. Un projet né dans la tête de Marie Remond. Marie Remond qui en plus d’être une formidable comédienne a une très jolie plume. Elle a aussi deux camarades de promotion du Théâtre National de Strasbourg : Sébastien Pouderoux (désormais pensionnaire à la Comédie-Française) et Clément Bresson. Sur une idée de Marie, tous trois ont travaillé « au plateau » pour créer « leur propre « André », empreint de leurs sensibilités, de leur humour, de leurs interrogations ».

Qui est ce fameux André? André Agassi, surnommé « le Kid de Las Vegas » l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération. Vous le connaissez tous, vous gardez sans doute en mémoire ses coups droits, son revers à deux mains, sa coupe de cheveux, ses shorts bariolés, son mariage ultra-médiatisé avec Brook Shields…

André, c’est aussi… Marie Rémond. Elle est juste… dingue! Du haut de son mètre soixante, elle parvient à se glisser dans le costume et sous la perruque d’Agassi avec une aisance inouïe. Et surtout : elle nous communique le mal-être de ce champion mondial de tennis qui détestait par-dessus tout…le tennis.

Pour donner la réplique à Marie et incarner aussi bien le père, le frère, le coach, la fiancée, la femme d’Agassi : deux comédiens ont remplacé les camarades de promo de Marie Rémond. Jamais simple de reprendre un rôle qui a été créé « sur mesure ». Christophe Garcia et Laurent Ménoret s’en sortent à merveille.

André : après le Carreau du Temple, une dernière mini tournée et puis c’est fini? Quel dommage!…

1 – Si vous ne savez pas encore à quel point André Agassi a souffert d’être l’un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps…
2 – Marie Remond est une artiste accomplie, aussi douée de sa plume que sur une scène de théâtre.
3 – Parce que « les gens qui doutent » sont toujours plus fascinants, émouvants, attachants…

 

INTERVIEW


Cliquer pour consulter l’interview de Marie Rémond par Nelson Monfort

 

 

Le Songe d’une nuit d’été

Le Songe d’une nuit d’été, dernière mise en scène de Muriel Mayette-Holtz au Français

Vu le 7 mars 2015
Jusqu’au 15 juin 2015 à la Comédie-Française – Salle Richelieu
Mise en scène : Muriel Mayette

 

Copyright : Christophe Raynaud de Lage

 

« Pour sa dernière mise en scène en tant qu’administratrice de la Comédie Française, Muriel Mayette-Holtz nous livre une version plutôt loufoque de la pièce de Shakespeare »

Un bon test pour juger de la pertinence d’une mise en scène d’un auteur mort il y a plus de 600 ans : y emmener des enfants, des pré-ados qui n’ont encore jamais vu de pièce de ce cher William…
Je l’ai fait, ce test, pas plus tard que la semaine dernière, et je vous assure qu’il a été concluant!

Tout d’abord parce que les comédiens sont, comme toujours au Français, excellents, quelque soit la « tribu » à laquelle ils appartiennent.
Première « tribu » : celle de la Cour (Michel Vuillermoz/Thésée qui s’apprête à épouser Julie Sicard/Hippolyta) et des amoureux. Rappelons qu’au début de la pièce Hermia/Suliane Brahim aime Lysandre/Sébastien Pouderoux mais doit épouser Démétrius/Noam Morgensztern, lequel Démétrius est aimé d’Hélène/Adeline d’Hermy. Vous avez suivi? Parce qu’ensuite, ça se complique! Cette « tribu » nous émeut, nous fait rire, et se trouve parfois très proche de nous, public, par des effets de mise en scène plutôt réussis.
La deuxième « tribu », celle des Elfes est plus monstrueuse que féérique. Aucun doute : les trolls ont bien l’air de trolls. Ils sont poilus, velus, tordus, ventrus, crochus, couillus, et…nous font pleurer de rire!… Mention spéciale à Christian Hecq/Obéron sorti tout droit d’un cartoon et à Louis Arène/Puck aussi gracieux que talentueux.
La troisième « tribu » est ma préférée : celle d’une troupe de saltimbanques dirigée par un drôlissime Lecoing/Stéphane Varupenne qui répète dans la forêt des Elfes une pièce pour les noces de Thésée.

Le génie de Shakespeare est de faire s’entrecroiser ces trois tribus dans des aventures « rocambolo-romanesques ».
La force de Muriel Mayette-Holtz est d’avoir monté un spectacle très « resserré », sans aucun temps mort.
Un spectacle qui nous fait passer du rire aux larmes, de la surprise à l’émotion.
Un Shakespeare accessible à tous, même aux plus jeunes.

Prenez vos places pour ce Songe à la Comédie Française

1 – Vous n’avez peut-être jamais autant ri pour cette pièce de Shaekespeare.
2 – La mise en scène, sans être totalement innovante, réserve quelques surprises plutôt sympathiques.
3 – Pas de meilleur choix pour faire découvrir ce cher William à vos têtes blondes!

 

Grégori Baquet : la force d’un obus

Un obus dans le coeur

Vu au Théâtre des Déchargeurs le 17 avril 2014
Reprise aux Déchargeurs du 12 janvier au 20 avril 2015 et tous les soirs du mois de juin à 19h30
Festival OFF d’Avignon 2015 (4-26 juillet) au Théâtre du Balcon à 12h30
Mise en scène : Catherine Cohen

 

Copyright : iFou pour le Pôlemedia

« Quand Catherine Cohen dirige Grégori Baquet dans le formidable seul en scène de Wajdi Mouawad, on en prend forcément plein le coeur… »

Je suis une fan inconditionnelle du théâtre de Wajdi Mouawad. Surtout de ses premières pièces. Celles qui racontent la guerre, sa guerre : la guerre du Liban. Sa trilogie « Littoral – Incendies – Forêts » constitue une épopée qui a été jouée sur bon nombre de scènes nationales. J’ai découvert cet auteur par la lecture d’Incendies, à l’époque où je cherchais des textes pour ma troupe de théâtre amateur. Quel choc!

Ce thème de la guerre qui était traité dans Incendies, on le retrouve dans ce seul en scène. Les mêmes images d’horreur, les mêmes scènes de cauchemar. Et puis ce thème cher à l’auteur : la mort de la mère. Son absence, son silence, son évanouissement progressif, sa disparition brutale.

Catherine Cohen a choisi Grégori Baquet pour incarner « les démons de Mouawad ». Comme elle a bien fait!
Seul face à nous, pendant une heure et quart, il nous fait vivre cette guerre. Il nous la fait voir, sentir, toucher du doigt. Il nous la balance à la figure et au coeur. Aussi violent qu’une arme de combat.
Il nous balade d’une chambre d’hôpital à un désert libanais, d’un lit de mort à un bus piégé. Il nous fait sourire, rire même, pleurer aussi, mais avant tout réfléchir.

Grégori Baquet est imposant. Un immense comédien, si proche de nous sur cette petite scène des Déchargeurs. Si vous avez l’occasion de passer sur Paris, courez-y ! Sinon, séance de rattrapage en juillet 2015 à Avignon :  12h30 au Théâtre du Balcon…

Trois raisons d’aller découvrir « Un obus dans le coeur » au Théâtre des Déchargeurs ou cet été à Avignon 

1 – Pour le texte de Wajdi Mouawad, l’un des auteurs les plus doués du moment.
2 – Pour le formidable Grégori Baquet : bien plus qu’une révélation, il confirme ici l’étendue de son talent.
3 – Pour la mise en scène ultra sensible de Catherine Cohen ; juste un conseil : n’oubliez pas vos kleenex!…

INTERVIEW

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Le Prince de Hombourg

Le Prince va mourir…vive le Prince!

Vu au Théâtre des Gémeaux de Sceaux le 12 février 2015
Actuellement en tournée
Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti

 

Copyright : Olimpia Nigris

« Corsetti a relevé le défi de monter dans la Cour d’honneur du Palais des Papes Le Prince de Hombourg, 40 ans après l’interprétation de Gérard Philippe… »

L’été dernier, j’avais pris mes places pour le Prince de Hombourg à Avignon. Je les avais réservées le 14 juin, jour d’ouverture de la billetterie du IN. Le bras de fer entre notre gouvernement et les intermittents du spectacle avait débuté. Il se poursuivit pendant le festival, il se poursuit encore aujourd’hui mais c’est une autre histoire… Le soir du 12 juillet donc, j’avais rendez-vous dans la Cour d’Honneur avec Corsetti et ses comédiens. Mais l’équipe des techniciens en avait décidé autrement… Qu’à cela ne tienne, je suis allée voir un autre spectacle, parmi les 1307 que proposait le OFF. Et je me suis promis d’aller voir le Prince lorsqu’il passerait en tournée en 2015.

7 mois jour pour jour après ce rendez-vous manqué, me voici donc au Théâtre des Gémeaux de Sceaux, Scène Nationale co-productrice du spectacle. Première bonne surprise : ici, pas de mistral!…
Le plateau est immense…Moins impressionnant que la Cour d’Honneur, mais connu pour être l’un des plus beaux d’Ile-de-France.
Il semble assez dénudé au lever de rideau, il le restera pendant toute la pièce. Faisant la part belle aux surprises scénographiques que nous réserve Giorgio Corsetti.

Je ne connaissais pas le texte. Dans mon esprit, « Le Prince de Hombourg » était associé  à la légende de Gérard Philippe. Sans doute comme dans beaucoup d’esprits… L’imaginaire collectif, c’est aussi cela…
Qu’il est beau, ce texte ! On nage en plein romantisme allemand – rappelons que l’auteur, Heinrich Von Kleist, contemporain de Goethe s’est suicidé à l’âge de 34 ans…

La distribution est impeccable. Le pari de succéder à Gérard Philippe dans le rôle titre, Xavier Gallais le relève avec brio. Ses compagnons de route ou d’infortune sont à la hauteur, notamment Clément Bresson et Luc-Antoine Diquéro.

Les rôles féminins sont moins intéressants mais les deux comédiennes défendent leur partition avec talent. Aux côtés d’Anne Alvaro, dont le jeu peut sembler ampoulé, une formidable Princesse Nathalie/Eléonore Joncquez. Retenez bien ce nom, chers lecteurs : je prédis une grande carrière à cette fan inconditionnelle de Claudel!…

Trois raisons d’espérer que la tournée du « Prince de Hombourg » passe près de chez vous

1 – Pour découvrir un sacré texte, dans la veine des « Souffrances du Jeune Werther », l’un des symboles du romantisme allemand.
2 – Pour la scénographie de Giorgio Corsetti, tout simplement belle, aussi fascinante qu’épurée.
3 – Pour une pléiade de comédiens, jeunes talents ou piliers de la scène, avec une mention toute particulière à Xavier Gallais et à Eleonore Joncquez.

INTERVIEW

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