Sans faire de bruit : un seule-en-scène sensible et précieux

Il a été créé à La Péniche Pop, et poursuit son aventure au Théâtre Amandiers-Nanterre dans le cadre de L’Envolée – un dispositif de soutien à la jeune création et aux artistes émergents : Sans faire de bruit est un précieux et inattendu petit bijou, un seule-en-scène qui nous plonge au creux d’une famille bouleversée par la tombée en surdité de la mère de famille.

Louve Reiniche-Larroche, initiatrice du projet, magnifique interprète, et coautrice avec Tal Reuveny (qui signe l’impeccable mise en scène), nous embarque dans ce qui semble être du théâtre documentaire. Quelques années après que sa mère, Brigitte, ait brutalement perdu ses facultés d’audition, Louve a entamé un travail d’enquête dans sa famille, interrogeant Brigitte, ses parents, ses enfants, sa belle-fille, sa petite-fille Ava, 3 ans au moment du « basculement », 5 ans au moment de l’enquête. De riches extraits de ses entretiens constituent la trame du spectacle, étoffés d’enregistrements de vie de famille.
 


 

Mais, en un geste théâtral subtil et très beau, Louve Reiniche-Larroche métamorphose cette matière documentaire. Elle la rend au présent en faisant traverser son corps par les voix de sa famille. Il y a comme un vertige à entendre ces hommes, ces femmes de tous âges parler par la bouche de Louve, en parfaite synchronisation labiale. Comme un envoûtement. C’est une chamane douce et subtile qui fait vivre d’autres êtres et d’autres temps à travers elle, si finement que les deux passés, celui des jours où Brigitte puis les siens ont commencé à vivre avec cette surdité et celui des jours où Louve a mené les entretiens, celui de l’événement et celui de l’interrogation – et la contemporéanéité de la restitution sont comme fondus en un seul temps. Voix absentes rendues présentes par sa corporalité.
 


 

C’est un voyage dans le cœur mouvant d’une famille, où un repère – cette mère « pilier » – qui, se transformant, va faire bouger chacun.
C’est aussi dans un voyage dans la puissance du son et du silence.
La création sonore, palpitante, de Jonathan Lefèvre-Reich, nous fait savourer la force d’évocation des bruits du quotidien, conversations indistinctes, rires, couverts qui s’entrechoquent – on a tous ces sons familiers quelque part dans notre mémoire -, cris d’animaux, interjections – souvenirs très personnels et pourtant très partagés, et nous fait effleurer du bout des oreilles l’étrangeté et la violence des sons qu’a pu percevoir Brigitte avant de ne plus entendre, et du bout du cœur le désarroi qu’a ressenti cette psychanalyste privée de son outil de travail.
 


 

C’est aussi un splendide travail visuel (mise en scène Tal Reuveny, scénographie Goni Shifron, création d’objet Doriane Ayxandri, lumières Louise Rustan), où des mouchoirs en papier, un abat-jour, une chevelure peuvent devenir des marionnettes, et faire vivre devant nous une belle-fille, un fils, une mère…
L’acte est esthétique mais aussi effectif : plongé dans le noir, le public écoute autrement, partageant brièvement cette sensation de modification intime quand un sens fait défaut.

Sans faire de bruit est une expérience sensorielle troublante et rare, un spectacle puissant et doux, d’une drôlerie folle – les protagonistes n’en manquent pas ! – et d’une poésie infinie.
À voir de toute urgence (dates de tournée ci-dessous).

Marie-Hélène Guérin

 

SANS FAIRE DE BRUIT
Un spectacle de la compagnie Nachepa
À voir au Théâtre Nanterre-Amandiers du 6 au 9 mai 2026
Création, texte Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny
Mise en scène Tal Reuveny
Interprétation Louve Reiniche-Larroche
Création sonore Jonathan Lefèvre-Reich | Scénographie Goni Shifron | Création d’objet Doriane Ayxandri | Création lumière Louise Rustan
Photo Fred Mauviel
Attaché de presse Olivier Saksik – Elektronlibre

→ Le spectacle a reçu le prix Beaumarchais SACD ainsi que le Prix du Jury, dans le cadre du festival Impatience 2024 présidé par Thomas Jolly.

ສຽງຂອງຍ່າ (La voix de ma grand-mère) : singulier en-chantement

Vanasay Khamphommala, artiste queer singulière et délicate, dont on avait beaucoup aimé l’Écho en 2022, nous prend aujourd’hui par la main et l’âme pour nous emmener en quête de la voix de sa grand-mère.

Tapis de fils de plastique multicolores, une table ronde où trône une vasque, petits sièges et coussins, on s’assoit au ras du sol en cercles concentriques.
Un micro sur pied, un lecteur de cassettes qui grésille, pendant que le public s’installe, Vanasay circambule, regard bienveillant, longues mains dansantes, crocs pacman et sinh vert soyeux, longues boucles d’oreilles, chevelure en chignon, fin sourire. Patience. Lenteur, douceur.
Les mots arrivent, voix sereine.

C’est à un voyage dans la mémoire de sa famille qu’elle nous invite, elle née à Rennes d’un père laotien qui a fait ses études de médecine en France dans les années 60 avant de s’y installer définitivement en 1975, quand la prise de pouvoir communiste a poussé grand nombre de ses compatriotes à quitter leur pays.
D’Henriette, la mère de sa mère, morte en 2011, elle a passé commun, photos, rires et voix en tête ; de la mère de son père, elle a si peu. Cette grand-mère lao est morte en donnant naissance à Somphet, son unique enfant, elle n’avait pas 20 ans, c’était en 1944.

« Tu es partie sans laisser de traces autres que celles de nos corps et nos questions
Entre toi et nous, la distance culturelle et géographique, et le temps qui passe »

De quoi sont faits les souvenirs de quelqu’un dont on n’a pas de traces ? des rêves qu’on en a, des traits qu’on voit resurgir au fil des générations, de fragments recueillis dans la mémoire commune d’un pays.

Il n’y a pas eu de transmission orale du père à l’enfant, de Somphet à Vanasay – volonté d’assimilation, table rase du passé, pourquoi apprendre le laotien si on ne retourne pas au pays, si on vit au milieu de francophones ?
Vanasay Khamphommala depuis quelques années part à petits pas vers cette langue des aïeux, vers ses aïeux. Un voyage en profondeur dans ses racines, pour combler l’absence, et pour tenter de résoudre la question intensément personnelle et intensément politique des héritages indigènes.

Que faire, comment faire, pour que les traditions exogènes à l’Occident puissent prendre corps dans un travail, une existence, une culture devenues occidentales ?

Se faire traverser par l’ailleurs,
l’autrefois,
les mêler à son souffle, à sa voix,
pour leur donner une vie contemporaine,
les ré-animer, les ré-injecter dans l’ici et le présent.

Avec Robin Meier, compositeur et créateur acoustique, Vanasay Khamphommala est allée enquêter micro ouvert pour débusquer ce que sa grand-mère aurait pu entendre, dans le village de sa famille paternelle, à Ban Tong. Il et elle en ont ramené une matière riche, bruissante : voix humaines, animales, voix de la nature, clochettes – musiques concrètes, restituées, sculptées, tissées, superposées en une frémissante broderie sonore.

La grand-mère aimait chanter, rapportent ceux qui se souviennent. Vanasay aime chanter. Au-delà de quelques bribes d’ADN, voilà un fil tendu entre elles, d’un siècle et d’un continent à l’autre. Mais quel chant partager ?

Vanasay Khamphommala a mis longtemps à intégrer son père dans cette performance, puis l’évidence s’est imposée, et c’est ensemble qu’elle et lui chercheront quel chant partager – avec la grand-mère morte, et aussi entre eux deux, père et fille adultes bien vivant.e.s. Somphet Khamphommala s’avance dans le cercle des spectateurs, octogénaire à la silhouette juvénile, un collier de fleurs au cou, un micro de karaoké en main, une chanson populaire aux lèvres. Vanasay en distille en simultané la traduction, en une mélodie complémentaire. Moment d’une immense tendresse, d’une intimité palpable.
Ils dialogueront, lui en laotien, en direct ou sur enregistrement, elle en français, parfois en laotien, traduisant, ou pas.

La scénographie de Kim lan Nguyễn Thi est d’intelligence et de bric et de broc, où une minuscule machine à fumée déclenchée manuellement fait surgir une brume et la rizière sur laquelle elle flotte, où un lecteur de cassettes se fait passeur de fantômes, où des babioles colorées ont la beauté de ce qui est nécessaire. Et c’est aussi une célébration de l’art du théâtre que de faire apparaître des mondes, faire advenir des absents, par la magie de quelques artifices, de la parole, et de l’écoute.

Au détour d’une émotion, on aura appris quelques fragments de culture laotienne, fait connaissance avec quelques traditions. On aura aussi mis en jeu nos corps en les tenant assis en tailleur pendant cette heure et des poussières, en les confrontant au puissant chant des cigales, en nouant des bracelets pour se rappeler le lien entre le corps et l’âme, en riant, en vibrant.

En une cérémonie quasi chamanique, Vanasay et son père, au creuset de leurs voix et leurs regards, fondent des époques, des traditions, des lointains en une matière vivante qui décloisonne les temps et les lieux. S’y faufile peut-être la voix de la grand-mère, à coup sûr s’y crée un espace où la petite-fille et le père se rejoignent et nous entraînent pour un retour au pays sans nostalgie, où la mémoire peut continuer à s’inventer en un perpétuel mouvement.

Un spectacle pudique et joyeux, une expérience spirituelle, charnelle, sensorielle et sensible. Singulière et délicate, telle son instigatrice.

Marie-Hélène Guérin

 

ສຽງຂອງຍ່າ (LA VOIX DE MA GRAND-MÈRE)
Au Théâtre 13 / Bibliothèque du 4 au 7 mai 2026
Conception Vanasay Khamphommala
Avec Vanasay Khamphommala, Somphet Khamphommala et les voix de Sieng In Bounmisay, Naly Lokhamsay, Daly Hiangsomboun
Collaboration artistique Thomas Christin • Création sonore Robin Meier Wiratunga • Scénographie Kim lan Nguyễn Thi • Travail chorégraphique Olé Khamchanla
Costumes Vanasay Khamphommala, Marion Montel • Tissage Mai Bounmisay, Souksavanh Chanthavanh, Monkham Thongpanya
Régie générale, son, plateau Maël Fusillier • Création lumière, régie lumière, plateau Léa Dhieux
Administration / Production Kelly Angevine  – Bureau Kind • Remerciements Christine Rosas
Photographies © Christophe Raynaud de Lage

Production Lapsus chevelü
Coproductions TnBA – Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine • Théâtre des Îlets – Centre dramatique national de Montluçon • Théâtre Olympia – Centre dramatique national de Tours • Maison de la Culture d’Amiens • L’Atelier à spectacle – Scène conventionnée du Pays de Dreux • La Pop
Soutiens Région Centre-Val de Loire • Département Indre-et-Loire • Ville de Tours • Institut français (aide à la création et à la mobilité au Laos) • compagnie FANGLAO (Vientiane) • Traditional Arts and Ethnology Center (Luang Prabang).

Vanasay Khamphommala est lauréate MIRA de l’Institut français pour ce projet.
Lapsus chevelü est conventionnée par la DRAC Centre-Val de Loire, et soutenue par la Ville de Tours.

Les enfants c’est moi : un conte initiatique de la maternité, d’une poésie et d’une finesse rares

Sur scène, – magnifique scénographie signée Gaëlle Bouilly – c’est beau comme un arbre de noël quand on est enfant, comme une brocante fantasmatique, comme une féérie d’enfances anciennes, poupées en dentelles et boucles anglaises, maquette de bateau et boule à neige, Notre-Dame de Lourdes en plastique, landau 50’s, branchages et rideaux de perles.
Et puis, plus biscornue encore que ce mélancolique et gracieux fatras, elle arrive, la jeune femme au ventre rond, pleine de son enfance à elle, et d’un petit humain à venir.

Robe qui tourne, couronne de fleurs mariale, maquillage de clown et accent de titi des faubourgs parisiens époque Doisneau, elle est séduisante et dérangeante, à extravaguer son histoire d’amour avec le parfait bébé qu’elle attend. Un brin incestuelle, ils se ressembleraient tellement qu’on les confondrait, on la prendrait pour sa fille, puisque lui grandira, mais pas elle, petite Peter Pan qui garderait pour toujours l’âge qu’elle a maintenant; pas loin de se sentir pousser des ailes cannibales de Munchaüsen, prête à noyer son minot pour le sauver encore et encore… En fait, juste une toute jeune femme qui va faire un bond dans l’inconnu, pleine de rêves et d’illusions. Elle lui invente une vie émerveillante, de voyages autour du monde, de dîners avec des gens importants, de mille langues parlées, de mille contrées explorées. Mais l’enfant naît, et ce n’est pas de l’imaginaire qui surgit dans sa vie, mais du réel, du concret, du qu’il faut nourrir et qui braille la nuit.

Amélie Roman, clown blanc troublant et attendrissant, apporte une présence subtile, pleine de fantaisie et de fragilités à cette maman désemparée qui oscille de joies en désarrois. Tim Fromont Placenti, impeccable – bonnet, pelisse, guitare en bandoulière et énergie très rock –, prenant à sa charge toutes les figures masculines, l’accompagne de ses notes électriques et de sa voix parlée-chantée.

Grand-père, grand-mère, bande de potes et surtout « Mon enfant » prennent vie par la magie des marionnettes presque modestes, et d’une poésie rare, créées par Julien Aillet. L’espace s’anime, se découpe et se module sous les très jolies lumières d’Hervé Gary, qui savent trouer l’obscurité de pierres précieuses. Un fauteuil surgit sans qu’on s’en rende compte, une forêt descend des cintres, une Vierge tente d’apporter son expertise bi-millénaire : une atmosphère fantastique se glisse dans ce conte initiatique, qui aborde avec finesse et justesse, sans manichéisme et avec beaucoup de subtilités, les interrogations complexes du devenir-mère, du devenir-enfant.

Dans une langue baroque – baroque comme une perle dont l’irrégularité fait l’éclat –, tissée de banalité et de lyrisme, Marie Levavasseur nous invite à mesurer l’écart entre le bébé fantasmé et l’enfant né, à explorer la complexité de la parentalité – amour absolu et épuisement inextinguible, main à tenir et bride à lâcher, à arpenter le chemin ardu de la mère et le bel apprentissage de l’enfant – tous deux pérégrinant ensemble vers la maturité, à saisir les ombres et les lumières de ce qui se transmet, cadeaux parfois involontaires, « J’emmène avec moi ta fantaisie, la vie que tu m’as donnée, je te laisse tes peurs », dira l’enfant devenu grand.

« J’ai mis mes bottes de 7 lieues, mais nos cœurs restent bien accrochés »
dira-t-il encore.
Il y a de l’étrangeté et de la drôlerie, un peu de cruauté et beaucoup de tendresse dans ce spectacle singulier, un peu punk, souriant et doux, à voir en famille avec des enfants dès 8-9 ans.

Marie-Hélène Guérin

 


LES ENFANTS C’EST MOI
Un spectacle de la compagnie Les Oyates
Au Théâtre Paris Villette jusqu’au 3 mai 2026

écriture, mise en scène Marie Levavasseur | conseils dramaturgiques Mariette Navarro | assistanat à la mise en scène Fanny Chevallier | collaboration artistique Gaëlle Moquay | jeu Amélie Roman | musique, jeu Tim Fromont Placenti | marionnettes Julien Aillet | création lumière Hervé Gary | scénographie, construction Gaëlle Bouilly | construction Amaury Roussel, Sylvain Liagre | costumes, accessoires Mélanie Loisy
Photographies © Fabien Debrabandere

production Cie Tourneboulé, aujourd’hui Les Oyates / coproduction Culture Commune – scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais, Le Grand Bleu – scène conventionnée « Art Enfance et Jeunesse » à Lille, Théâtre Durance – scène conventionnée « Art et création » à Château-Arnoux / Saint-Auban, FACM – Festival théâtral du Val d’Oise / soutiens Le Quai – CDN Angers-Pays de la Loire, Théâtre 71 – scène nationale de Malakoff, La Passerelle – scène nationale des Alpes du sud-Gap, L’Expansion artistique – Théâtre Charles Dullin à Grand-Quevilly, ville de Nanterre / remerciements La Ferme de Bel Ébat – Théâtre de Guyancourt, Le Channel – scène nationale de Calais, Théâtre La Licorne – Dunkerque, Théâtre du Nord – centre dramatique national Lille-Tourcoing, Festival À Pas Contés – Dijon, Festival Momix – Kingersheim / avec la collaboration de metalu.net, chantier numérique de Métalu A Chahuter.

Tendre Colère : l’oxymore dansant et humaniste de Christian et François Ben Aïm

La nudité du plateau est à peine griffée d’un tronc qui rompt le vide de son trait d’encre rouge et or. Un danseur pieds nus, paré d’un gant d’armure médiévale, jupe noire et pull gris cote de maille, chevalier de pacotille, balaie d’un air détaché le « quatrième mur », rôde et amuse le public qui prend place de facéties pince-sans-rire. Le noir se fait, la musique s’élève, dix danseur•euses s’avancent, signes graphiques se détachant sur la feuille blanche du plateau, prêts à écrire le récit de leur aventure humaine.

Liberté des unités, intensité du collectif, les individualités sont bien dessinées et le groupe a une puissante énergie commune. Christian et François Ben Aïm convoquent ici une danse de connexions. Par la peau, par le regard, par l’écoute, chacune et chacun sont toujours relié.es. Les êtres qui s’éloignent toujours sont rejoints ou rejoignent, les êtres qui tombent toujours sont relevés.

Les pas légers comme plumes, silencieux comme flocons de neige, tourbillonnants comme fumée dans le vent, les dix interprètes spiralent et bondissent, se séduisent et s’affrontent.
De même que leurs costumes, imaginés par Mossi Traoré, sont non-genrés, de pantalons, tuniques et jupes soyeuses, de même que leurs mouvements sont tout en souplesse, de même leurs rôles sont fluides, les duos sont d’hommes, de femmes, ou d’hommes et de femmes, les uns portent les unes et les unes portent les uns, toutes et tous s’épaulent – revendication d’une humanité forte et fragile sans distinction de genre.

Sous les lumières toujours délicates et élégantes de Laurent Patissier, la danse blagueuse et tendre s’intensifie de la frénésie d’une course stroboscopique sur une techno abrupte et flamboyante – rythmique sèche, matière sonore riche. Les corps se rassemblent en de jouissifs grands mouvements d’ensemble. On est suspendu à un solo expressif et poignant d’Andrea Moufounda, secouée de tous les tourmentes et joies d’une vie, entre les silhouettes immobiles de ses partenaires. Et ce qui touche est autant la force du solo de la danseuse que sa présence aux autres, et l’attention muette et concentrée de ses partenaires. Un nuage de brouillard recouvre la scène, un voile de déchirement, la séparation ou le deuil viennent hanter la pulsion de vie du spectacle, mais bientôt la vigueur et le jeu reprennent le dessus. Le groupe se fait bloc de petits soldats bagarreurs ou de boxeurs à l’entraînement sur une fantaisiste musique de fanfare distordue. Et leurs rugissements furieux deviennent chants et poèmes : dans cette Tendre Colère, la colère gronde mais la tendresse gagne.
Sur une basse continue de vielle à roue, une main au ciel, une circonvolution soufi s’esquisse dans un cercle de lumière. Les bras courbes sont accueillants, et dessinent l’âme douce de ce spectacle chaleureux.

Porté par une musique hypnotique signée Patrick de Olivera, de composition minimaliste en électro pulsante, de violoncelle méditatif en mélopées celtiques, Tendre Colère offre une danse contemporaine solaire, gracieuse et généreuse, d’une énergie féconde. Toute en rapidité, voltes et ondulations, sans une once de cynisme mais riche d’humour, de légèreté et de sourire, cette tendre colère a foi en la joie et en l’unisson. Chorégraphes et interprètes sont applaudis longuement, parce que c’est beau, c’est humain, et fort, et que cela rend heureux.

Marie-Hélène Guérin

 

TENDRE COLÈRE
Un spectacle de la compagnie CFB 451
Vu le 15 avril au 104 dans le cadre du toujours passionnant Festival Séquence Danse
À retrouver dans le cadre du « Festival Paris l’été » les 15, 16 et 17 juillet à 22 h au Jardin des Tuileries
Chorégraphie Christian & François Ben Aïm
Avec Eva Assayas, Jamil Attar, Johan Bichot, Lucie Domenach, Rosanne Briens,
Carla Diego, Andrea Givanovitch, Jeremy Kouyoumdjian, Andréa Moufounda, Emilio Urbina
Composition Patrick de Oliveira
Assistante chorégraphique Alex Blondeau
Création costumes Mossi Traoré
Création lumières Laurent Patissier
Regard dramaturgique Véronique Sternberg
Régie générale et plateau Stéphane Holvêque | Régie plateau Christophe Velay
Photographies © Patrick Berger

Production — CFB 451
Coproduction et accueil en résidence Théâtre de Suresnes Jean Vilar (92), Théâtre Jean
Vilar – Vitry-sur-Seine (94), La Maison / Nevers – Scène conventionnée Art en territoire (58)
Coproduction Escher Theater (Luxembourg), Château Rouge – Scène conventionnée
d’intérêt national Art & Création d’Annemasse (74), Équinoxe – Scène Nationale de
Châteauroux (36), Théâtre Jacques Carat – Cachan (94), Théâtre Antoine Watteau – Nogentsur-
Marne (94)
Soutiens ADAMI, SPEDIDAM, DRAC Ile-de-France (soutien à la production d’une grande
forme), Région Ile-de-France (aide à la création)
Accueil en résidence La Faïencerie Théâtre de Creil – Scène conventionnée Art en territoire
(60), L’Orange Bleue* – Eaubonne (95) avec le soutien d’Escale Danse (95), L’Envolée – Pôle
artistique du Val Briard (77)
Accueil en studio Centre National de la Danse – CN D (93), La Briqueterie CDNC du Valde-
Marne (94), Le CENTQUATRE-PARIS (75)

Après nous, les ruines : la fin du monde était hier

Au Théâtre Ouvert, théâtre grand ouvert aux écritures contemporaines, on entre en ce moment de plain-pied dans un après qui n’est pas loin d’être un aujourd’hui, dystopie jumelle à peine distordue de notre quotidien.
C’est le premier texte de Pierre Koestel, jeune et déjà prolifique dramaturge, a être publié aux Editions Tapuscrits – Théâtre Ouvert. Lauréat du Grand Prix de littérature dramatique Artcena en 2023, il a été mis en lecture par Mathieu Roy en 2022 (Maison Maria Casarès), avant que Lena Paugam ne s’en empare.

Après nous, les ruines. En fait, nous, marchant dans un monde en ruines.

Eva, Marissa, Manuel, Glenn, quatre ami.es de longue date, se retrouvent régulièrement pour pique-niquer dans un parc.
Un grand arbre couché, un accueillant gazon, des rochers moussus, des robes fleuries, un lac immobile, quelque chose qui pourrait être doux… et pourtant, une note chanterelle, comme une vibration électrique, une pénombre aussi malgré l’heure du déjeuner, une inquiétude flottent, malgré le printemps, malgré le plaisir.
Marissa et Manuel, couple jumeau de blondeur, de teint clair, de cheveu lisse, de haute taille et de silhouette élancée annoncent une jolie nouvelle, Marissa est enceinte; Eva l’artiste peintre à fleur de peau brûle d’inquiétude devant la dégradation de la nature par l’homme; Glenn parle de ses ultra-modernes amours, le sexe avec des partenaires de passage, les sentiments réservés à une inconnue au bout d’une connexion internet désincarnée…
Le pique-nique est joyeux et chamailleur, il est 14h27, on a savouré le gâteau fétiche de Manuel,
Temps ensoleillé – 24,2°C
Vent : 6km/h
Indice UV : 4
Qualité de l’air : bonne – peut-on lire en fond de scène sur un panneau – écrandeportable – fenêtre sur l’extérieur ou sur l’intérieur.
Une légère secousse sismique, ils en frémissent à peine.
Un rien, un tremblement, même pas une fêlure.
Le début de la fin du monde.

Le fantôme des accidents nucléaires de Fukushima et Tchernobyl hante ce récit, on y perçoit aussi des ombres de l’épisode du COVID, de sa menace invisible, de ses confinements. Pierre Koestel, en se colletant à cette question de la catastrophe, ne cherche pas l’apocalypse : il va plutôt creuser au fond des coeurs, explorer les infimes et profonds déplacements que provoque un drame dans les vies de ceux qui n’en meurent pas. Quelque part il y a eu une explosion, et c’est un autre récit, une autre tragédie : ici, il y a les particules radioactives, invisibles, là ou pas là, comment savoir, corrosives à bas bruit, à long terme, et l’in-quiétude. Qu’est-ce qui s’abîme, qu’est-ce qui est détruit, quand on ne meurt pas, qu’est-ce qui reste de l’avenir et du temps, des liens qu’on avait tissé, du passé et du futur ?
Au fil des saisons, les années passent, le petit groupe tente de perdurer, de maintenir la tradition du pique-nique au parc, les petits rituels, les gestes qu’on essaie de perpétuer, pour que le passé ne devienne pas qu’un souvenir, parce qu’il est difficile de renoncer à ce qui nous tenait ensemble. Ce moment partagé revient comme le refrain d’une ritournelle, mais se déforme, s’amenuise, la familiarité se gonfle de désarroi, l’entropie gagne du terrain.


L’écriture élégante de Pierre Kostel a une quotidienneté sans faux naturel, qui se laisse traverser par un humour parfois léger, parfois grinçant, par la poésie paradoxale des flashs infos en voix off, par le lyrisme d’une émotion qui déborde. Avec subtilité elle joue des continuités et des ruptures, elle manifeste le temps qui passe, dans ce qu’il a de cyclique, ses retours et répétitions, et dans la linéarité de sa fuite inexorable.
Le bel espace conçu par Clara Georges Sartorio lui aussi manifeste le temps dans sa permanence et son délitement, toujours présent mais se dégradant de saison en saison. Il est habité d’une riche matière sonore, presque cinématographique, qui compose un autre paysage superposé à celui qu’on voit : à l’instar de la très intéressante création lumière, elle vient parfois renforcer le récit mais souvent, et c’est vraiment réussi et délicat, elle s’en décale, le précède ou en apporte au jour une facette lointaine, ou silencieuse.
Les quatre interprètes, Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis, récemment diplômés de l’École du Théâtre national de Bretagne, sont jeunes, sont beaux, sont fragiles et talentueux. Ils donnent à leurs personnages une grâce mobile et fervente comme une flamme au vent. Lena Paugam leur a composé une mise en scène très graphique, presque chorégraphique, où leurs corps, dans leurs mouvements mais aussi la précision de leurs rapports, des distances entre eux, écrivent dans l’espace se qu’ils ne disent pas.

Automne
12 h 25 – Couvert re nuageuse pa tielle – 26,2 °C
Vent : 9 km/h
Indi UV : 7
Qualit de l’air :

14 h 00 – C uvert re nuag se pa tiel – 25,0°C
nt : 9 k
I dic UV :
Qu lit de l’air

Été
Hiver

Les mots manquent pour raconter la vie nouvelle, la vie de la fin du monde, les lettres s’effacent sur l’écran de téléphone, on retrouve le coin du pique-nique mais on met des bâches sous la nappe, on s’assoit sur des sacs pour ne pas toucher le sol, gestes nouveaux mais déjà intégrés au corps, dérisoires protections. La pelouse se débine, les décontaminateurs passent en combinaison anti-radiation, les flashs info mélangent fake news, théories du complot, informations alarmantes et résultats du match de foot, les ami.es et amours se dispersent, les bonheurs doivent aller s’arracher avec les dents. La fable est sombre, mais, au milieu du gel et de l’absence, il y a des humain.es qui restent debout. Et la vie persiste. Malgré. Tout.

Il y a dans cette pièce au romantisme sombre mais pugnace comme une candeur mais aussi une fougue adolescentes, quelque chose d’une jeunesse désorientée, d’un espoir déchiré, la trajectoire d’une dévastation. Un beau geste théâtral, très actuel, sensible et poignant.

Marie-Hélène Guérin

 

APRÈS NOUS, LES RUINES
Un spectacle de la Compagnie Alexandre
Au Théâtre Ouvert du 30 mars au 11 avril 2026 – À partir de 13 ans – Durée : 2h
Texte Pierre Koestel (Éditions Théâtre Ouvert | Tapuscrit)
Mise en scène Lena Paugam
Avec Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis
Scénographie Clara Georges Sartorio | Accompagnement choréographique Olga Dukhovna | Création sonore Lucas Lelièvre | Création vidéo Katell Paugam | Création lumières Jennifer Montesantos | Accessoires, costumes Jessica Buresi | Construction du décor Ateliers Artefab – Yann Chollet, Floriane Benetti | Régie générale Damien Farelly | Stage assistanat à la mise en scène Ismaël Hamoudi-Cordier | Régie lumières Solen Monot | Régie son Théo Cardoso, Félix Mirabel | Régie plateau Arthur Michel
Photos © Christophe Raynaud de Lage

À voir en tournée :
le 28 avril : La Lucarne, Arradon, avec les Scènes du Golfe
du 24 au 28 novembre : Théâtre National de Bretagne, Rennes, dans le cadre du Festival du TNB
le 1er décembre : L’Archipel, Fouesnant
les 15 et 16 décembre : Théâtre du Pays de Morlaix

Production Compagnie Alexandre
Coproduction Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines ; Les Scènes du Golfe – Théâtres de Vannes & Arradon ; Théâtre du Pays de Morlaix ; l’Archipel, pôle d’action culturelle de la Ville de Fouesnant-les Glénan, Scène de territoire de Bretagne pour le Théâtre
Avec la participation du fonds de soutien à l’insertion professionnelle de l’école du TNB

Après nous, les ruines est publié aux éditions Théâtre Ouvert | Tapuscrit. Il est lauréat du Grand Prix de littérature Dramatique Artcena 2023. La Compagnie Alexandre est conventionnée par la DRAC Bretagne et la Région Bretagne. Elle est associée aux Scènes du Golfe – Théâtres de Vannes et Arradon, au Théâtre de Lorient – Centre dramatique national et à la Comédie de Béthune – Centre dramatique national.

Santa Park : un conte initiatique gothique pour mômes d’aujourd’hui

Ambre Kahan dont on avait aimé le baroque et intense Merlin ou La Terre dévastée a inventé pour les mômes un étonnant « spectacle d’horreur ».
Jouant des codes du cinéma d’horreur, elle a concocté un Santa Park sombre, drôle, farfelu, gore et tendre. Le parc d’attraction éponyme a des couleurs timburtonniennes, des cruautés de contes traditionnels… Dans ce Santa Park sympathise une étrange communauté. Gardien nous apprend en aparté qu’il est dans un lit d’hôpital, dans le coma. Sommes-nous à l’intérieur de son circuit neuronal, dans les grésillements qui agitent son cerveau hermétique ? Ou dans un no man’s land où se rejoindraient tous les êtres qui comme lui sont dans des limbes entre vie et mort ? Fruit de son imagination ou voisins de coma, deux gamins partagent le quotidien de Gardien, Arthur et Hécate. Hécate, déesse de la croisée des chemins, symbole de la mort ou de la renaissance, Arthur, roi de légende en quête d’une coupe qui donnerait accès à la vie éternelle… L’ont-ils accueilli, l’ont-ils attendu ? Peu importe, Arthur et Hécate sont ici deux enfants et avec Gardien, ils se sont fabriqué un quotidien, des jeux, des fêtes, des habitudes…
 

 
Lumières rougeoyantes, brouillard rampant et silhouettes errantes, éclairs et tonnerre… drôle d’ambiance ! Un brinquebalant portique d’entrée de parc d’attraction d’un côté, de l’autre une cabane de rondins de bois pleine de surprise, un sol tourbeux, des grincements et des grondements, frissons garantis !
On joue à 1-2-3 sommeil, à cacher le bras de tante Jeannette, Hécate aux tresses bondissantes déborde de vitalité et parle très vite, Arthur se laisse balader par sa cousine, toujours plus rapide que lui, et un brin plus taquine. La vie si l’on peut dire va son bonhomme de chemin, même si les deux enfants s’inquiètent des absences de Gardien, qui se multiplient. Emerge-t-il de son coma, fait-il quelques pas dans la mort ? Allez savoir, toujours est-il qu’il délaisse un peu le Santa Park, tergiverse et louvoie, s’en va et revient. Un Pépé tombé du ciel, de noir et d’ailes de chauve-souris vêtu, Charon affable, débarque avec pour mission secrète de le convaincre de sauter le pas et de partir en catimini…
 

 
L’univers de ce Santa Park est plein d’ombres et d’étrangetés, mais aussi de fantaisies qui amusent, et de moments magiques, beaux et doux, qui envoûtent. Les interprètes sont fantastiques, portés par un univers sonore et visuel particulièrement cohérent et fort. Lumières, costumes et décor sont oniriques, inventifs et beaux. Et même derrière des masques, dans l’improbable comme dans le familier, la justesse des comédiens touche.
Sous les habits gothiques de cette fable « d’horreur » se cache un conte initiatique, où les frissons laissent passer des interrogations profondes, sur la mort et le deuil, sur la difficulté d’accepter la séparation, d’inventer un après. Pas de réponse clef-en-main, simplement des questions, des images, des situations, à décrypter, à interpréter, à ressentir, pour nourrir l’imaginaire, pour apprendre à grandir.
À voir en famille, à partir de 8 ans.

Marie-Hélène Guérin

 

SANTA PARK
Au Théâtre de la Ville du 12 au 15 mars 2026
à guetter ensuite en tournée…
conception et mise en scène Ambre Kahan
avec Hicham Boutahar, George Cizeron, Élise Martin, Tristan Rothhut
Conception et mise en scène Ambre Kahan
Dramaturgie Tristan Rothhut
Assistant à la mise en scène Romain Tamisier
Collaboration visuelle Louise Digard
Création lumières Léa Maris
Création musicale et son Orane Duclos
Conception & construction du décor Jean-Luc Malavasi
Peinture Marine Antoine
Masques et marionnettes Louise Digard avec le soutien des ateliers costumes des Célestins
Diaporama Léa Thuong-Soo
Régie générale Jean-Luc Malavasi
Régie lumières Gaëlle Courcier et Anthony Lampin
Direction de production Nathalie Untersinger et Olivier Talpaert
Chargé de production Simon Gelin
Photos © Christophe Raynaud de Lage
 

 
avec la participation de l’équipe technique permanente des Célestins, Théâtre de Lyon et du Théâtre de la Croix-Rousse.
Production déléguée Compagnie Get Out.
Coproduction Les Célestins,Théâtre de Lyon – Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon – Théâtre de Nîmes, Scène Conventionnée d’intérêt national – art et création – Danse Contemporaine, – Théâtre de la Cité, CDN Toulouse-Occitanie.
Ambre Kahan / Compagnie Get Out est artiste associée aux Célestins, Théâtre de Lyon.
Avec le soutien de l’Adami – la région Auvergne-Rhône-Alpes – la ville de Lyon.
La compagnie Get Out est conventionnée par le ministère de la Culture – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.
Accueilli en résidence de création au Théâtre de la Cité-CDN Toulouse-Occitanie, au Théâtre de la Croix-Rousse et au Théâtre des Célestins.
Création le 16 décembre 2025 aux Célestins, Théâtre de Lyon.

Kabarett Klub : cabaret pour un temps présent

L’ESCA sous la houlette dynamique de Tatiana Breidi et Paul Desveaux invente depuis 2022 des Expériences, jetant ses apprentis dans le grand bain de la scène avec des aventures cousues main. Samuel Gallet, Pauline Sales, Fabrice Melquiot ont peaufiné les précédentes Expériences, autant de moments de création qui « marque la volonté d’inscrire l’école au centre de la fabrication d’un théâtre contemporain et de travailler sur des sujets en lien avec l’actualité » selon les voeux de ses directeur.rices.
Cette année, pour cette Expérience #4, les travaux de Maria Laura Baccarini et Emiliano Begni avait fait naître en Paul Desveaux « un désir de comédie musicale », bien dans l’air du temps transdisciplinaire. Lui qui a toujours « pensé qu’il y avait un lien indéfectible entre le verbe, le chant et le mouvement » a confié à un ancien apprenti de l’ESCA, Joris Mugica, le soin de s’emparer et de réinterpréter le fameux Cabaret de Masteroff, Ebb et Kander, à l’aune de la contemporaine montée des extrêmes.
 

 
L’intrigue posera ses pas dans celle du mythique Cabaret pour ensuite en dériver et aborder les rivages d’un lendemain proche. Nous sommes en 2032, à Paris, le Président de la République se prénomme Jordan, les extrémismes de droite sont installés bien confortablement en Europe, et un Kabarett Klub à Pigalle s’obstine, poil-à-gratter noctambule, queer, chaleureux.
Trois grands écrans, pour faire le pont entre hier et un demain qui est quasiment aujourd’hui, diffusent une salve d’images de vie quotidienne et d’actualités, catastrophes naturelles ou guerrières, grand-messe hitlérienne et Elon Musk bras levé. Avant de disparaître, pour laisser place en fond de scène à un mur de tulle permettant de jouer des niveaux, et accueillant deux musiciens qui orchestreront tout l’univers sonore du spectacle en direct, ainsi qu’à un grand espace de jeu qui se transformera, par la grâce d’une mise en scène tout en mobilité et fluidité, en cabaret à paillettes – loges ou scène, en palier d’immeuble où l’on se croise et recroise, en rebord de trottoir où l’on s’assoit pour partager quelques confidences.
 

 
Une voluptueuse Emcee (Ambre Brisset, impériale stature, blondeur nordique et soprano charnel), en fard à paupière, bijoux, souliers et queue-de-pie dorés, « Wilkommen welcome, bienvenue », sur une techno rêveuse apostrophe le public.

Les créatures du Kabarett Klub – Safir, forte personnalité et accent à couper au couteau (énergique Ayşe Kargili), Tito (Néhémie Kokodé) et Dany (Titouan Garbay), beaux gosses et interprètes sensibles, l’enthousiaste et fraîche Perle (Suzanne Dauthieux, pétillante), Zélie-Rosange (Jade Désirée – de la technique et un charisme fous), la gracile Colombe (Charlotte Bombana, complexe et intense), dans le cocon des loges et sous les feux de la scène font famille, réparent leurs blessures ou réalisent leur rêve.
Strass, high heels, corsets et jambes lancées très haut, ielles perpétuent avec ténacité et flamme les chansons et l’esprit de la comédie musicale de Bob Fosse, dont les textes sont adaptés plutôt que traduits en français.
Gus (Victor Letzkus-Corneille, sincère et juste), le co-directeur du lieu, va confier à son ami américain – et réfugié politique, Larry (Blaise Jouhannaud, plus à l’aise quand il oublie son accent des States), la mission de rédiger une « biographie » de son cabaret, lui ouvrant les portes du lieu et de ses habitant.es.
 

 
Ce Kabarett s’amuse volontiers du langage et de ses modes. Perle jargonne genZ grave genre mode slay, Pénélope, l’aristo désargentée, jure ses grands dieux à tout bout de champ alors qu’elle n’est « même pas catho »; du slam et des confidences, des mots de tous les jours et des préciosités, des invectives et des douceurs tressent une langue très dynamique.

Certains ont le chant dans la peau, d’autres dansent comme ils respirent, ou encore étincellent de vis comica (délicieux couple Pénélope-Louvin, Abigaille Janssens-Rivallain ultra naturelle en piquante bourgeoise et Nicolas Dépée-Martin désarmant de spontanéité et d’humanité), tous ont le goût du jeu et un engagement réjouissant.

Il y a du travail, une belle énergie et du talent dans cette troupe, ce sont les artistes de demain, les artistes d’aujourd’hui qu’on découvre dans cette passionnante pépinière de l’ESCA.
Un cabaret est par nature un espace de créativité, d’altérité et de liberté, leur Kabarett, inclusif et fougueux, affiche un panache, un esprit de jeunesse et de joyeuse résistance tout à fait ragaillardissants ! À voir aussi avec des grands ados, pour le souffle d’air frais et la vitalité qui animent ces jeunes artistes, et ce spectacle.

Marie-Hélène Guérin

 

KABARETT – EXPÉRIENCE #4
au Studio | ESCA à Asnières, du 5 au 29 mars 2026
une comédie musicale de Joris Mugica – mise en scène Paul Desveaux
scénographie Paul Desveaux
musiciens Emiliano Begni et Marc Chalosse
avec Charlotte Bombana, Ambre Brisset, Suzanne Dauthieux, Nicolas Dépée-Martin, Jade Désirée, Titouan
Garbay, Abigaëlle Janssens-Rivallain, Blaise Jouhannaud, Ayşe Kargili, Victor Letzkus-Corneille et Néhémie Kokodé.
collaboratrice artistique Enora Ciapponi-Wahl | cheffe de chant Maria Laura Baccarini | chorégraphie Jean-Marc Hoolbecq | arrangements musicaux Marc Chalosse | assistant musical Emiliano Begni | lumières Laurent Schneegans | costumes Baptiste Znamenak | régisseur son Thelonious Bouvet | régisseur lumière Maël Livergnage | construction de décors Les Ateliers du Spectacle
Photos © Laurent Schneegans
 

Grâces : la beauté du rire

Grâces, pièce de Silvia Gribaudi, a été créé il y a quelques années déjà et revient au Théâtre du Rond-Point pour quelques dates.
Sur une grande surface blanche comme une page à écrire, Andrea, Francesco, Siro et Silvia viennent y tracer quatre traits bien nets : trois gaillards en shorts cyclistes, chaussettes noires et silhouettes athlétiques, et une sautillante petite dame en maillot de bain noir. Quatre traits bien nets qui ne vont pas tarder à partir en gribouillis, farfouillis, esquisses, déhanchements excessifs, désarticulations improbables, disharmonies planifiées – d’où émergeront d’impressionnantes démonstrations de danse grand classique, coup de pied impeccablement cambré et saut de biche, pieds en 5e position et bras en couronne.

@ Fabio Sau

Dans cette pièce farfelue et profonde, Silvia Gribaudi, inspirée par Les Trois Grâces, centenaire sculpture de Canova, interroge notre idée de la beauté et en défie les règles. Avec ses trois acolytes en guise de Grâces – Splendeur, Joie et Prospérité -, elle interpelle le public, le chahute et le titille, l’embarque dans leurs prouesses et leurs farces.
Ils sont danseurs chevronnés aux corps puissants et élastiques, elle est danseuse alerte et tonique et clown d’immense talent. Les quatre larrons et larronesse décomplexé•es jouent avec virtuosité des interactions avec les spectateurs, et d’un vocabulaire gestuel foutraque où courses sur place et mouvements de brasse se télescopent à du voguing ou des pas de menuet.
Les saynètes pleines d’autodérision défilent au pas de charge, sans lasser tant le rythme – et ses ruptures ! – est parfaitement dosé et les propositions variées dans ce méta-spectacle où saluts, applaudissements, répétitions, fatigue, essoufflement, font partie de la représentation.
C’est hilarant, très enjoué, ludique, généreux. D’une énergie gaie et communicative. Enivrant de liberté et de plaisir. Beau aussi, de grâces parfois inattendues. Corps, sueur et éclats de rire. À la croisée de la danse, du théâtre et du grand art du clown, Grâces emporte le public dans un élan joyeux !

@ Giovanni Chiarot Zeroidee

On pourra retrouver deux pièces de Silvia Gribaudi en mai : Suspended Chorus et Amazzoni au Théâtre de la Ville/Les Abbesses en mai 26.

Marie-Hélène Guérin

 

@ Riccardo Panozzo

GRÂCES
Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 1er mars 2026
Chorégraphie Silvia Gribaudi
Dramaturgie Silvia Gribaudi et Matteo Maffesanti
Interprètes Silvia Gribaudi, Andrea Rampazzo, Francesco Saverio Cavaliere, Siro Guglielmi
Création lumière Antonio Rinaldi | Costumes Elena Rossi
Photo en-tête © Matteo Maffesanti

Production Zebra
Coproduction Santarcangelo Festival
Avec le soutien du MiC – ministère de la Culture italien

Une Ecole des femmes post-MeToo aussi éclairante que réjouissante !

Livrons nous à un petit exercice d’abstraction mentale. Une petite révolution temporelle. « L’Ecole des femmes », pièce géniale et emblématique de la littérature dramatique française, n’a pas été écrite en 1662 mais en 2026 et Molière n’est pas un auteur classique du XVIIe siècle mais une plume hyper talentueuse du microcosme théâtral de ce début du XXIe siècle. Franchir une telle faille spatiotemporelle et culturelle demande un petit effort d’imagination. La metteuse en scène Frédérique Lazarini franchit ce pont et transforme cet exercice fantasmagorique en réalité bien concrète.

L’intrigue est connue, Arnolphe, homme mûr et installé craint par-dessus tout d’être cocu. Sa crainte le terrifie depuis si longtemps que pour se prémunir d’une éclosion de cornes du côté de son front, il recueille une enfant de 4 ans contre « bons soins » (entendez argent sonnante et trébuchante offerte à la mère, miséreuse), avec la promesse d’assurer son éducation. Aussitôt, il la cloître dans un couvent auquel ordre est donné de veiller à ce que la fillette soit rendu « idiote autant qu’il se pourrait », tant il est certain que seules les femmes d’esprit sont capables de trahison avers leur mari. La pièce démarre treize ans plus tard. Au moment où Agnès, devenue jeune femme, est sortie du couvent par notre homme afin, ni plus ni moins et sans autre forme de consentement, d’en faire son épouse. Durant les cinq actes qui vont suivre, rien ne se passera comme sur les plans du barbon. Agnès l’ingénue n’en est pas moins femme en devenir. Femme dans son entièreté. Femme de corps et d’esprit. Femme dans sa poésie, sa candeur, sa bonté mais aussi sa clairvoyance et sa détermination.

L’arrivée inattendue d’un jeune et beau chien fou, Horace, va bousculer les quilles pourtant bien ordonnées par Arnolphe. Avec lui, plus encore que l’amour, c’est l’extérieur, la jeunesse, la liberté, en un mot la vie, qui s’introduit dans les rouages de la belle machine à soumission imaginé par le maître des lieux. Dès lors, ni la vigilance des gardiens de la maison, ni la paranoïa despotique d’un Arnolphe dépassé, ni même les tenants d’une société conservatrice et rétrograde ne pourront plus contraindre Agnès à un destin qu’elle refuse.
« Barbon », « couvent », « valets », « cornes au front », « mariage forcé », tout cela sent bon son XVIIe siècle. Où est le saut temporel promis, là-dedans ? En enfermant Agnès, dans une cage de verre sous l’œil de caméras de surveillance contrôlées par un couple de vigiles aux ordres d’un patron implacable dans son costume trois pièces, le dispositif scénique, évocation orwellienne du contrôle total par les moyens technologiques, répond dès l’ouverture du rideau à cette interrogation. Non seulement c’est aussi surprenant que beau mais c’est avant tout limpide. A partir de cette minute, la première, il n’est pas de doute à opposer à la contemporanéité de l’action, pas de remise en cause possible du « ici et maintenant » dont la mise en scène prend résolument le parti. Point de vue qui se révèle d’une justesse glaciale au fur et à mesure de la narration. Plus que la peur panique du cocuage, qui en dit déjà long sur l’obsession éternelle d’une masculinité anxieuse, ce qui est mis en lumière ici est bel et bien l’emprise. Emprise psychique, morale, physique. Arnolphe devient un prédateur qui à travers les écrans observe sa proie et ne la lâche jamais. Agnès, chose due, cèdera de gré ou de force ! Le maître à décidé, il en sera ainsi fait ! Et comme, dans ce cas précis la proie est une toute jeune femme, dix-sept ans, et le prédateur un homme déjà vieux, il devient évident que le thème de la pédophilie fait partie des enjeux de l’entreprise. Difficile de faire plus actuel à l’heure de l’affaire Epstein, des attaques répétées contre les dénonciations Me Too et de la remise en cause affichée des droits des femmes.

Sous les traits d’un impeccable Cédric Colas, Arnolphe est d’autant plus dangereux que sa séduction est grande. L’acteur nous offre une vision neuve du personnage. Blessé d’amour autant que d’amour propre, bourreau des autres et victime de lui-même, attirant, sensible, drôle, terrifiant… redoutable. Son interprétation de chair et d’affres apporte une magnifique pierre à l’édifice construit par ses illustres prédécesseurs. Face à ce diable de tuteur il fallait une Agnès pétrie de finesse, du charme et d’esprit. Sara Montpetit dépasse cela. Son talent s’impose comme la force de l’évidence. Sa naïveté désarme et sa détermination rassure. Avec elle l’avenir devient possible. Illuminée par ce couple phare, le reste de la distribution est au cordeau. Hugo Givort est réjouissant d’enthousiasme et de douleur dans le rôle d’Horace. Jeune premier à la fois moderne et intemporel. Guillaume Veyre donne toute sa malice et sa lucidité à Chrysalde. Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer, couple de comédie parfait et réinventé, sont irrésistibles dans les personnages de Georgette et Alain, vigiles trop vite dépassés, dont les gaffes et les gags enchantent.
Après l’incontestable réussite de son précédent spectacle « Le Voyage de Monsieur Perrichon », d’Eugène Labiche, Frédérique Lazarini, avec « L’Ecole de femmes » signe de nouveau une mise en scène de très haut vol. Créatrice inspirée, talentueuse, érudite, irrévérencieuse et pourtant si fidèlement honnête aux œuvres, elle porte les valeurs d’un théâtre exigent à la portée du plus grand nombre. Un théâtre éclairant !

L’ECOLE DES FEMMES (1662)
de Molière (1622-1673)
Crée au théâtre Artistic Athévains
puis à retrouver du 4 au 25 juillet à Avignon au Théâtre du Chêne Noir et en tournée la saison prochaine
Adaptation, dramaturgie et mise en scène Frédérique Lazarini assistée de Lydia Nicaud
Avec Cédric Colas / ARNOLPHE, dit « Monsieur de la Souche »
Sara Montpetit / AGNÈS, amoureuse d’Horace, nièce de Chrysalde
Hugo Givort / HORACE, amoureux d’Agnès, fils d’Oronte
Guillaume Veyre / CHRYSALDE, ami d’Arnolphe et oncle d’Agnès
Emmanuelle Galabru / GEORGETTE, paysanne, servante d’Arnolphe
Alain Cerrer / ALAIN, paysan, valet d’Arnolphe / ORONTE, père d’Horace et ami d’Arnolphe
et la voix de Michel Ouimet / Préceptes du Mariage
Scénographie et lumière François Cabanat assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat | costumes Dominique Bourde et Isabelle Pasquier | musique et son François Peyrony | vidéo Hugo Givort
photos © Marion Duhamel

Les Secrets de la Méduse : une bouleversante traversée à travers l’histoire et la création 

« L’envers du décor » ! Expression riche de possibles, de promesses, d’inconnu, de révélations…  Voir ce qu’il y a derrière l’image. Entendre les sujets, vivre leurs péripéties, saisir leur vérité…

Assister à la conception d’un tableau, la naissance d’une fulgurance artistique. Comprendre ce moment où la curiosité, l’intérêt pour une histoire, un fait, se meut en nécessité de raconter, de dire, de montrer. En nécessité de faire témoignage, de partager. De faire œuvre d’art ! C’est à cette folle aventure que nous convie « Les Secrets de la Méduse ». Pénétrer les vertiges de la création d’une des toiles majeures de la peinture du dix-neuvième siècle, phare de la naissance du romantisme. Percer les secrets de la genèse de l’emblématique tableau de Théodore Géricault « Le Radeau de la Méduse » !

Entre une table  misérable et une chaise de paille branlante, pièces de bois flottantes dans un clair-obscur crépusculaire, un homme est seul, les jambes mangées par un océan de brume. Menaçante fumée prête à l’engloutir. L’homme, c’est Pierre Laurent Coste le narrateur, le survivant. Mais c’est aussi le marin Letort-pipe au bec, la brute Bambou, le chapardeur Jeannot, la belle Angélique, le chirurgien Savigny, le gouverneur Schmaltz, le fourbe Richefort, et bien d’autres encore. L’homme, c’est eux. Ces trois cent quatre-vingt dix sept passagers, colons, militaires et gars d’équipages qui en 1816, sur une frégate nommée La Méduse, partirent pour le Sénégal et le rayonnement du commerce français. Mais l’homme c’est surtout le trois cent quatre-vingt dix-huitième passager, celui en plus, le surnuméraire, l’imaginaire, Géricault lui-même. L’artiste qui sait qu’il n’est pas de chef d’œuvre possible sans compréhension de l’entièreté des faits qu’il illustre, sans conscience viscérale du calvaire des hommes qu’il va peindre. Il faut donc se mettre à leur place autant que faire ce peut ! Alors il le fait, l’homme. Oui, monsieur, jusque dans sa chair. Il cherche la révélation, l’absolu. Alors, dans un ultime effort, refusant de se faire engloutir comme tous ses compagnons d’infortunes par cet océan de fumée, l’homme va nous livrer la véritable histoire du naufrage de la Méduse. Il va nous révéler que Hugues Duroy de Chaumareys qui commande cette puissante et moderne frégate, n’a pas navigué depuis plus de vingt-cinq ans. Il va nous dire, oui monsieur, que l’incompétence et la vanité de ce commandant ont enlisé le navire sur un banc de sable si énorme et si connu de tous que seul un incapable présomptueux pouvait faire cap dans sa direction. Dès lors le naufrage est inévitable. Et comme le nombre de canots de sauvetage est insuffisant pour embarquer tous les passagers (histoire qui se répétera lors du naufrage du Titanic) on décide de construire un énorme radeau sur lequel seront entassés cent cinquante malheureux marins et soldats choisis pour la modestie de leur condition. Dès lors et durant les treize jours qui vont suivre, les passagers du radeau, livrés à eux-mêmes, sans eau ni nourriture, sous le soleil brûlant des côtes mauritaniennes, vont traverser l’enfer, la folie, l’insoutenable.

Geoffrey Callènes et Antoine Guiraud, auteurs et interprètes en alternance de ce seul-en-scène, relatent avec force et humanité un fait divers devenu historique. Leur langue est précise, claire, évocatrice, d’un souffle épique et dramatique jamais altéré. Sans manichéisme, avec la seule force d’incarnation de l’exceptionnelle interprétation de l’acteur et la beauté d’une pudique et implacable mise en scène, ils parviennent à offrir toute l’universalité de cette affaire qui aurait pu rester dans les oubliettes de l’histoire si la royauté fraichement restaurée avait réussi à l’étouffer. Car, oui monsieur, tout est là. L’aventure, L’héroïsme, la bassesse, l’ambition, l’amour, l’incompétence, la fatuité du puissant, la vulnérabilité de l’indigent. La cruauté d’une vérité historique qui répète inlassablement ses inégalités et atteste la lâcheté de ceux qui en sont responsables.

Les spectateurs touchés au cœur, dans un immense merci, applaudissent à tout rompre l’homme au centre du plateau qui nous offert cette bouleversante traversée à travers l’histoire et la création !

 

LES SECRETS DE LA MÉDUSE
Au Lucernaire jusqu’au 12 avril 2026
De et avec Geoffrey Callènes et Antoine Guiraud (en alternance)
Mise en scène Antoine Guiraud assisté d’Émilien Fabrizio
Photos © Emilien Fabrizio
Lumières Rémi Saintot | Costumes Corinne Rossi
Production Théâtre le Ranelagh