Le Voyage de Miriam Frisch, Compagnie Hanna R

Le Voyage de Miriam Frisch

De longues tablées de bois clair attendent les spectateurs, à leurs bouts deux estrades, sur les côtés deux écrans. On prend place, un petit verre à la main, coude à coude avec son compagnon peut-être, ou un inconnu. Quatre jeunes gens entament des silencieux rituels, lavage des mains, allumage des bougies… Des bouteilles d’eau, de vin, passent de main en main… Autour de ces tables de banquet va pouvoir se déployer l’histoire du spectacle.
Linda Blanchet a composé ce récit à partir l’ histoire de Miriam Coretta Frisch, jeune Allemande qui a décidé de partir en kibboutz pendant 7 semaines, l’année de ses 25 ans, en 2012. Du témoignage de cette expérience, enrichi par un travail collectif de la troupe sur les questions d’identité, de transmisson, elle a fait naître une forme hybride – théâtre documentaire autant que monologue polyphonique -, où se côtoient fragments de réalité et fantaisie, faux reportage et vraies confidences, entretien à la webcam et séances diapos, touchants moments de chants et cuisine paternelle…
Et si le « kibboutz » signifie la « collectivité », Miriam dans sa quête de sens et de communauté sera collégiale : ils seront quatre à offrir leur voix, leur corps, leurs souvenirs, à Miriam, la jeune femme en quête d’identité : elle sera brune, blonde, garçon ou fille, elle changera de taille, de couleur de peau, d’accent !

Qu’est-ce qui fait courir Miriam Frisch ?

« Je voulais voir ce qui se cache derrière l’idée du collectif, comment les gens s’organisent ensemble »… mais aussi « je me demandais qu’est-ce qui était possible en dehors du capitalisme »… mais surtout « j’avais une sorte de culpabilité abstraite » : un besoin – pour celle qui est de la génération d’après la génération d’après – de prouver qu’être un Allemand ce n’est pas forcément être « un monstre », de passer outre le passé, sans l’oublier. Miriam, jeune femme allemande, non juive, pérégrinant en ce début de XXIe siècle de kibboutz en kibboutz, porte ces questions de son temps. Les rêves personnels, les envie d’utopie se frottent au lourd poids de l’Histoire, et de l’histoire familiale.

4 bonnes raisons de prendre part au voyage de Miriam Frisch :

1 – Les comédiens, tour à tour dans la narration ou l’action, ont tous les quatre de la pertinence, de la bienveillance et de la sincérité. Quatuor harmonieux et vivace, ils sont aussi justes dans la légèreté fantasque que dans la gravité.
2 – Il est bon parfois de laisser de côté les réponses pour offrir de l’espace et du temps aux interrogations. Ici, on leur accorde la place d’honneur – aux « pourquoi », aux « comment », aux « que faire avec hier », aux « pourquoi faudrait-il forcément faire avec hier », « comment faire pour demain »… chacun fera son propre voyage en compagnie de Miriam Frisch pour débusquer celles qui résonnent en lui, celles qui creuseront un sillon qui fera une place à une réponse, peut-être, un jour.
3 – L’intelligence du dispositif, qui s’affranchit des frontières entre réalité et fiction à chaque rouage : dans l’écriture, dans la mise en scène, dans le registre de jeu, dans le rapport « scène-public ».
4 – Un de ces cadeaux que fait parfois le théâtre au spectateur : l’occasion d’un partage.
 

Marie-Hélène Guérin

 

Le Voyage de Miriam Frisch, Compagnie Hanna R Photo © Gaëlle Simon

LE VOYAGE DE MIRIAM FRISCH
Un spectacle écrit et mis en scène par Linda Blanchet
Avec Calypso Baquey, Angélique Zaini, William Edimo, Cyril Texier ou Maxime Coggio
Avignon Off 2018 : à La Manufacture du 6 au 26 juillet à 17h55

Chili 1973 : rock around the stadium

Chili 1973 : Rock around the Stadium

Le foot et le rock ont une emprise et un retentissement mondial sans équivalent. Les dictatures aussi ! En mettant en parallèle le déclin de l’esprit du rock, la montée des dictatures en Amérique du Sud et la consécration du roi football, la compagnie Escabelle propose un spectacle coup de poing, une pièce de théâtre musical non fictionnel que ne renierait pas Elise Lucet.

Chili 1973 : rock around the stadium

Le 11 septembre 1973, coup d’état au chili. Le stade de Santiago se transforme en camp de concentration où plus de 12 000 opposants y seront torturés, violés, assassinés -il est vrai qu’un stade de foot, pour ça, c’est idéal !… Le tube planétaire Angie des Rolling Stones, sorti la même année, y sera diffusé à fond par le pouvoir militaire pour couvrir les cris des torturés. Le cynisme du pouvoir est poussé à son paroxysme au moment des phases de qualification pour la coupe du monde 1974… Que vont-ils bien pouvoir imaginer pour jouer à domicile dans « le stade de la mort » ?

Chili 1973 : rock around the stadium

Trois raisons de prendre son billet pour les tribunes de CHILI 1973: ROCK AROUND THE STADIUM

1 – Un dirigeant de la FIFA vous confiera qu’un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour pouvoir organiser une coupe du monde dans de bonnes conditions. Et ce n’est pas faux !
2 – Un spectacle percutant, efficace, redoutablement ciselé, qui confère tout son sens au théâtre, en remplissant parfaitement sa fonction d’éveilleur des consciences.
3 – En revivant des évènements oubliés ou juste ignorés, ce spectacle est une succession de révélations toutes plus hallucinantes les unes que les autres, sur les liens terribles entre rock, foot et dictatures… ou comment le foot a été tué par Pinochet. Guitare et batterie live sur scène vous accompagneront devant le peloton d’exécution !

-Jean-Philippe Renaud-

CHILI 1973 : ROCK AROUND THE STADIUM
Ecrite et mise en scène : Hugues Reinert
Interprétation : Hugues Reinert , Kevin Le Quellec
Lumière / vidéo : Karim M’Sir
A la CASERNE DES POMPIERS du 7 au 23 juillet 2018, 19h15

Les Idiots

Des adolescents qui attentent tout de la vie, qui veulent la réinventer, qui veulent de l’amour, du vrai. Des cris de jeunesse face à l’immobilité du monde, face à la frustration morbide de ces adultes, qui cherchent à lui faire porter « leurs valises » pour qu’elles leur soient moins lourdes. Parce que eux ne veulent pas avoir peur, parce que eux aiment la vie. « On dit, les idiots. Ces idiots ne sont pas des idiots. Ils ont développé leur intelligence en dehors des règles. La véritable intelligence n’est pas de savoir ce que tout le monde sait. C’est d’inventer sa vie ».
 

 

Trois raisons d’aller voir (absolument) LES IDIOTS:

1 – pour la première scène qui instaure une tension digne d’une prise d’otages. Vous avez le souffle coupé, vous êtes cernés, vous êtes en joue, vous êtes un jouet. Vous êtes inquiets? Vous avez raison. Mais c’est du théâtre
2 – pour la mise en scène, pour le rythme, pour la modernité, pour la composition musicale et la musique live, pour le texte, pour le jeu. Vous voyez les lumières au dessus de la scène ? ce sont les âmes de Bonny and Clyde qui les font scintiller.
3 – LES IDIOTS a reçu le prix de la meilleure mise en scène 2018 au festival A Contre Sens … et vous allez comprendre pourquoi !
 

 
LES IDIOTS
Une pièce de Claudine Galea
Mise en scène : Théa Petibon
Avec Alice Daubelcour, Tanguy Vrignault, Emilie Lehuraux, Quentin Kelberine, Tali Cohen, Paul Meynieux, Paul Lourdeaux, Richard Pfeiffer
Avignon Off 2018 : à L’Archipel Théâtre, du 6 au 29 juillet, relâche les mardis

Au nom du pèze, seul-en-scène de Stéphane Guignon et Christophe de Mareuil, avec la complicité de Carole Greep.Mise en scène Anne Bouvier. Avec Christophe de Mareuil. Au Pandora Avignon.

Au nom du pèze, ou « Le Syndrome de Richard » le bien-nommé

Elu manager du siècle, l’homme d’affaires le plus riche de la planète n’a plus d’autre issue que d’entamer une cure de désintoxication à l’argent pour sauver ses proches. Il réussit tout mais rate ses enfants et sa vie; c’est même ce qu’il rate le mieux. Plus il est riche et plus sa fille anorexique perd du poids. L’homme est avalé par le système ultralibéral qui l’a enfanté. Mais ne subirions nous pas la même destinée si nous étions à en situation de pouvoir gagner autant d’argent?

Au bout du compte, il ne réussira à sauver le monde qu’en sacrifiant totalement son argent. Ou pas.
 

Au nom du pèze, seul-en-scène de Stéphane Guignon et Christophe de Mareuil, avec la complicité de Carole Greep.Mise en scène Anne Bouvier. Avec Christophe de Mareuil. Au Pandora Avignon. Photo Lucas Grenier
 

Trois raisons d’aller voir un Christophe de Mareuil pour son premier seul-en-scène :

1 – En incarnant avec talent une dizaine de personnages, il se rapproche peu à peu des performances de James Mc Avoy l’effrayant psychopathe du Split de M. Night Shyamalan, qui revendiquait 23 personnalités différentes. Lui ne tue pas encore ses victimes, quoi que …
2 – Drôle, grave, joueur, cynique, attendrissant, il confirme comme la vénéneuse Lucrèce Borgia que, « quand on est entrainé dans un torrents de crimes on ne s’arrête pas quand on veut ». On peut donc lui trouver quelques circonstances atténuantes.
3 – Le texte est brillamment écrit, on rit beaucoup et de toutes les couleurs, jaune tant le fond est inquiétant et réaliste, vert comme les billets qui lui servent de drogue, marron comme sa toute dernière idée loufoque destinée à le ruiner sans efforts et ainsi régler ses problèmes (mais chuuut, je ne vous en dis pas plus) mais qui démontrera malgré lui qu’il est impossible de perdre dans le monde libéral quand on possède tout.
 

Au nom du pèze, seul-en-scène de Stéphane Guignon et Christophe de Mareuil, avec la complicité de Carole Greep.Mise en scène Anne Bouvier. Avec Christophe de Mareuil. Au Pandora Avignon
 

AU NOM DU PEZE, ou Le Syndrome de Richard
Une pièce de Stéphane Guignon et Christophe de Mareuil,
avec la complicité de Carole Greep
Mise en scène : Anne Bouvier
Interprétation : Christophe de Mareuil
Création sonore : Luc Rouzier
Au PANDORA du 6 au 29 juillet 2018, relâche le 23

Kohlhaas, un désir de justice

Michael Kohlhaas est un éleveur de chevaux sans problème, qui rêve de voir battre son cœur en harmonie au milieu du cercle des hommes. Victime naïf de l’abus de pouvoir d’un noble, à qui il avait confié ses chevaux, il ressentira cette aiguille à « l’intérieur de l’enclos de son cœur », comme une fissure annonciatrice de l’effondrement irrésistible.

Il contient difficilement sa soif de vengeance en espérant que la justice sache l’apaiser. Mais elle l’abandonnera bien vite, avec un cynisme et un dédain qui ne lui laisseront que la violence pour seule échappatoire.

Même la bible ne lui donne plus la force de pardonner, le pardon lui étant impossible, tant que ses beaux et noirs chevaux ne lui seront pas rendus.
 

« Si le désir des injustes est la vengeance,
quel peut être donc le désir des justes », si ce n’est la justice ?

 


 

Monologue à plusieurs personnages et un narrateur, le texte de Baliani questionne avec poésie les mécanismes qui nous entrainent de la naissance de la souffrance vers la violence aveugle. Kohlhaas est l’histoire de cet homme ordinaire qui bascule dans la violence extraordinaire, poussé par la justice des hommes au service des plus forts et des puissants. Histoire du XVIe siècle ou histoire d’aujourd’hui ?

Kohlhaas voulait tout simplement la justice, il voulait rester homme parmi les hommes, dans ce cercle idéalisé auquel il croyait, mais les hommes l’en ont chassé. Qui peut avoir le droit de déchirer ainsi le cercle du monde ?

La mise en scène de Julien Kosselek est toute en finesse et en précision. Sur scène, une chaise et 2 haut-parleurs, dans la salle un public transporté, et l’âme d’Heinrich von Kleiste qui flotte. Voici le théâtre sublimé.

Du sur-mesure pour Viktoria Kozlova, qui livre une prestation exceptionnelle, époustouflante. Jouant de malice, d’une fougue vissée au corps et d’un accent terriblement enchanteur et séduisant, elle nous raconte cette histoire avec passion comme personne. Elle incarne avec toute sa chair une histoire d’hommes et de cercle idéalisé du monde, qui se brisent sous les coups portés par l’injustice et l’abus de pouvoir.

Un tel tourbillon mérite bien un Molière … on en reparlera !
 

KOHLHLAAS
Texte Marco Baliani et Remo Rostagno
D’après Michael Kohlhaas de Heinrich Von Kleist
Mise en scène Julien Kosellek
Création sonore Cédric Soubiron
Interprétation Viktoria Kozlova
Avignon Off 2018 : au Train bleu du 6 au 29, relâche les lundis

La Magie lente - Benoit Giros

La Magie lente, plongée en eaux sombres et remontée vers la surface

« Madame le ministre, monsieur le doyen… » le narrateur s’apprête à livrer l' »histoire d’un homme » à une assemblée docte autant qu’institutionnelle. On nous annonce une conférence, c’est un témoignage intime qui va se dérouler devant nous.
 

« Il y a au fond de moi une épave, et ça remonte morceau par morceau, l’enfant que j’étais.
On ne voit rien en surface que de l’eau, du bleu-vert,
et en dessous, l’épave qui remonte par morceaux. »

 

Depuis 10 ans, Louvier croit que ses désirs sont des hallucinations, car le psychiatre que, troublé par des pensées sexuelles obsessionnelles, dépressif, il avait consulté alors, ne pouvait entendre ces désirs. Puisque ses pulsions ne peuvent être, le psychiatre les définit comme distorsions mentales, et voilà Louvier définit comme hétérosexuel schizophrénie. Il lui faudra pas à pas devenir l’homosexuel bipolaire qu’on lui a refusé d’être, et rester schizophrène le temps de faire le chemin.
 

« – Bipolaire, c’est moins grave que schizophrène ou je me trompe ?
– Dans votre cas, vous avez raison.
– Alors c’est une bonne nouvelle. »

 

La Magie lente - Benoit Giros
 

Ce qui va se dévoiler là, c’est le trajet que Louvois, accompagné par un nouveau psychiatre, consulté parce que le mal-être ne se résout pas, va accomplir pour déconstruire ce diagnostic, cette définition de lui-même imposée par un tiers.
La « magie lente », c’est le lent et difficile apprentissage d’être soi, ce « bain révélateur » qui s’opère par le langage, par la cure psychanalytique, cette alchimie précieuse que les mots peuvent opérer.
Louvier et son nouveau thérapeute vont dénouer les fils de l’enfance, faire surgir de derrière les murs épais du déni et de l’innommable, ou plutôt le trop longtemps innommé, le traumatisme de l’enfance violée, l’inceste.
 

« Ce qui n’est pas dit pourrit dans le noir sans pour autant exister »

 

Le texte de Denis Lachaud est à la fois très cru et très pudique, on appelle une bite une bite, et un pédophile un pédophile, on parle de douleur et d’effroi, on avance à mots modestes et pourtant puissants vers la reconstruction d’un être.
Le jeu comme la mise en scène tiennent à distance tout pathos. Des chaises noires, toutes simples, des verres ou des bouteilles d’eau posées sur l’assise; à l’avant-scène, une table de bureau, un ordinateur portable. Dans le texte, il était écrit que ce spectacle serait joué par un homme seul : le metteur en scène Pierre Notte l’a pris au mot, et c’est l’acteur qui assure la régie, se chargeant des changements de lumière ou des lancements sonores. La voix à peine plus posée pour le thérapeute, à peine plus brisée pour Louvier, Benoît Giros entrelace les deux facettes du travail de la psychanalyse, glisse de celui qui écoute à celui qui dit, de celui qui dévoile à celui qui entrevoit, enfin. Pas de lyrisme, pas de fioriture, si l’émotion nait c’est avec retenue, presque discrétion. Un travail exemplaire d’intelligence et de justesse.

Marie-Hélène Guérin

 

La Magie lente - affiche
 

LA MAGIE LENTE
À l’Artéphile, Avignon, du 6 au 27 juillet à 19h40
Texte Denis Lachaud
Mise en scène Pierre Notte
Avec Benoit Giros

Pigments, de Nicolas Taffin

Pigments

Aimer c’est regarder ensemble dans la même direction, disait Paul Eluard.

Nicolas et Chloé s’aiment passionnément, mais après 4 ans d’amour, ils ne regardent plus tout à fait dans la même direction, ou peut-être pas assez. Nicolas est neurologue, il taquine volontiers la passion artistique de Chloé, la moque parfois jusqu’à l’agacement. Elle rêve de pouvoir peindre son corps; lui s’y refuse, trop cartésien pour se « mettre ainsi à nu », même devant la femme qui l’aime.

Elle rencontre presque inévitablement un alter ego, un artiste comme elle, qui lui offre le frisson indicible des émotions et la fusion que Nicolas tient à distance. Elle ne dira rien à Nicolas de cet élan, laissant le secret prendre racine et devenir trahison. Il se laissera submerger par la rage, son ego balaiera des années d’amour en quelques secondes. Impossible pour lui d’entendre quoi que ce soit et encore moins d’accepter par amour, que l’autre puisse en aimer un autre.

Nicolas sera sans pitié, ses mots auront la violence des coups de couteaux s’acharnant sur la dépouille d’un amour blessé.
 

« j’ai le droit de te dire tout ce que je veux, tu n’es rien,
tu n’existes plus, tu es minuscule »

 

Pigments, de Nicolas Taffin

La suite ne se raconte pas, elle s’effeuille, elle se révèle, elle s’élève dans la magnifique salle ronde de la Condition des Soies, qui servira d’écrin à cette histoire d’amour pas comme les autres.

La suite sera surprenante et bouleversante, comme un signe troublant du destin, un fil qui apparaît soudain quand on ne l’attend plus, qui montre le chemin pour éviter le précipice.

Eric Ruf a bien raison de dire qu’on va sans doute au théâtre parce qu’on croit apercevoir sur scène des fragments de soi-même, déposés là par un auteur et virevoltants dans le souffle des comédiens.

Pigments est un rendez vous, une histoire d’amour unique qui touche le cœur et les sens, servi par le texte superbe d’un auteur habité et une interprétation juste parfaite de Mathilde Molinat et de Nicolas Taffin.

 

Pigments, de Nicolas Taffin

PIGMENTS
De Nicolas Taffin
Metteur en scène : Elodie Wallace
Avec Mathilde Moulinat, Nicolas Taffin
Avignon 2018 : à La Condition des Soies du 6 au 29 juillet à 19h35

La Commission des destins, un spectacle de la compagnie Les Métronomes infidèles

La Commission des destins

Avignon est décidément une ruche de belles surprises avec des créations toutes fraîches et particulièrement réussies. A peine sortis du Cours Florent, Marc Tourneboeuf et Martin Campestre n’y sont pas allés par quatre chemins: La Commission des destins, une pure création de leur cru. S’inspirant de leur vies, de leur parcours étudiant et des succès rencontrés lors de leurs prestations très remarquées de la profession, au Casino de Paris en 2016 et 2017, ils ont tout fait eux mêmes. Le texte est brillant, la mise en scène pétillante, les créations vidéo sont bluffantes de professionnalisme, concoctées avec leur complice Sully Robert, qui manie les fonds verts et les montages vidéo à la perfection.

En 2018, le Cours Florent leur a décerné son prix spécial du jury, consacrant ainsi une création brillante et un parcours promis à un bel avenir. On comprend pourquoi.

La Commission des destins, un spectacle de la compagnie Les Métronomes infidèles

Dans un genre très comique et rythmé, propulsés par une complicité contagieuse, les deux comédiens utilisent la scène avec une énergie hors norme, pour mettre leurs personnages en quête de réponses sur la question brûlante du destin. Ils décident de prendre rendez-vous avec l’Illustre Commission des Destins pour tenter de trouver de l’aide auprès des maîtres de la profession. Commence alors pour eux un périple initiatique bordé de découvertes en tous genres, un voyage parsemé d’épreuves qui les conduira, peut-être, au-delà de leurs propres envies. Mais trouveront-ils les réponses ?

Ces talents-là sentent la poudre, le rythme du spectacle est endiablé, le texte est très travaillé et les parti pris de mise en scène nous offrent un spectacle total, qui exploite pleinement la puissance scénique de la vidéo des lumières et du son.

Voilà un duo qui va faire parler de lui.

LA COMMISSION DES DESTINS
Au Théâtre Tremplin à 15h30 du 6 au 29 juillet 2018
Un spectacle de et avec Martin Campestre et Marc Tourneboeuf

 

Un Homme Qui Fume c'est plus sain Collectif Bajour Festival Avignon La Manufacture coup de coeur Pianopanier

Frères humains

Il y a des spectacles qu’on aimerait ralentir tellement on y prend du plaisir. On regrette qu’ils passent si vite.
Bien sûr on pourrait revenir les voir mais on sait que ce ne sera pas la même chose. Comme les bons livres, on envie ceux qui ne les ont pas encore lus. On voudrait pouvoir retrouver la virginité.
Comme un enfant ébloui à la fête foraine, de tant de lumières, de tant de bruits, on tourne la tête dans tous les sens, on ouvre le cœur à tous les vents, prêts à être surpris par une autre émotion.
On suffoque presque de tant de grâce. En douceur.
Déjà en le voyant, on voudrait le garder en entier en nous. Pouvoir s’y replonger.
On y repense comme à une rencontre amoureuse. Une soirée, une nuit d’amour.
Tel moment. Tel geste. Tel frisson. Tel regard.

Pas lu le programme. Juste une envie. Une intuition. On arrive à la Patinoire de la Manufacture.
De quoi ça cause?
Une fratrie. Nombreuse. Perdues au milieu, deux soeurs. Une absente, une présente.
Un chant. Délicat. Friable. Des chants.
Pas de micros. Ouf.

Une jeunesse s’approprie le théâtre, le fait avancer. Sans révolte. En douceur et en précision. Sur le fil de la justesse. Sans excès. Ou si plutôt : avec une telle justesse dans les excès qu’on l’y accompagne sans effort.
On pourrait citer sans doute des inspirateurs, des parrains de théâtre, conscients ou inconscients, mais ces fantômes sont déjà loin, digérés, intégrés. Ce théâtre-là est ici, maintenant; il est jeune, il regarde devant.

Un Homme Qui Fume c'est plus sain Collectif Bajour Festival Avignon La Manufacture coup de coeur Pianopanier

Dans ce spectacle le théâtre tremble, vit, progresse.
Avec intelligence, sans affectation, sans outrance, sans posture.
Il travaille le vrai, la matière humaine, la fouille sans la résoudre, sans la dissoudre. L’écorche et l’émeut.
Des pépites.
Je les garde.
Je ne raconte pas.

Allez-y.

Agnès T.

Un Homme Qui Fume c'est plus sain Collectif Bajour Festival Avignon La Manufacture coup de coeur Pianopanier

 

UN HOMME QUI FUME C’EST PLUS SAIN
Manufacture du 6 au 26 juillet, 11h30
Création collective de BAJOUR
Mise en scène Leslie Bernard